[Chronique] NEMESIS H. P. – « Lion »

Bernard-Henri Leviathan
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En grand amateur de W.A.S.P. et de Monsieur Blackie Lawless, j’avais pourtant été fort déçu par mes dernières expériences vivantes avec l’animal (… Fuck Like A beast). Imaginez : 2014, Alcatraz Fest, prestation dénuée d’artifice, Blackie en apparat de mamie bikeuse et 10 minutes de pause en plein milieu du set de huit titres avec « The Titanic Overture » en sono. Plus tôt encore : 2012, le Splendid de Lille. Et bien ?… et bien rien. Myrath et puis plus personne. Il paraitrait même qu’on a retrouvé quelques ossements dans les sous-strates du plancher de la salle de celles et ceux qui ont attendu longtemps la venue d’un groupe qui n’est jamais venu. Des souvenirs de ma jeunesse bercée par W.A.S.P. ? J’en ai à la pelle. Des disques de W.A.S.P. ? J’en ai des brouettes. Mais même si ça reste une institution pour moi, vous comprendrez que j’ai tout de même un peu de mal à déglutir en méditant sur l’authenticité dernière du bonhomme.

Heureusement, c’est au milieu de ces réflexions que m’arrive « Lion », premier album de NEMESIS H.P. (Heavenly Punishement… et non le poème « Nemesis » de H.P. Lovecraft !), tout jeune combo des Hauts-De-France. Quel intérêt à cette introduction ? Vous allez comprendre.

Pour être exact, plus qu’un groupe, NEMESIS H.P. a plutôt démarré à la manière d’un projet solo de Yannis Geenens (chant/guitare ; ex-REIGN OF NIGHT, ex-BLACK JUJU INC., pour les habitués des circuits undergrounds de ce berceau metallique qu’est le grand Nord !) associé à son frère, Liam (guitare lead, SHARX). Tous deux se sont adjoints les services d’une rythmique dite « de session » avec Axel Meuriche (ex-REIGN OF NIGHT, bien connu dans nos contrées sous le sobriquet Axl Meu) à la basse et Lucas Richard à la batterie. Un projet fun, entre copains donc, et l’avenir nous indiquera la pérennité de cette fine équipe.

Derrière le visuel réalisé par Stan « Monsieur est partout » W. Decker, au style reconnaissable au premier coup d’œil, se cachent dix titres dont l’approche n’est pas à prendre par quatre chemins. « […] S’amuser tout en reprenant les gimmicks du Hard Rock des années 80 », c’est ainsi que débute la biographie du groupe. Une traversée allant du Rock’n’roll au Heavy Metal traditionnel, c’est effectivement ce que va nous proposer le groupe et on ne va pas se mentir, on entend d’emblée quels vinyles ont pu bercer l’enfance des musiciens. Il faut dire, annoncer ça comme ça, ça attise la curiosité des chercheurs d’or.

Ainsi donc, après le rugissement du félin ouvrant l’œuvre et annonçant un Hard Rock fauve, énergique, aux riffs bien affûtés et aux refrains travaillés, on retrouvera ci et là des clins d’œil à KISS, période Ace Frehley ou période démasquée (« Spit On The Future », « Fire In My Chest »), une attitude rappelant des groupes comme TWISTED SISTER, STEELER et surtout… ça y est, j’y reviens… W.A.S.P. et consorts (RANDY PIPER’S ANIMAL, par exemple)! « Not Enough (Remedy) » prend ainsi des airs de « Wild Child », la première partie de « Don’t Play The Lover For Me » utilise les codes de la ballade façon Lawless et « Wait No More » (titre où apparait en guest un certain Chris Holmes, tiens, tiens) ne dépareillerait pas sur l’album plus Rock’n’Roll, « Helldorado ». Mais c’est surtout au niveau de l’incarnation vocale de Yannis, tout au long des chansons, que le rapprochement peut se faire. Certes Blackie a un grain inimitable mais Yannis, endossant les mélodies de manière éraillée, s’en approche fortement et tient bien la route dans ce registre.

Dans un autre genre, je m’aventurerais même à trouver une peu de MEGADETH dans ce disque. « Afraid About Me » mixera, mais d’une manière plus propre, un rythme qu’on aperçoit dans « The Skull Beneath The Skin » avec la mélodie vocale de « The Mechanix », deux titres issus du premier méfait de MegaDave. On situait davantage le compositeur de « Lion » sur un registre plus Thrash et c’est vrai que je retrouve également un peu d’intonations de Mustaine dans le speech du premier couplet d’ « I’ll Be Waiting ».

La musique de NEMESIS H.P. ne s’arrête bien sûr pas à ces références. On y trouve également une personnalité naissante, une interprétation qui a belle allure, parsemée de bonnes idées. « You’ve Got To Regret » sorti en vidéo l’été dernier, ayant tous les atouts du single, suffisait déjà à s’en convaincre. « Love Potion N°9 » de THE CLOVERS (groupe de Rythm & Blues des années 50) est reprise avec beaucoup de sens et permet une petite variation de style, tout en se fondant bien dans l’ensemble. « I ‘ll Be Waiting », titre de clôture du disque, présente un développement de riffs au groove entêtant et une longue progression où s’étalent des soli très atmosphériques.

Question leads justement, sur l’ensemble de l’album les interventions de Liam sont tout à fait à propos, dans le ton, avec une belle énergie rendant hommage à l’esprit vif du Rock. D’ailleurs, hormis le nom et le côté cool de la collaboration, la présence de l’ex-W.A.S.P., Chris Holmes, n’apporte pas vraiment de plus-value. J’aurais même tendance à dire qu’il s’agit du solo qui sonne le moins bien, ce qui me conforte malheureusement dans l’impression très mitigée que m’a laissé la suite de carrière du « Mean Man ». Au-delà de cela, le rendu global est vraiment très propre et fait honneur aux productions d’antan. Un peu plus de gain aux guitares n’aurait pas été de refus (mais ça, c’est vraiment affaire de goût) et un peu plus de place laissée à la basse aurait mis davantage de liant entre la belle résonance de la batterie et le punch des guitares.

La grandeur de W.A.S.P. se meurt, mais avec un premier album très entrainant, maitrisé, sincère, à la maturité déjà palpable d’un quatuor qui respire la belle alchimie, NEMESIS H.P. a des atouts pour s’inscrire dans la nouvelle vague de relève des gardiens de l’esprit originel. De notre côté, nous gagnons un nouveau poulain dans notre paysage. Et si davantage de variations dans l’interprétation vocale ou l’approche des morceaux permettra à l’avenir de tenir encore davantage l’auditeur en proie tout au long du disque, nul doute que la recette fera mouche en live ; si un jour dans la vie d’après, celle rêvée à l’aigre arrière-goût d’utopie, le live venait à reprendre sa place. Ce que nous leur souhaitons bien entendu fortement !

Pour suivre le groupe : Facebook NEMESIS H.P.

Pour pré-commander l’album (sortie repoussée au 30 avril)  : https://nemesishp.bigcartel.com/

 

 

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