[Chronique] ODDISM – « With The White Tiger »

Bernard-Henri Leviathan

J’étais prévenu. « Aussi puissant qu’imprévisible », « fait d’asymétries, d’absence de codes », « une expérience musicale dense », « intense »… j’avais bien pioché ces quelques mots çà et là dans la biographie attachée au disque d’ODDISM.

Je vais donc tenter un exercice, celui de poser du verbe sur cette « expérience d’écoute dont personne ne peut ressortir indemne » (dixit une fois encore le document).

ODDISM est un groupe lillois de Mathcore en route depuis le début de la décennie dernière. Signé chez Singularités, l’agence atypique de relations publiques que je remercie pour cet envoi, le quatuor revient avec « With The White Tiger », second album sortant 6 ans après son premier effort. La première chose qui me surprend est que les 7 pistes qui composent l’album, allant d’1’15 à 4’45, remplissent 21 petites minutes de musique. Et pourtant, ces 21 minutes seront sans doute suffisantes pour la plupart d’entre vous, tant elles se veulent imposantes et cognitivement coûteuses pour le peu que l’on s’implique dans l’écoute.

La musique d’ODDISM est conçue pour un public averti, je vous avertis donc !

La biographie est d’ailleurs intéressante à lire, on y comprend la démarche du groupe à vouloir se dépasser, pousser la musique extrême dans ses retranchements et avec une essentielle réflexion sur la situation environnementale de notre monde. Il y a assurément de l’intelligence là-dedans. De la science aussi car dès les premières écoutes, je ressens le calcul. Celui de poser la partition à la manière d’un développement mathématique. « With The White Tiger » est un enchaînement de mesures profondément rythmiques, dans un ensemble déstructuré, compact et assourdissant où, pourtant, tout s’ajuste comme aurait pu le prédire Euclide.

En fait, une partition d’ODDISM doit sans doute ressembler à cela :

 

 

Il n’y a ici aucun schéma auquel se raccrocher. Saccadés, découpés, jonglant avec les soupirs et les silences, les rythmes menés par la batterie semblent n’en faire qu’à leur tête, changent de paysage au gré des mesures. La guitare zigzague entre les basses profondes qui martèlent et les harmoniques aiguës qui, dissonantes, crient librement telles des larsens modelés. Le groupe prend un malin plaisir à une utilisation parfois bruitiste des instruments. De son côté, monotonale, la voix éructe froidement sa rage, sans modulation spécifique.

C’est barré, complétement barré, à l’extrême… trop sans doute. La maitrise des instruments poussée à l’excès, qui transpire ici, trouve son sens dans l’expérience précitée mais a tendance à la rendre également très hermétique, éprouvante. Le mélodicien qui se terre en moi ressent comme un certain malaise.

Mais au milieu de ce tumulte, je trouve tout de même quelques parties éclairantes comme cette course plus directe introduisant « Illumines », le passage post-core quasi-atmosphérique clôturant « « Born In Tophet » et permettant d’aérer le disque, ou encore ce démarrage plus conventionnel sur « You Are The Circle » qui enchaîne sur un riff dissonant assurant un certain groove.

Assurément très fort dans la mise en place, il est nul doute que le groupe trouvera son public parmi ceux dont les esgourdes sont les plus à l’envers, ceux déjà prêts pour le monde d’après. Un public auquel je ne suis pas sûr d’appartenir…

Une expérience à tenter même s’il n’y aura sans doute pas de juste milieu. ODDISM s’inscrit dans cette intransigeance artistique où l’on se range à ceux qui adorent ou à ceux…. qui ne savent plus. De mon côté, je ne peux décemment pas noter cette production, ce serait injuste. Pour évaluer, il faut être en pleine possession de sa lucidité. Moi, maintenant, je suis tout foutraque, je crois que je vais aller m’aliter. 

 

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