[Chronique] MINDPATROL – The Marble Fall

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Note : 5/10

Groupe luxembourgeois formé en 2012 par Luc François et Xavier Hofmann, Mindpatrol nous livre en cette chaude veillée d’Halloween 2015 sa seconde offrande, après un premier opus sorti en 2013, et qui n’était au départ que le fruit d’un projet studio reposant sur les deux têtes pensantes du groupe. De l’eau a passé sous les ponts et, de duo, le groupe est passé à sextet, avec la particularité de partager un point commun avec Iron Maiden, c’est à dire de posséder trois guitaristes. Bon, je le dis à ceux qui commencent à s’exciter, la comparaison s’arrête là.

Avant de plonger plus avant dans la musique alambiquée à laquelle nous allons avoir droit, savourons un instant la superbe pochette signée Stéphane Pianon. Un petit mot aussi sur le concept auquel les musiciens se sont attaqués : une vision alternative de la Création, version biblique, de la Genèse à la chute de l’homme, en passant par les doutes assaillant créateur et créations, à la guerre qui s’ensuivit et au compromis qui ressortit de cette lutte dénuée de vainqueur (qu’est donc un créateur sans ses créations et vice versa ?). En ces temps de foi imbécile et meurtrière, je préfère entendre parler d’elfes et de dragons, ou de bons vieux tueurs en série, mais bon, passons.

Et la musique dans tout ça ? Disons qu’il pourrait s’agir après une grossière dissection de prog metal extrême avant-gardiste (c’est la première définition me venant à l’esprit, elle vaut ce qu’elle vaut). Pour faire plus simple, disons que les jeunes musiciens (entre 19 et 24 ans) ont décidé de coller intimement au sujet qu’ils illustrent, pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

Pour le meilleur tout d’abord ! Dès les premiers morceaux, on sent une grande maîtrise au niveau de la production, claire et limpide, d’autant plus étonnante quand on sait que le groupe s’est auto-produit. Chaque note s’impose, aucun instrument ne prend le pas sur l’autre et l’on peut suivre sans peine la moindre ligne de basse, ou se perdre dans la circonvolution des guitares, naturelle pour le genre. C’est du prog, donc les breaks et ponts se multiplient, à l’aune d’un univers qui se découvre en même temps qu’il se crée. Les riffs deviennent couleur, tout d’abord arcs-en ciel fabuleux dignes d’un Magellan période Test of Wills, d’un Lemur Voice, ou nuages noirs plus inquiétants à la Nevermore. Les musiciens tissent avec leurs instruments la trame d’un monde palpable, d’un dieu façonnant les hommes destinés à devenir ses fidèles et ces derniers découvrant à leur tour la beauté puis la noirceur du monde. La technique n’engloutit jamais l’auditeur dans un déluge inextricable d’arpèges, et il faut bien reconnaître au sextet une évidente habilité à manier leurs outils, maîtrise explosant sur les trois derniers morceaux (Nemesis Part I, II et Catharsis). Pour autant, il serait prétentieux de parler de génie. La réussite est dans la texture, dans ces peintures qui s’imposent à l’esprit.

Concernant la phase moins heureuse, il faut hélas parler des vocaux, apparemment uniquement assurés par Luc François. Il est important de se poser cette question, car sur cet album, la partie vocale est carrément schizophrénique ! Cette voix, elle susurre, elle se veut claire (au début de l’aventure, lorsque le décor naïf de la Création se pose), dotée parfois d’un fort accent allemand (The Fall), puis s’énerve progressivement au fur et à mesure que gonfle le conflit. En fait, ça growle sévère dès la quatrième piste (A Marble Throne), et l’on se dit parfois que Morbid Angel a peut-être décidé de faire du prog, ce qui après tout ne surprendrait plus après l’étonnant et décrié Illud Divinum Insanus. A la fin, on croit même entendre Dani Filth et son hurlement si particulier (Catharsis) ! Oh, ils sont combien là-dedans ??? Et là encore, après tout, pourquoi pas me direz vous ? Ben… c’est que la voix est proprement insupportable, se moquant d’adopter le ton qu’il faut, méprisant horriblement les canons du genre. Nous sommes plus proches du braillement, des premiers essais maladroits d’un death-metalleux en herbe, d’une blague entre potaches éméchés, que d’une oeuvre à ce niveau maîtrisée. Et le pire dans tout cela, c’est qu’il est fort probable que tout cela soit malicieusement pensé, respectant le schéma que le groupe s’est fixé !!! En effet, rappelons l’approche conceptuelle du groupe, celle d’une nouvelle Création, et soudain, tout s’éclaire : les vocaux sont froids, sans émotion, robotiques lorsque le monde s’édifie ; ils se font naïfs et émerveillés quand l’homme regarde autour de lui et contemple la beauté de l’Eden qui l’entoure ; il n’est encore que glaise à peine séchée, cet Homme, lorsque ses premiers hurlements sortent de sa gorge malhabile. Alors oui, on pourrait se dire que tout cela est finalement proche du génie, comme put l’être en son temps la première toile imposant le cubisme alors que n’existait jusqu’alors qu’un évident réalisme. C’est pour cela que je parle « d’oeuvre d’avant-gardiste », et que je laisse dans le doute l’occasion pour The Marble Fall d’atteindre péniblement la moyenne. Mais croyez-moi, l’épreuve est véritablement difficile et il vous faudra être très ouvert d’esprit – ou carrément bourré – pour trouver du plaisir à l’écoute intégrale de l’album.

Allez, la prochaine fois, ils nous font La Divine Comédie de Dante, en version triple album, L’Enfer, Le Purgatoire et Le Paradis, et ils growlent en italien avec un orchestre symphonique au grand complet ! Chiche les gars !

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