[Chronique] URGEHAL – Aeons in Sodom

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Note : 07/10

03 mai 2016, 02h54 du matin. Ambiance froide et tamisée dans les couloirs de ma morgue aux allures de nécropole. Du bruit dans l’aile nord, ça tape quelque part. Tiroir 548, comme un tom qui résonne. Et voilà que ça s’énerve, ça blaste presque maintenant ! Qui c’est encore ? Quelqu’un s’est encore servi de mon sérum à ranimer les morts !
Je tire un coup sur le tiroir et me prend direct un pied dans la figure. Le contact est rude, glacé aussi. Juste le temps de voir le nom sur l’étiquette : Urgehal, mort le 12 mai 2012 quand le chanteur, guitariste et leader Trondr Nefas a été pris d’une frénétique envie d’aller faire des galipettes en enfer ! Le bonhomme sort tranquille de son lieu de sépulture, l’air blême et vénère. Et il est pas seul !!! Accompagné d’une musique façon démarrage d’album black, donc intro lugubre à souhait, il me gueule un « Come on you fuckers ! » à l’haleine chargée d’asticots en plein dans les gencives. Puis une foule de zombies m’entoure quand déboule Iron Children, et ça monte en puissance en mode black’n roll ultra efficace (la marque de fabrique du groupe défunt). Et là, trop tard, je suis au sein du pit, au mauvais endroit donc, et au mauvais moment, quand l’esprit crade et punk atteint son firmament et que la foule ahurie se déchaîne et charge en tous sens. Trois côtes sont rapidement cassées, une clavicule déboîtée, le regard d’un œil se voile quand un poing me percute et quelques dents tombent en un geyser d’émail et de sang. Les résurrections sont parfois brutales, périlleuses, et celle d’Urgehal ne déroge pas à la règle.
Le groupe norvégien s’était fait une réputation dans l’univers cloisonné du satanic black metal, tant dans ses textes, lucifériens au possible, que dans sa musique, violente et malsaine. Goatcraft Torment était jusqu’ici considéré comme le sommet de leur discographie. Puis PAF, triste coup du sort avec ce décès dans la fleur de l’âge, signant l’arrêt des hostilités il y a presque exactement 4 ans jour pour jour .
Qu’allait donc décider Enzifer, guitariste et moitié survivante d’Urgehal ? Signer l’acte de décès du groupe ou chercher une nouvelle moitié ? Et la réponse est… ni l’un ni l’autre. Aeons in Sodom, nouvel opus en date, possède en effet la particularité d’être composé de textes écrits pour partie par Trondr peu avant son décès. Il s’agit donc de compositions 100 % Urgehal, soit un mix parfait de black old school crade et méchant, mâtiné de relents punk et rock’n roll à vous déboîter les rotules. Quant au chant, plutôt que de le confier à un nouveau hurleur et assurer ainsi la pérennité des affaires, Enzifer a préféré faire appel à une série de guests illustres, piochés dans une liste de groupes proches tant musicalement – vous ne trouverez pas ici de shredders italiens ou de ziquos abusant d’accents symphoniques -, que de cœur (c’est presque une histoire de famille, compères de tournée ou musiciens ayant au moins travaillé une fois avec Trondr).
Je ne vais pas m’étendre ici sur l’identité des différents musiciens ayant participé à cet hommage funéraire qu’est Aeons in Sodom, cela m’obligeant à un fastidieux tracklisting alors que la justification même du projet se veut avant tout un ultime témoignage placé sous l’identité musicale si particulière du groupe. Citons tout de même les interventions remarquées de Nocturno Culto (Darkthrone pour les incultes), de Niklas Kvarforth (Shining) et Nattefrost (Carpathian Forest). L’essentiel est là : les 10 morceaux proposés (12 avec les bonus, auxquels je n’ai pas eu accès) forment bien un tout respectueux et cohérent, ne donnant jamais l’impression d’un best of joué par des voix diamétralement opposées évoluant dans des styles différents. Nous sommes dans l’univers du black primaire, et il faut bien se l’avouer, un grunt reste un grunt. Passer ainsi d’un morceau à l’autre, et donc changer d’artiste à chaque fois, ne choque jamais ici. La structure des morceaux reste conforme à ce qu’a produit le groupe par le passé , à savoir des morceaux mid-tempo généralement découpés en deux parties avec un break furieux au milieu, le tout ravagé par des blast beat rageurs et des soli le plus souvent somptueux. Chaque titre est plus ou moins coloré de teintes punk, rock’roll, heavy voire thrash (Blood of the Legion). The Iron Children, le morceau interprété par Nocturno Culto, montre le chemin d’emblée et rassure les fans avec ses accélérations de guitare supra-luminiques susceptibles de ronger les doigts d’un soliste zombie. Et que dire de la batterie, tenue par l’impeccable Uruz, qui alterne les changements de rythme avec un bonheur contagieux.
L’esprit satanique est préservé et chaque antienne est une ode au grand cornu et à sa noire philosophie. Mysanthropes et lucifériens, vous allez être servis !
Le seul petit bémol est que l’intérêt de l’album s’essouffle au fur et à mesure que l’on avance dans l’écoute, une certaine lassitude s’installant pour moi à compter du septième morceau, Thy Daemon Incarnate. Peut-être trop de mid-tempi et de structures assez similaires, même si chaque morceau pris individuellement se défend vaillamment comme une horde de démons combattant sur son dernier carré.
Tout se termine sur l’instrumental Woe, funèbre hommage terriblement beau et réussi.
Je passerai sur les titres bonus, reprises de Sepultura et Atrocity, dont je ne vois personnellement pas l’intérêt étant donné qu’il s’agit de titres possédant déjà leur propre identité, interprétés par un groupe dont le chanteur n’est plus… Étrange…
Voilà qui ravira assurément les amateurs d’un black féroce in your face et pas mou du genou pour deux sous. Et ne serait-ce que du simple fait de sa curieuse gestation, cet album s’impose comme un objet digne d’intérêt.

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