[Chronique] LA DIVISION MENTALE – M.I.R.E.K. (Music Inspired By The Life & Works Of Miroslav Tichy)

Bernard-Henri Leviathan
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Note : 7/10

Mon premier contact avec LA DIVISION MENTALE aura été toute une expérience en soi voyez-vous, car avisant la bio jointe au support musical reçu, j’apprends que : « LA DIVISION MENTALE se caractérise par sa manière de développer une substance musicale semi-organique, colorée et rythmée par la MAO et le sampling » ou encore « le lexique sonore s’est développé autour des guitares et du chant »…. Description qui, je l’avoue, m’aura plongé dans une espèce de dimension parallèle de compréhension de la musique, me laissant dans l’étonnement, allez un brin narquois je l’avoue, quant à cette capacité du musicien à définir son travail de manière à le faire passer pour plus complexe qu’il ne se voudrait en réalité. L’intellectualisation de la démarche artistique, voilà bien un concept en vogue, notamment dans l’évolution actuelle du Metal. Je ne dis pas qu’il faut être con, mais parfois un peu de simplicité ça fait aussi du bien!

Par contre, un peu plus loin, d’autres mots ont davantage aiguisé ma curiosité : « underground », « do-it yourself »… ça j’aime bien et « en adéquation avec la démarche et la folie de Miroslav Tichy », ça aussi j’aime bien.

Car figurez-vous que, dans cet album, on y parle effectivement de Miroslav Tichy, peintre puis photographe tchèque décédé en 2011, souvent considéré comme un peu désaxé mais ayant eu pour génie visionnaire de construire ces objectifs lui-même, par récupération. Genre ça :

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Créant ainsi des clichés au rendu unique. Genre ça : miroslav-tichy-7

Dans la démarche d’album à concept, c’est plutôt cool et on veut bien consentir que ces mecs cherchent plus loin que le bout de leur nez pour construire leur contenu musical.

Du point de vue audio? Et bien LDM, au passif Black indus, s’adresse aux amateurs de longues structures où l’ambiance s’étale, rampe et progresse tout au long de l’album. Entre choses planantes ou bien rythmées, les 6 titres, comme une longue piste chapitrée, lorgnent du côté du post-Black indus, du Metal atmosphérique. On pense parfois à WE ALL DIE (LAUGHING), ALCEST, CULT OF LUNA, voire SATYRICON décennie 2010 dans l’art de la superposition d’un élément aérien (nappes d’ozone formées par les arpèges de guitare) sur un élément tonique (batterie frénétique). On pense aussi à du Marilyn MANSON me souffle mon compère Rottendrums… et c’est vrai qu’à l’écoute de « « The Downtrooden Pioneer », la voix d’Eymeric Germain rappelle la langueur râpeuse du Révérend.

La voix justement est un outil usant ici également de cette dualité entre clarté posée et égosillement saturé souvent noyé sous les effets allant jusqu’à rappeler l’organe de Shaggrath (DIMMU BORGIR).

Pour ce 3ème album, le duo français a pris le parti de demander le concours d’un batteur qui sait donner un côté parfois Doom aux compositions avec des rythmiques pesantes accompagnées du martèlement de la basse (« Smother », « The Streets Of Kyjov ») ou lancer à d’autres moments des agressions oscillant au gré des structures jusqu’à l’approche martiale du pilon industriel (mais si, rappelez-vous les bonnes boucles de NINE INCH NAILS).

Il y a ce côté « post », fort en vogue actuellement, dont l’emploi du bourdonnement et de la répétition créée un effet hypnotique. Il y a ces atmosphères sombres et brumeuses côtoyant une approche plus black, sale et malsaine et partout l’éventail des fréquences est comblé par des saturations flottantes.

Au sein de chacun des titres, l’instrumentation prend progressivement de l’intensité, avec un fond dissonant, dramatique rehaussé, par exemple, de quelques arrangements fantomatiques de xylophone ou de clavier (« A Prophet Of Decay », « The Downtrooden Pioneer »), de choeurs mystiques, voire presque monacaux (« Shapes And Shadows »). Il faut cependant savoir attendre, ne pas être vite trop gourmand car l’action peut se délier après quelques minutes d’une orchestration répétitive (« Shapes And Shadows »). De temps à autre, mais encore un peu trop rarement, un élément vient casser la linéarité de l’écoute : un passage plus Rock prog à la manière de THE OSIRIS CLUB (« A Prophet Of Decay »), des accords syncopés en rupture avec le rythme, l’approche presque plus mélodique des guitares sur « The Downtrooden Pioneer », le côté plus théâtral de « Woman Ghost » – rappelant l’esprit de NOTRE DAME avec ses accords poussiéreux – ou le plus entraînant et rythmé « The Streets Of Kyoj » qui m’évoque (avec moins de panache tout même) le très électro « The Grudge » de MORTIIS.

LA DIVISION MENTALE développe, avec « M.I.R.E.K. », de belles ambiances sur la longueur. Cependant, attention à ne pas être trop impatient qu’il se passe quelque chose…. Cette approche consistant à densifier, étirer la musique, ne peut pas toujours non plus faire que du bien aux morceaux et il leur manquerait parfois un petit quelque chose de plus agrippant pour sortir complétement du lot. Sans forcément proposer un contenu d’une totale nouveauté, LDM propose néanmoins sa conception de la musique « post » au travers d’un sujet qui rapproche deux pratiques artistiques, un peu à l’image de Mathieu Drouet et sa « Grande Plage »… Ca, j’aime !

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