[Critique littéraire] Splendeur et misère d’une icône thrash – Dave MUSTAINE/Joe LAYDEN

Bernard-Henri Leviathan
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51kbvtwUgYL._SX337_BO1,204,203,200_Les vacances annuelles ! Qui ne garde pas cet objectif dans un coin de sa tête pendant les mois les plus sombres de l’année ? Aller chercher le soleil, celui qu’on a dans le cœur mais que nous n’avons pas dehors, faire le vide et perdre de vue toute aliénation du quotidien pollué par l’agitation, le devoir, les obligations ! Approchant enfin du transat qui allait accueillir les errances de l’esprit, il me fallait trouver l’objet de l’abandon… quel livre allait donc faire ruminer Bernard-Henri Leviathan pendant ses quelques jours de totale liberté ?

« Splendeur Et Misère D’une Icône Thrash », sorti en 2010 et publié par les excellentes éditions Camion Blanc en France en 2011, ça sonnait plutôt bien pour tenir suffisamment en haleine, sans oublier qu’en bon fan de « MEGADETH » devant l’éternel, lire les mémoires de « Dave MUSTAINE » me bottait plutôt pas mal ! Le livre sous le bras gauche, la valise dans l’autre main, c’était plié. Ne regardant plus derrière et jetant mon billet de train vers l’enfer en guise de carte postale, j’étais loin de me douter qu’on ne me reverrait pas avant d’avoir bouclé la dernière ligne ! Car « Davy », aidé par le journaliste reconnu « Joe Layden », en a des choses à raconter. Enfance difficile, alcoolisme et drogues en tout genre, caractère de cochon, éviction de ce monument en devenir qu’était « METALLICA » avant même son explosion à la face du monde et création de « MEGADETH », monstre vengeur par excellence, on a tout entendu sur le bonhomme… excepté peut-être le principal : prendre le temps de l’écouter se confesser et prendre du recul sur ses erreurs, ses épreuves, ses réussites.

Retraçant la vie du fiévreux guitariste de l’enfance à la sortie du « Endgame » de « MEGADETH » (2009), le livre s’ouvre sur une tragédie, « MUSTAINE » ne pourra jamais plus jouer de guitare ! Et il est temps pour lui de revenir sur son histoire. Dès les premières pages, nous sommes happés dans les remous d’un enfant paumé, livré à son propre jugement pour se construire, meurtri et désireux d’en découdre avec la vie… Bref, un terrain plus que propice à la naissance d’une « Rockstar » !

Bien entendu, pour les partisans du « camp MUSTAINE », pour les historiens musicaux mais également pour les autres, le chapitre relatant la brève mais légendaire camaraderie avec l’illustre groupe, devenu rival, tiendra le lecteur en haleine jusqu’au fatidique renvoi du guitariste. On aurait aimé, en fin de compte, que ce passage ne prenne jamais fin car l’histoire est belle. Nous sommes dans la fine fleur de nos années hargneuses et la légende s’installe. Et cette histoire, en fin de compte, est devenue la nôtre, musiciens, passionnés, ou simples auditeurs de Metal ! Sans revenir sur l’éternel débat du congédiement, on appréciera avoir la version « d’en face », une version alternative à celle des « Four Horsemen » ou dégrossie de celles des médias. Aura-t-on un jour le fin mot de l‘histoire ? La question est surtout, en a-t-on réellement besoin ? On se sent envahi par l’empathie lorsque « Dave », en père fondateur du Thrash, découvre à la sortie du « Kill’Em All » auquel il n’a pu participer qu’il a bel et bien été pillé par ses anciens compagnons. Il faut dire que lorsqu’il débarque avec une expérience déjà notable sur le poste de guitariste de ce qui deviendra l’un des plus grands groupes de Metal de tous les temps, « Lars ULRICH » est encore tout jeunot et maladroit derrière ses fûts, « Ron McGOVNEY » est un bassiste fan de « MÖTLEY CRÜE », quant à « James HETFIELD», il refuse encore de prendre la guitare et c’est en frontman bien timide qu’il laisse le micro à son rouquin de comparse pour s’adresser au public entre les morceaux. Alors « Dave » contribue à monter le groupe, compose les soli qui seront la marque de fabrique de tout un style ainsi que quelques-uns des futurs grands hymnes qui apparaîtront sur le premier album fédérateur. Qui supporterait alors de se voir retirer, à la face du monde, la paternité de tout un genre ? Seulement, et là se trouve également tout le bel intérêt de cet ouvrage, « Dave MUSTAINE » ne se positionne pas en victime. Il a pris le temps de poser ses réflexions et c’est avec un brin de sagesse qu’il se livre au jeu de la remise en cause. Un questionnement personnel qui se poursuivra au fil des pages. « Dave » n’aura partagé qu’un an et quelques mois au sein de « METALLICA » et pourtant, ce démon le poursuivant des années et des années durant restera le moteur de bien de ses choix.

« Battre METALLICA par le Metal », tel était son adage. La rage au ventre « MUSTAINE » revient aux rênes d’une bête sauvage, intelligente, culte, ultra-technique et mélodique : « MEGADETH » dont nous suivrons l’évolution au gré des états d’âme de son leader. Du primitif et dévastateur « Killing IS My Business… And Business Is Good », au complexe et culte « Peace Sells… But Who’s Buying ?”, en passant par la perle trop souvent oubliée « So Far, So Good… So What ? » et le chef-d’œuvre ultime « Rust In Peace », le guitariste nous conte les divers changements de line-up, le cheminement du groupe,. Parallèlement, et à l’instar du « Moi, Ozzy » de « OSBOURNE », des paragraphes entiers seront dédiés à la dope, aux innombrables cures de désintoxication et rechutes en tout genre qui prendront parfois le dessus sur la cohérence du récit. On aurait aimé pouvoir davantage l’observer derrière sa guitare, en situation de composition. En effet, alors que les albums, jusque « Countdown To Extinction », bénéficieront d’un traitement de faveur quant à leur analyse, la suite de la discographie sera davantage survolée, parfois simplement évoquée, à travers la progression d’une écriture toujours plus mélodique et, ce, jusqu’à « Risk », le paroxysme dérangeant même son auteur ! On sent « MUSTAINE » absorbé par d’autres problématiques. Comment en est-il arrivé à composer de tels titres que sont « Peace Sells », « Hangar 18 », « Holy Wars », « Mary Jane », « Train Of Consequences », etc. en se montrant si peu disponible pour le travail de son instrument ? Le génie se cache… C’est alors que survient un autre démon qui viendra ronger le groupe jusqu’à la dilution, il y a quelques années, du duo « MUSTAINE/ELEFSON » que l’on croyait inséparable : l’appât du gain !

Précisons également que le livre est illustré par de nombreux clichés retraçant les différentes périodes musicales mais également personnelles du musicien. Une véritable galerie d’archives permettant de mettre des images sur les souvenirs heureux, sur les mots douloureux.

Après plus de vingt ans de vie commune, par disques interposés, je savais le bonhomme déterminé et fougueux, « Splendeur Et Misère D’une Icône Thrash » m’a offert la vision d’un homme réfléchi, droit, voire touchant. Et après avoir partagé un peu de son intimité, je me rassure quant à la discographie fournie de sa carrière parce que je sais que je vais pouvoir m’y réfugier pendant encore un bon moment… de quoi affronter la rentrée avec énergie ! Car, « Dave », tu n’as peut-être pas atteint la seule, l’unique reconnaissance qui t’a aveuglé durant toutes ces années, celle endossée fièrement par « METALLICA », mais dans le cœur des fans, tu as accompli bien plus : un dépassement artistique, une œuvre complète, personnelle et, quoi que les gens en pensent, belle et bien fondatrice ! Un livre simple que je conseille à chacun s’intéressant aux anges déchus, aux démons bienvenus du rock, aux dures lois que cela implique, aux ravages d’une vie hors-norme!

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