[Chronique] NECRONOMICON – Advent Of The Human God

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Note : 09/10

Necronomicon ! Vous savez, ce bouquin maudit écrit par l’arabe fou Abdul Alhazred ! D’aucuns vous diront que ce livre a été inventé par l’écrivain américain Howard Philips Lovecraft, mais les véritables érudits savent bien que ce grimoire existe, bien qu’à très peu d’exemplaires, traduits en latin, en arabe ou en grec ! Et bien les albums du groupe québécois de black symphonique (à ne pas confondre avec le combo de thrash allemand du même nom !) sont à l’image du célèbre elzévir, à savoir maléfiques, rares (cinq albums depuis la création du groupe en 1988 !!!) et brillants d’excellence et de sombre efficacité !

Signé chez Season of Mist, le label indépendant français fort en groupes talentueux (Morbid Angel, Hegemon, Arcturus, Carach Angren…), Necronomicon s’est imposé depuis Rise of the Elder Ones, leur quatrième album, comme l’un des fleurons du black death moderne aux accents symphoniques.

Et ce n’est pas Advent of the Human God qui fera dire le contraire !!!

Le groupe originaire de Saguenay  grand nord canadien -, mené par son frontman Rob « The Witch » Tremblay (guitare et chant), s’est fait une spécialité des intros longues, symphoniques et macabres. Et là où la plupart des groupes du genre se limitent en général à une intro et une outro, Necronomicon ose la multiplication de ce genre d’amuse-bouches comme d’autres les p’tits pains (quatre intros si l’on compte la reprise de Celtic Frost !). Certains pourront trouver le processus irritant (cela freine l’impact du rouleau compresseur) quand d’autres sauront goûter avec délectation ces interludes permettant à l’opus de respirer, de casser la linéarité que tant de violence déchaînée serait en droit d’entraîner. Plusieurs influences traversent l’opus, Behemoth et sa pompe effrayante, Dimmu Borgir et ses claviers grandiloquents ainsi que quelques vocaux (sur le titre éponyme, on croirait entendre Shagrath et sa voix reptilienne, période Death Cult Armageddon !), Angelcorpse et ses riffs tranchants, Carach Angren et sa science du morbide, la rapidité et la technicité de certaines lignes de guitare propres au death (Deicide) ainsi qu’une rugosité au niveau du chant rappelant parfois un certain Johan Hegg d’Amon Amarth. Mais Necronomicon a parfaitement su digérer ses racines et proposer une recette qui lui est propre, massive comme un assaut tellurique, délétère comme une plaie d’Egypte, imposante comme l’ombre de Lucifer. Et c’est bien l’enseignement de ce dernier qui est hurlé au travers des savantes compositions rehaussées de somptueux claviers (Unification of the Four Pillars, Crown of Thorns et son ambiance orientale !), l’incitation au rejet des lois morales et séculaires imposées par les dogmes religieux et politiques gangrenant nos sociétés dites civilisées. Rob interroge, fort de sa philosophie luciférienne mettant les dieux à bas : « Combien de temps l’humanité restera t-elle encore esclave et refusera t-elle d’embrasser son propre pouvoir pour accepter la grandeur qui est sienne ? »

L’apocalypse est ici assénée à grands renforts de blasts et de riffs tranchants comme des scies, à coups de double pédale et de soli bien sentis (ahhh, The Golden Gods et Crown of Thorns !), le tout rendu encore plus massif par une basse étouffante et une production au cordeau (très beau travail de Jean-François Dagenais – Kataklysm – au niveau du mixage, même si à mon goût on pourrait encore pousser plus loin la mise en avant des orchestrations). Le trio composant Necronomicon est ici à féliciter, Rob évidemment, grand ordonnateur de l’ensemble, à louer pour sa guitare et sa créativité, mais aussi Mars et sa basse maousse enveloppant l’ensemble. La palme revient cependant à Eric Bastien, marteleur de talent, à la frappe bien plus variée qu’il n’y parait de prime abord : car passé le premier passage à tabac, les nuances « percussives » s’imposent et révèlent une maîtrise impressionnante, haussant le musicien aux premiers rangs du genre.

Si vous rajoutez à cela un savoir-faire certain pour les petites idées rajoutées ici ou là – le sinistre corbeau du long intermède Necronomicon, l’orient invoqué dans le très réussi Crown of Thorns, la reprise de l’instrumental de Celtic Frost, Innocent and Wrath, trouvant ici parfaitement sa place -, vous obtenez ce qui s’avérera probablement comme l’un des musts de l’extrême symphonique de cette année 2016. Nous n’avons même pas droit au classique titre de remplissage clôturant trop souvent nombre de nos albums favoris, car Alchemy of the Avatar défouraille à tout va et vous écrase au sol en appuyant bien fort, promettant sur scène quelque chose d’assez énorme et laissant aux seuls courageux le soin de s’approcher du pit ! Le plus fou, c’est qu’au sein du chaos de ce titre, au détour de vocaux Dimmu Borgiens, émerge un solo de piano qui vous prend à revers sans que personne l’ait vu venir ! Necronomicon ose, et c’est cela qui fait du bien, laissant deviner la promesse d’encore plus de folie sur les œuvres à venir.

 Rob confirme avec The Advent of the Human God sa volonté de ne produire un album que lorsque l’inspiration est au rendez-vous, privilégiant ainsi la qualité à la quantité. Et même si le rythme des sorties s’est accéléré chez Necronomicon (trois albums en six ans contre deux répartis sur douze auparavant !), il est clair que le gaillard n’a pas changé sa ligne de conduite et encore moins vendu son âme au diable… quoique… allez savoir…

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