[Chronique] SOTO – Divak

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Note : 09/10

Il y a tout juste un an sortait Inside the Vertigo, premier album de SOTO, formation menée par le chanteur porto-ricain Jeff Scott… Soto. Le bonhomme est connu depuis des lustres pour son talent de vocaliste et sa capacité phénoménale à enquiller les projets et toucher à des genres allant de l’AOR à la pop en passant par le néo-classique.
Déçu par ses derniers choix, par l’accueil de certaines maisons de disques (hum… Frontiers ?), le chanteur décida de créer un nouveau groupe, sobrement intitulé SOTO, et s’engagea dans un processus créatif carrément plus heavy et sombre que ce à quoi il nous avait jusqu’ici habitués. Inside the Vertigo avait ainsi calmé son monde avec ses compos carrées et efficaces, aux guitares accordées bas, tranchantes comme des scies, son chant toujours aussi maîtrisé mais bien plus agressif. Une belle réussite, saluée par les critiques dont votre serviteur (la chronique, c’est ici), mais que beaucoup voyaient comme un coup de gueule sans lendemain, qui ne connaîtrait pas de descendance directe. Mo-nu-men-tale erreur ! Il aura ainsi fallu à peine un an pour qu’un petit frère voie le jour ! Le géant porto-ricain n’a même pas eu le temps de changer de vernis à ongles (c’est toujours du noir) et nous balance Divak en plein dans la figure ! Signe encourageant, le leader est accompagné de la même équipe, à savoir les fantastiques Jorge Salan (lead guitare) et Edu Cominato (batterie) ainsi que les non moins talentueux BJ (guitare, claviers) et David Z (basse).
Alors ? Trop tôt pour enfoncer le clou ? Assurément non, car force est de constater, même si quelques écoutes sont nécessaires pour goûter aux subtilités de l’objet, que Divak surclasse de la tête et des épaules son déjà digne prédécesseur.
La très belle intro donne le ton, mélodique certes, mais riche dans sa construction et sombre par sa tonalité. La justification d’un tel procédé devenu lieu commun a d’ailleurs donné lieu à débat au sein de la rédaction, certains soulignant l’inutilité de ces passages instrumentaux donnant tout juste envie d’appuyer sur la touche « morceau suivant » (n’est-ce pas Blackdog ?). Pour ma part, j’avoue raffoler de ces passages mettant l’accent sur l’ambiance et permettant de se faire une petite idée des développements qui nous attendent. La transition est cependant ici brutale entre la superbe mélodie de l’intro et la cassure que représente le premier véritable morceau de l’album, le heavy rock Weight of the World et son gros son qui tache. Passé ce léger temps de surprise, et quelques écoutes aussi, difficile de bouder son plaisir !
Une leçon de metal moderne nous est alors proposée, bourrée de feeling et d’énergie, emplie du savoir-faire indéniable des cinq musiciens, criant haut et fort à chaque note que SOTO est un groupe, doté de sa propre personnalité. Les riffs sont épais comme mes tartines de nutella – et aussi goûtues -, syncopés comme de violentes crises d’épilepsie ! On pense parfois à Zakk Wylde et son Black Label Society (Time, Paranoïa, Forgotten), ou encore à Adrenaline Mob et Stone Sour. Jorge Salan est un sacré musicien, délivrant ici un paquet de soli savamment exécutés et capable d’orienter les morceaux à tout moment dans de nouvelles directions (le presque prog et superbe Misfired). La rythmique n’est pas en reste, aidée en cela par une production parfaitement équilibrée mettant chacun sur un pied d’égalité. La basse a même droit a son solo sur Cyber Masquerade et se détache clairement de chaque morceau, prenant ses marques dès le premier titre. Et que dire des refrains, fédérateurs sans pour autant jouer dans la facilité. Tout paraît naturel ici, spontané (la rapidité de conception y est probablement pour beaucoup, montrant la tonne d’idées que les briscards ont encore dans la musette) : Freakshow, Unblame, Forgotten et Misfired sont des titres imparables auxquels il sera difficile de résister. Divak est de plus beaucoup moins fourre-tout que son prédécesseur, qui se permettait de taper du pied dans plusieurs directions, offrant ainsi certes beaucoup plus de variété, mais y perdant au passage un brin de cohérence.
Parlons maintenant de l’exercice souvent périlleux de la ballade de rigueur. In My Darkest Hour est, comme son nom l’indique, un morceau sombre, empli de mélancolie. Il possède ce pouvoir particulier de vous dresser les poils sur l’avant-bras (voire ailleurs si vous êtes bien doté !) tant l’implication du chanteur et son interprétation y sont poignantes. Et pourtant, le sujet est loin des clichés habituels, puisqu’y est contée l’histoire d’un chien laissé pour mort par son maître violent et son sauvetage par un vétérinaire !… Oui, présenté comme ça, ça peut prêter à sourire (te fâche pas Blandine !), mais je vous jure que vous allez vous transformer en guimauve tant la progression dramatique est bien fichue. Les instruments et la voix se croisent, s’emmêlent, évoluant en une sorte de canon sur des rythmes différents, notamment au moment du refrain, comme un croisement de lames entre la vie et la mort, une incompréhension de l’innocence face au mal incarné, combat de deux entités que tout oppose. Un monologue intervient en fond sonore, lumière au bout du tunnel. Superbe !

Petite baisse de régime sur les deux derniers morceaux, il est vrai, mais on peut la leur pardonner tant The Fall from Grace et Awakened constituent une érection encore honorable. Et puis il eut été somme toute suspect qu’après l’orgasme du progressif Misfired l’organe ne commence pas à retomber.
Loin des chemins de la facilité, Jeff et son groupe évoluent en lien avec leur temps, proposant une musique mature et un regard réaliste sur son époque : une musique fun et en même temps pétrie de violence, rageuse et gorgée d’espoir. Divak porte haut et fort le message de ses hérauts, et transforme l’essai en confirmant qu’il faudra désormais compter avec SOTO, le groupe ! Je monte la note d’un cran par rapport au précédent effort, et prends le pari que le futur me laissera l’opportunité d’octroyer la récompense ultime tant la qualité et la créativité sont actuellement au rendez-vous chez SOTO ! Fort, très fort !

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