[Chronique] PSYCHEDELIC WITCHCRAFT – Sound of the Wind

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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L’italienne Virginia Monti est une sorcière, cela ne fait nul doute. Longs cheveux aux accents aile de corbeau, yeux noirs charbonnés, attitude volontairement sexy, la belle a de quoi faire dresser le moindre manche à balai qui traîne. Et si cela ne vous paraît pas assez convaincant et que vous envisagiez de lui faire subir le supplice de la planche – bande de pervers ! -, attendez et jetez un oeil au patronyme de ses deux formations : Dead Witches (l’aventure est terminée, valait mieux pour elle du fait de la rupture avec le batteur de cette formation, Mark Greening… c’était la séquence « potins mondains » de LoC !) et Psychedelic Witchcraft ! Si cela n’assoit pas une réputation de souffre, je ne sais pas ce qu’il vous faut !

Virginia est donc une sorcière, c’est un fait, ceci pouvant expliquer la vitesse à laquelle elle multiplie les sorties. L’unique album de Dead Witches tout d’abord, Ouija, sorti en 2017, avec sa voix volontairement dénaturée, nageant dans un brouillard délétère et psychédélique. Puis deux albums de Psychedelic Witchcraft sortis la même année – en fait un EP et le long, représenté par cette nouvelle offrande (oui, je sais, j’ai un peu de retard avec la sortie, mais un tel album, ça se savoure !!!). Il est fort possible que la rupture sentimentale donna soudain à notre sorcière bien aimée un irrépressible besoin de s’exprimer.

La belle nous apparaît sur la pochette entourée d’un décorum oriental. Et c’est somme toute logique… enfin… surtout si l’on se réfère à la magnifique intro acoustique de l’album, au parfum oriental qu’elle dégage (mais on est en droit également de penser à une musique de western spaghetti, ce qui fut mon cas… et c’est pas idiot, car le genre est italien). Le titre se nomme Maât, et désigne la déesse égyptienne de l’ordre et de la paix, antithèse du chaos, celle sur qui la mission du pharaon repose, celle enfin qui représente l’âme dans l’épreuve de la pesée, en opposition avec le cœur, et dont le subtil équilibre seul permet le passage vers le monde apaisé des morts sous le regard d’Anubis. Tout est ainsi résumé par l’essence de ce morceau introductif, l’album sera l’image même de l’équilibre – trop diront certains, l’ensemble étant peut-être homogène à l’excès -, parangon de cet exercice suranné qu’est le rock heavy doomy qui connut ses heures de gloire durant les années 60 et 70. Certains parlent d’occulte pour définir le groupe, et ce n’est pas faux, mais j’aurais pour ma part plutôt envie d’employer le terme d’hermétique, de cabbalistique, tant les compositions mènent vers un monde tout d’abord plutôt lumineux et non dédié à Satan, mais pour lequel il vaut mieux posséder les bonnes clés si l’on veut avancer (va comprendre de quoi parle Maât si t’as pas avec toi ton ami wikipedia !).

Sound of the Wind, même s’il reste d’une cohérence à toute épreuve et manque parfois de surprises, alterne avec brio les ambiances, entre pavés d’une lourdeur digne de Black Sabbath Lords of the War ou Wild We Go tiennent sacrément bien la route face aux standards de la grande époque des chevelus de Birmingham – et des rythmes planants mêlant ambiances westerns (Maât donc, j’insiste, et le titre éponyme, aérien au possible, baignant dans une atmosphère hallucinogène, imposant des images tout droit sorties du western mystique et psyché El Topo, du franco-chilien Alejandro Jorodorowsky, ou quand les colts rencontrent la métaphysique !) et même ces claviers rappelant le petit péché psyché des Doors (la ballade Let me be Myself). Il y a aussi du rock teinté de blues sur Sound of the Wind, comme sur le fabuleux Turn Me On, tout en basse et en soli de guitares (bravo à Jacopo Fallai, le gars te relève d’un coup l’intérêt d’un morceau presque banal comme Rising On the Edge et te donne envie d’appuyer sur replay !), suivant le tempo d’une justesse sans nom de la batterie, tenue avec panache par un Mirko Buia en grande forme. Psychedelic Witchcraft possède un son particulier, mêlant guitares bien grasses, épaisses comme des bras de bikers, et un parfum plus léger et enchanteur, sentant bon le patchouli et les pattes d’eph. Et puis il y a Virginia, impériale avec sa voix rock, geignarde et séductrice à la fois, brillant sur le morceau éponyme au tempo lent ou sur celui, bien plus lourd et relevé d’une orgue seventies, de The Warrens (mon morceau préféré ?). Pas du tout satanique, mais carrément ensorcelant, Sound of the Wind s’avère un excellent exercice de style qui aurait pu s’empêtrer dans le surplus musical fourni par la belle italienne, mais surclasse avec brio tout ce qui précédait en mettant de son côté la force de son interprète, le toucher d’une guitare inspirée et ce côté Black Sab meets Jimi Hendrix qui fait toujours plaisir à entendre.

Tout se termine avec le savoureux instrumental Horizons, comme un western qui s’étire, avec en fond la silhouette de son héros se découpant sur un soleil couchant et disparaissant dans le lointain. Sauf que le héros fait demi tour et revient au grand galop, car si tout a démarré doucement, le morceau prend vite des accents de folie imposant une suite que l’on attend déjà !

Allez, je vous laisse avec la vidéo de Rising on the Edge, c’est cadeau, et savourez bien les images et cette guitare qui se déchaîne après le break !

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