[Chronique] MONSTERS (EP)

Bernard-Henri Leviathan
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Soundcloud

Note : 7.5/10

Où sont passés nos cirques où charmantes femmes à barbe et zoomorphisme se payaient à l’enchère ? Où sont passés ces forains à l’âme charitablement mercantile qui ne faisaient qu’emprunter quelques indécents billets au riche mécénat se complaisant dans l’obscénité de sa normalité ? Balayés tous autant qu’ils ont pu être par l’ombre du XXème siècle, la tératologie et la lente, très lente capacité de l’être humain à comprendre (parfois) sa propre inhumanité. Le monde avance avec sa décadence et il ne nous reste qu’en ultime témoignage une poignée de films, des photos d’époque et ce visuel d’album : six hommes en désordre. Six phénomènes pour six titres à la curiosité médicale en exhibition. Tel se présente le premier EP de MONSTERS. Bienvenue dans la monstrueuse parade !

Résultant de la collaboration de musiciens issus de formations déjà ancrées dans la scène nordiste (ZAANG, ONE EYE DOLLAR, etc), MONSTERS débarque en 2013 et découvre son visage en ce début d’année 2015, avec plus de 35 minutes de musique pour carte de visite.

A la première écoute, on place irrémédiablement le groupe dans un courant moderne, alternatif par ses arpèges de guitare et la voix d’Arno Bodhuin tournée vers les rondeurs caractéristiques d’Eddie Vedder (PEARL JAM) ou Layne Staley (ALICE IN CHAINS), voire parfois MASTODON, mais également progressif avec ces structures rythmiques mouvantes.

Attention cependant, les seventies sont loin, oubliez les fréquences aiguës. Le mur de son qui se dresse face à vous est d’un grave conséquent qui résonne jusqu’aux tréfonds du ventre. Tellement grave parfois que les basses auraient tendance à faire saturer mes enceintes. MONSTERS dégage une réelle puissance, une lourdeur écrasante.

Au fil des six titres, la musique alterne entre passages posés et plus extrêmes. La démarche pourrait rappeler, sous certains aspects, AONE, LOPSIDED ou encore IN THE GUISE OF MEN.

L’accueil de l’auditeur se fait d’entrée de jeu sur des notes poussiéreuses. Une ambiance glauque introduit « Stray From The Path » avant que les gros riffs n’arrivent. Ces ambiances, ces textures, on les retrouvera souvent sur les entrées de morceaux ou pour apporter un peu d’air, d’harmonie au milieu de ceux-ci. Parfois plus sous-marines, utilisant des voix radiophoniques ou des bruissements d’ailes d’insectes, les machines de Ju Ponant sont travaillées minutieusement pour apporter une réelle plus-value. On regrettera alors qu’elles se fassent aussi discrètes une fois les morceaux lancés.

Dans cet environnement en béton armé, le chant clair aura pour fonction essentielle d’aérer la chose. Même s’il prend plus de terrain, il n’est pas seul à intervenir puisqu’il partage l’espace avec une voix purement saturée le temps de quelques parties. Suivant les titres, cette dernière ne me semble pas toujours indispensable tant la pesanteur des morceaux repose sur une réelle assise de la musique en elle-même. Il n’y a alors pas toujours besoin d’ajouter d’agressivité.

La suite de l’EP apporte sa pierre à l’édifice. « A Monster’s Lament » a ses passages de bravoure. « Demons You Can’t Tame » fait une entrée plus directe avec les éléments qui se déchainent d’emblée. « A Cure For Death » a un côté plus agressif. Avec la basse de Stef Waem fort présente, les guitares fantomatiques et ce côté froid donné à la musique, on est à la limite du Post Hardcore que peut proposer un groupe comme PAST et la voix hurlée (plus attrayante dans ce contexte) n’est pas pour dépareiller. « She’s The Devil » accentue le visage alternatif, avec un intéressant travail sur les interventions de guitare déstructurées.

Niveau batterie, le jeu de Fred Queant, c’est du THX. Les trigs se baladent sur la stéréo le temps de quelques descentes de toms. Je ne suis pas forcément fan de cette pratique mais il faut reconnaître que ça a le mérite d’apporter un peu de dimension ici.

On y revient, MONSTERS propose une musique très rythmique, intensément polyrythmique même, qui perd l’auditeur dans des structures complexes et chargées… en prenant le dessus parfois sur l’aspect simplement mélodique de la musique. Il suffirait alors d’ajouter, de-ci de-là, une envolée harmonique plus directement accessible.

« This Night Has No End », petit bijou de composition, sort justement du lot en ce sens où ce morceau se présente comme plus identifiable. Après une introduction à l’atmosphère grinçante, la basse commence déjà à marteler le rythme là où les guitares de Mat Chiarello et Arno Catou semblent vouloir s’éclaircir. La batterie, au jeu de cymbales subtile, vient renforcer un arpège pouvant rappeler l’approche guitaristique de groupes comme MASTODON ou THE OSIRIS CLUB (dans une manifestation plus Rock progressif). Il y a certainement là, une piste à creuser pour de futurs morceaux. Le chant plane sur un rythme encore insaisissable et indomptable pour un rendu sombre et aérien.

De même, « Demons You Can’t Tame » offre LE solo de l’EP et on est content d’entendre les guitares sortir des riffs gras pour s’élever avec brio sur ce terrain. Construit de manière décousue et déstructurée, il apporte un réel intérêt au morceau. Voici une autre piste qui me semblerait intéressante à fouiller à l’avenir.

Avec MONSTERS, on s’en prend plein les oreilles. L’écoute est intense et offre des horizons variés. D’ailleurs, le scratch développé au beau milieu de « Demons You Can’t Tame » est bien là pour démontrer que les limites du groupe peuvent être repoussées à tout moment. Au beau milieu de cette musique dense, on perd parfois pied dans les morceaux, on perd ses repères mais de ce fait, à vouloir trop en faire, il ne faudrait pas non plus risquer de perdre l’auditeur sur la durée d’une future longue production. Il y a suffisamment de pistes perceptibles dans les compositions de ces messieurs pour éviter ce fâcheux désagrément car, à mon humble avis, il serait dommage de passer à côté de ce nouveau venu sur le territoire. Le travail est indéniable, le potentiel également, il reste alors à s’imposer sur le terrain !

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