[Chronique] VARATHRON – Untrodden Corridors Of Hades

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
Les derniers articles par Herbert Al West - Réanimateur Recalé (tout voir)
Rating:

ARCD130

Site Officiel

Facebook

Note : 8/10

C’est décidé, je vais changer d’ustensiles de travail !
Vrai qu’un manche de couteau taillé dans l’os d’un fémur humain, ça en jette un max pour les sacrifices ! Pas besoin non plus d’une lame en acier inoxydable, propre et nette comme jaillie de la mallette de Dexter, revenons en au bon vieux tranchant douteux d’un couteau en acier mat et patiné par les siècles.

Pareil pour ma table de dissection, plus besoin de ces surfaces aseptisées faciles à nettoyer, avec goulots d’évacuation sur les côtés. Célébrons à nouveau la massive planche en bois – du chêne de préférence ! -, et ses tâches brunes marquant les multiples célébrations s’y étant déroulées.
Bon, tout cela, c’est la faute à Varathron. Vous ne connaissez pas ? Normal me direz-vous, car ces grecs sont à la musique extrême ce que le croquemitaine de Jeepers Creepers est au bestiaire du cinéma d’horreur. Là où le démon brillamment mis en scène par Victor Salva ne sortait de sa crypte pour se nourrir que tous les 23 ans (pas gourmand le méchant), il faut compter environ six ans pour que le groupe hellène (qui a dit « et les garçons » ?) nous sorte une nouvelle offrande. Né en 1988, sous l’impulsion de l’unique survivant des origines, le chanteur Stefan Necroabyssious, Varathron n’en est effectivement qu’à sa cinquième galette (sans compter quelques EP, il est vrai), ce qui, il faut bien l’avouer, est tout de même très peu.
Chaque ouvrage est donc rare, et se savoure tel un alcool bien fort.

Black, death ? J’ai plutôt envie de dire mystique, ésotérique, presque satanique, tendance extrême. La pochette ne trompe d’ailleurs pas, et le bouc du sabbat est bel et bien de sortie. Mais pas seulement. La Grèce est un pays chargé d’histoire, lourd de sombres légendes, enrichi de cultures qui se choquent et s’entrechoquent, le bouclier de l’Occident y ayant souvent heurté avec fracas le tulwar acéré de l’Orient. Et ce ne sont pas les oeuvres des grands frères de Septic Flesh ou de Rotting Christ qui diront le contraire. Dès l’intro de Kabalistic Invocation of Solomon, on se retrouve plongé dans un univers antique et inquiétant où les silhouettes se perdent dans d’épais nuages d’encens. Une ambiance délétère faisant furieusement penser aux rythmiques orientales délivrées par Karl Sanders dans ses Saurian Meditations & Exorcisms.

Les titres sont longs, incantatoires, étirés sur sept chapitres tous à peu près bâtis sur le même modèle, à savoir un hymne black hurlé de façon particulièrement malsaine, véritable colonne vertébrale autour de laquelle s’enroule une musique riche et funèbre, dominée par une basse étonnamment présente et distincte sur une oeuvre aussi extrême.

Le morceau d’ouverture est à ce titre fascinant. Le chant n’en est pas un à proprement parler, et il est plus juste de parler ici de narration, Necroabyssious y paraissant comme un démon forcené s’adressant à ses futures victimes tétanisées ou à ses légions de familiers. C’est simple, on se croirait au fond d’une caverne obscure, éclairée par des torches malsaines, le plafond crevé par des racines chargées de terre ancienne. Un terrifiant vrikoulakas y soliloque dans l’obscurité d’une crypte humide, créature des ténèbres dont on imagine sans peine le regard haineux et le sourire vorace.

Avec Realm of Obscure, l’ambiance change quelque peu et prend des accents rythmiques faisant penser à la pesante lancinance d’Immortal, alternant blasts dévastateurs et riffs acérés, glaçant tout sur son passage.

Et les morceaux de s’enchaîner au fil de titres au charme hypnotique servis par un chant rageur et plein de bile. La voix de Necroabyssious en rebutera plus d’un, elle en charmera d’autres cependant, tant le chanteur se livre ici sans concession et évolue hors des sentiers battus, plus proche dans l’esprit d’un black ancien à la Burzum que des œuvres plus consensuelles auxquelles le genre nous a depuis longtemps habitués.

Les seules réserves que je peux émettre à l’encontre de cet album tiennent en deux points :

– la relative linéarité des compositions entraîne inexorablement une certaine lassitude au fil de l’album, et des titres au demeurant excellents comme Death Chant, avec sa rythmique lourde et menaçante à souhait, se noient dans l’épaisseur comme une ombre disparaît dans la nuit.
– le hurlement de Necroabyssious – vocaliste totalement possédé par son art sombre – est par ailleurs tellement prenant, fascinant, qu’il écrase de son poids une musique riche qui mériterait d’exister par elle-même et de prendre plus d’ampleur en étant moins asphyxiée par les infernales vociférations. Ecoutez l’album en vous concentrant sur les instruments, vous comprendrez ce dont je parle.

Varathron prouve cependant au travers de cet opus qu’il n’a rien perdu de sa superbe et que si la Grèce traverse aujourd’hui une crise économique sans précédent, l’art extrême dans lequel nous aimons tant nous vautrer y possède une place à part et a encore indubitablement de beaux jours devant lui.

Share This:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *