[Chronique] ORAKLE – Eclats

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Note : 9/10

ORAKLE c’est tout d’abord deux superbes albums de Back Metal sortis en 2005 puis 2008. Uni Aux Cimes qui revendiquait le côté symphonique et épique du Black Metal scandinave comme EMPEROR ou BORKNAGAR puis Tourments & Perdition plus avant-gardiste qui proposait des structures plus proches d’un ARCTURUS. Le point culminant de cette époque étant atteint avec la participation du groupe au Hellfest en 2009. Puis le groupe disparait de la circulation… Jusqu’à l’apparition de cet Eclats en 2015. Sept ans séparent donc le dernier album du groupe avec celui-ci. Du coup je suis un peu partagé entre le fait de comparer la musique de l’album avec les sonorités de cette époque peut-être révolue ou de considérer l’ORAKLE 2015 comme un nouveau-né.

Allez je me lance !

1ère écoute : je suis intrigué.

2nde écoute : je déteste…

3ème : je suis fasciné ! impossible de s’en détacher (malgré quelques points négatifs tout de même).

C’est maintenant l’heure de la chronique… Bordel mais dans quoi je me suis engagé moi ??? Musicalement on est très loin du Black Metal voire des sphères Metal en général. Nous sommes à 100% dans le côté expérimental et avant-gardiste avec une approche très Jazz. L’ombre lointaine d’ARCTURUS plane toujours sur les compositions mais sans les dénaturer et leur laissant leur propre identité. On ne peut pas dire que leur univers soit facile à appréhender. Le groupe joue sur la dissonance dans les accords et sur les changements de rythmes fréquents, bousculant les codes musicaux habituels. Le résultat est totalement atypique et difficilement classable, un genre de « Extrem Prog » en quelque sorte. Autant vous dire tout de suite : vous n’y trouverez pas de structures couplet/refrain, ce qui fait que ce n’est pas le genre d’album que l’on écoute quelques minutes par-ci par-là ou d’une oreille distraite en vacant à d’autres occupations. On retrouve des rythmiques lourdes et complexes aérées de parties plus légères comme sur « Solipse », des moments de Free-Jazz avec la batterie jouant typiquement en décalé sur « Incomplétude(s) » ou encore des moments complétement arcturesques comme sur « Aux éclats». Un titre comme « Bouffon existentiel » est un parfait mélange de tout ce qu’on peut trouver sur cet opus et notamment un côté parfois un peu indigeste. Car oui le groupe se fait plaisir ça s’entend et il est parfois difficile de faire la part des choses entre la satisfaction de celui qui crée la musique et celui qui l’écoute. Les 12 minutes du dernier titre « Humanisme vulgaire » et notamment la seconde partie avec ses passages progressifs et jazzy, qui certes rendent hommage à la technique des musiciens, n’étaient à mon humble avis pas indispensable…

Le chant en français, avec ses textes très élaborés limite abscons et flirtant avec la philosophie, oscille entre un côté franchement pop et un autre complétement théâtral et grandiloquent. On pourra parfois lui reprocher un côté « poète maudit » trop marqué avec cette narration complexe dont on ne saisit pas toujours le sens. Trop intellectuel ? Sans aucun doute mais il faut avouer que ça fait du bien et que cela apporte tellement de fraicheur à la musique. Il serait cependant intéressant de savoir comment cela est vécu par les non francophones. Je tiens tout de même à signaler parfois un peu de facilité malvenue sur certaines parties narrées comme sur « Le sens de la Terre », avec l’intervention de cette petite voix infantile qui pourrait très bien finir par « i qué s’apelerio… Quézac ! » ou ce côté « adolescent solitaire » volontairement provocateur sur « Bouffon existentiel » ou s’essayant à la prose sur « Humanisme Vulgaire ». En tout cas on ne pourra pas reprocher à ORAKLE d’avoir attendu autant de temps pour sortir un album en demi-teinte ; le moins que l’on puisse dire c’est que textes comme compositions ont été poussés à leur paroxysme.

C’est l’image du Yin et du Yang qui me vient à l’esprit en cet instant : là où les apparitions de chant clair dans les deux premiers opus faisaient office d’éclaircie dans la musique sombre du groupe, ici les blasts et les grunts rappellent les ténèbres au sein des compositions. Même si on est assez loin du Black Metal, malgré ces quelques accélérations parsemées de growls épisodiques et de quelques riffs de guitares bien acérées, la démarche est à mon sens comparable à des formations à contre-courant telles que GLACIATION ou PENSEES NOCTURNES qui sont plus que bienvenues au sein de cette scène française qui n’a aujourd’hui plus rien à prouver. Le style développé sur cet album est vraiment délicieux et rafraichissant. Chaque passage est susceptible d’être unique et demande une attention de tous les instants. On a un mélange de satisfaction absolue en même temps qu’une terrible frustration dont le seul moyen d’y remédier est d’écouter le titre à nouveau. La pochette et l’artwork en général, issus des sculptures métalliques de Robert Le Lagadec, sont en totale adéquation avec la musique : à savoir un art contemporain unique, désordonné et déroutant qui prend le contrepied de ce qui a déjà été fait et qui confère à cette œuvre un rendu totalement original.

Tracklist :

  1. Solipse
  2. Incomplétude(s)
  3. Nihil Incognitum
  4. Apophase
  5. Le sens de la Terre
  6. Aux éclats
  7. Bouffon existentiel
  8. Humanisme vulgaire

 

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