[Chronique] SYNKVERVET – Mistborn

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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En 2014, j’avais été séduit par un étrange groupe sorti des brumes de NorvègeSynkvervet. Étrange en effet était l’histoire de ce groupe, d’abord projet d’un seul homme, Ingemar, puis groupe à part entière, avec non plus un mais trois chanteurs ! Une soprano à la voix de saphir, Christina, et deux gorges masculines, l’une agressive en diable, celle du bien nommé Truls (à un poil près c’était « troll », et il n’est pas impoli de dire que son timbre puissant et caverneux méritait bien cette ascendance !), et l’autre claire, lyrique, celle du bassiste Niclas. Mélange de brutalité et de féerie, la musique proposée sur ce second album avait de quoi séduire, et l’on s’étonnait que cette production claire, que ces compositions complexes, étaient le fruit d’un groupe sans label, auto produit. Industrie de la musique, ton univers impitoyable ! Comme quoi, argent et conseils avisés (ou non) ne sont pas la source du grand Tout…

2017 arrive et les choses n’ont guère changé, et c’est peut-être mieux ainsi. Synkvervet (« Illusions« , traduit dans notre beau langage, en référence aux légendes et sagas nordiques) s’auto-produit et le fait de la plus belle des façons, gardant une liberté de ton et d’esprit en tous points bénéfique à la musique. Le monde de la musique évolue, et l’époque est finie où certains groupes (Hell, par exemple, dans le monde du heavy) devaient patienter plus de 20 ans avant de pouvoir enregistrer leur album tant il était quasiment impossible d’exister sans les labels (tout en ayant aussi une poisse infernale !).

L’usage des trois voix, parfaitement maîtrisé et jamais racoleur (à la différence d’Amaranthe, qui joue certes dans un tout autre registre, mais dont chaque morceau existe essentiellement pour mettre en valeur l’un des chanteurs… et surtout Elyze en fait…), contribue à faire les passerelles entre la rage du black metal et les transitions symphoniques teintées de folklore. La balance est parfaite entre les deux styles, formant un tout unique assez éloigné des standards balisés du genre (qu’il s’agisse de pagan pur ou de black metal sympho), et l’unité vient ainsi au monde en émergeant d’une matrice chaotique. Les thèmes abordés sont le mysticisme, la mythologie, le folklore, formant la trame d’une musique envoûtante autant que furieuse. La voix fluide et fragile de Christina – qui pousse d’ailleurs plus ici son talent que sur l’opus précédent -, contribue sans conteste à nimber de magie des morceaux tels que le somptueux Aurora (single sorti en 2016), brisant parfois de façon impériale et bienvenue la force des rythmiques, comme sur le sulfureux On Raven Wings (elle s’y révèle plus puissante que jamais), ou luttant encore à puissance égale face aux growls de Truls sur Alone in Eternity. La réussite de Synkvervet, outre l’habileté de ses compositions et arrangements – bravo à Ingemar ! – sans oublier quelques effets, un peu de piano ou de violon ici, une averse de pluie par là, est de mixer des univers qui n’auraient jamais dû se croiser, ou alors avec d’immenses difficultés. Or, c’est avec une aisance sans pareil que cette polyphonie nous entraîne en un enchaînement sans faille de compositions ultra efficaces, desquelles ressortent les magnifiques Into Oblivion, impeccable effort choral ; Lost in the Shadows, transpirant de l’agressivité teintée de désespoir de Truls, sorte de Bête hurlant son amour impossible à la Belle incarnée par Christina ; Alone in Eternity, d’abord aérien, puis culminant sur une rythmique implacable ; et Aurora bien sûr, condensé de tout ce que l’on peut rencontrer au travers de cet album au caractère bien trempé.

Mêlant trois voix dissemblables ayant d’ordinaire du mal à se côtoyer sans que l’une ne se délecte des autres (se rappeler de Cradle of Filth et de la fameuse Sarah Jezebel Deva, qui ne représentait finalement rien d’autre qu’une figurante de luxe, même si son talent indéniable fut crucial pour imposer la personnalité du groupe), Synkvervet entrelace également avec une évidente facilité la noirceur du black, la fluidité des musiques symphoniques ou folkloriques, et l’efficacité du heavy, évident sur quelques riffs et rythmiques. Se faisant plaisir en chantant dans sa langue natale sur deux titres (le festif Trollskogen et le morceau final, I Den Svarte Solens Rike), le groupe nous ravit avec ce troisième album, celui d’une maturité évidente. Ne serait la capacité de certains labels à promouvoir de plus efficace façon les poulains présents dans leur écurie, on en viendrait presque à souhaiter à Synkvervet de continuer à se débrouiller ainsi, car ils le font de fort belle et efficace manière.

Amoureux de black sympho parfumé au pagan, cet album est fait pour vous, ne passez surtout pas à côté !

Un beau 4,5 ! Le 5 sera pour la prochaine fois, à n’en pas douter !

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1 commentaire sur “[Chronique] SYNKVERVET – Mistborn”

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