[Chronique] ORANSSI PAZUZU – Värähtelijä

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Note : 9/10

Pazuzu est un démon secondaire du panthéon mésopotamien, le roi des démons du vent, et il marque encore aujourd’hui l’inconscient de nombre de cinéphiles depuis son apparition dans le film L’Exorciste. Que le nom de ce démon apparaisse dans le patronyme d’un groupe de black-metal finlandais, cela n’a donc rien de surprenant. Les groupes extrêmes ont toujours aimé Pazuzu, et Lord Belial, Nile, Behemoth et tant d’autres lui ont naturellement dédié plusieurs de leurs titres.

Si vous vous demandez ce que signifie Oranssi, ne cherchez pas très loin car cela désigne en notre doux langage la couleur orange, symbolisant l’énergie cosmique et la lumière primordiale issue du Big Bang. Oui, car Oranssi Pazuzu, c’est un concept allant bien au delà de la musique, de l’espace et du temps, et je peux vous dire qu’il serait préférable, pour apprécier complètement l’expérience, d’avoir abusé des space cakes et autres omelettes aux champignons hallucinogènes !
Formé en 2007 par Jun-His (de son véritable nom Juho Vanhanen, vocaux et guitare), le combo en est à son quatrième album, continuant à progresser dans le domaine si particulier qui est le sien.
Pour définir correctement la musique du groupe, il faut imaginer un croisement entre le black-metal primal et le rock psychédélique. Et encore, la description s’avère très réductrice. Avec Oranssi Pazuzu, on s’aventure dans l’esprit sur les terres du free jazz avec cette façon si particulière qu’ont les compositions de naviguer sur les vagues de l’improvisation (attention, ce n’est qu’un sentiment, car tout est ici pensé, mesuré, millimétré !) ; on avance à pas prudents dans les forêts du black progressif, pour verser allègrement dans la musique expérimentale. Et puis le psychédélique, bien sûr, qui n’est pas ici pour faire joli sur tel ou tel passage, mais qui baigne carrément chaque morceau dans une vague multicolore au parfum de mycellium et vous donne l’impression de traverser un formidable arc-en-ciel éthéré à vitesse supraluminique.
Värähtelijä est un véritable kaléidoscope musical dans lequel chaque note se multiplie à l’envi, fait résonance à son propre écho et vibre d’un éclat coloré pour muter alors sous un angle différent et livrer un nouveau plaisir se riant de sa folle symétrie.
Basse bourdonnante, omniprésente ; guitares aux riffs la plupart du temps lancinants mais parfois death’n roll ou plus simplement rock ; savantes percussions agissant à la façon du beat des musiques électroniques, imposant à votre cœur un rythme qui a cessé de vous appartenir ; vocalises black typiques de la scène scandinave mais la plupart du temps reléguées au second plan, un peu comme si vous avanciez dans une brume de lumière blanche et qu’Abbath ou Shaggrath hurlait quelque part autour de vous,… ici,… non, là… mais non,… derrière vous ! Coulis de samples et nappage de claviers frappadingues, interprétés sous acide. Déstabilisation sensorielle, perte des repères sont maîtres ici ! Oranssi Pazuzu pratique l’hypnotisme musical, à coups de riffs redondants et de bruitages science-fictionnels.
Vous allez ainsi faire un véritable voyage initiatique avec Lahja, formidablement mis en scène dans le clip récemment mis en ligne, tout en symbolique tordue et rituels mêlant l’homme, la nature et quelque chose de plus grand.
Hypnotisoituviharukous va vous heurter de façon plus frontale, le black metal y étant plus agressif, à l’instar de cette voix hurlée qui cette fois-ci ne se cache plus dans un brouillard mystique mais vous agresse à grands coups de masse bardée de pointes.
De manière générale, il est fort possible que Värähtelijä vous enchante et vous emmène loin, très loin, pour peu que vous soyez sensible à l’extraordinaire richesse du propos des finlandais. Cela vous demandera de l’attention, une véritable méditation, car comme tout trésor, il se mérite. Dans le cas où vous seriez réfractaire à cette musique-univers, inutile d’insister et il sera préférable de revenir à quelque chose de plus terre à terre.
Si cependant vous aimez Värähtelijä, je vous recommande un petit délire psychédélique en remontant le temps façon 2001 Odyssée de L’Espace, et en écoutant les albums à rebours jusqu’au moins black metal mais tout autant barré Muukalainen Puhuu ! Et si vous n’avez peur de rien, je ne peux que vous encourager à vous jeter sur le plit CD réalisé en novembre 2010 avec les confrères de Candy Cane, le genre de délire extrême que doit manger Mike Patton (période Mister Bungle !) au petit déjeuner un jour de temps maussade et de mauvaise humeur. Vous pouvez également goûter les Selected Works 2005 – 2012, concoctés avec Cahier, vaste et bel échantillonnage de courtes expérimentations musicales allant d’un air de boîte à musique à cette image m’obsédant personnellement depuis plus de vingt ans de rubis magnifiquement taillés jetés sur un lac gelé et du bruit qu’ils feraient (oui, je sais, je fais des rêves étranges, et c’est sans doute pour cela que j’apprécie tant cette came là…). Comme tout cela peut se télécharger en name your price via bandcamp, n’hésitez pas, allez-y !

Bon, le trip est retombé, j’y retourne pour un nouveau voyage !

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