[Chronique] HEGEMON – Initium Belli (EP)

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Le Mort qui Marche allongeait ses foulées d’un pas sûr et déterminé.

Il n’a guère que la peau sur les os. Une peau sêche et grise comme un vieux parchemin, montrant des veines arides et des tendons à vif. Il est vêtu de guenilles mais sur son front brille la couronne de glace noire des cruels seigneurs du Nord, sertie de joyaux impurs. Les gemmes honnies crachent des feux glacés alentours, et sèment le trépas quand un éclat croise, par un malencontreux hasard, le regard d’un honnête homme.

La cape élimée, déchirée, du spectre décharné s’étire vers le sud tandis que l’irascible cadavre avance vers le nord. Il recherche le froid, la furie du blizzard, la terre gelée de ses ancêtres dans laquelle planter les serres que sont devenus ses maigres doigts. De temps en temps, la bouche du Mort s’étire plus qu’elle ne devrait, et retentit alors un long cri de harpie, vouant aux gémonies les âmes jugées trop pures.

Et cela fait maintenant plus de vingt ans, quatre lustres, que ce Roi Mort étire ses pas sur des chemins cabossés, marchant sans jamais se lasser vers ce Nord à la fois si proche et si lointain. Il a toutefois manqué trop de batailles, imposé de sa marque noire trop peu de moments de notre histoire, pour sur le monde que nous aimons imposer l’hégémonie à laquelle il aspire. C’est peut-être dans l’ombre qu’il se plait le mieux ce ténébreux fantôme, en cet endroit où la lumière se tait, et où il peut à loisir se terrer pour observer, guetter, et d’un coup brusque happer le malheureux qui passe à sa portée.

Le Roi Blafard a pour nom Hegemon. Il n’a mené ses troupes à l’assaut qu’à quatre reprises depuis ses premières passes d’armes en 1997, mais par l’Enfer que ses charges étaient belles. Chaos Supreme (2000), By This, I Conquer (2002), Contemptus Mundi (2008), The Hierarch (2015), autant d’entailles ajoutées à la lame de son épée, de cadavres étendus sur une vaste plaine et de massacres perpétrés avec un grand panache.

Initium Belli arrive aujourd’hui (enfin… en décembre 2017). Il n’est peut-être qu’une escarmouche, un combat d’avant-garde, limité au format d’un EP, mais il a pour mérite de rappeler à tous et de fort belle façon ce qu’a été et ce que sera Hegemon pour les siècles des siècles.

Trois glaives anciens tout d’abord, retravaillés par un habile forgeron, débarrassés des outrages que le temps laisse inévitablement. Tirés des deux légendaires démos aujourd’hui introuvables, ils brillent désormais d’un éclat à nul autre pareil, montrant qu’à ses balbutiements, la Bête était déjà féroce et fort habile dans l’art du combat. A.A. Deux lettres dont l’une seule aurait pu suffire à définir le morceau : Apocalypse Armageddon. Blasts ravageurs, riffs tranchants, tonalité à la Marduk ou Immortal, qui rendent à ce titre jusqu’ici non achevé les honneurs lui étant dus tant son aggressivité s’avère d’une mécanique imparable. La production du guitariste Patrick « Darkhyrys » Guiraud est d’une clarté et d’une précision décuplant le pouvoir ravageur de l’ouvrage. Et nul ne regrettera ici les productions datées et dignes d’une caverne de troll. Dawnbringer et Howling Silence suivront dans la même veine, rappelant que ces anciens titres ont encore fière allure au sein du présent du groupe. Hegemon ne se contente pas de charger sans cesser d’accélérer, il ménage ses efforts, ralentit parfois pour mieux repartir, gagner de la lourdeur et augmenter son potentiel de menace.

Puis vient la nouveauté, La Mélancolie de l’Abîme, étirée sur plus de sept minutes et qui s’intègre parfaitement dans le travail précédemment livré sur The Hierarch. Normal, le morceau est tiré des sessions de cet album, et il est loin d’être anecdotique. Démarrant en acoustique, il monte peu à peu et gonfle en force et saturation, alternant les breaks de haute volée pour nous laisser au final passionnés et exsangues. D’un naturel renversant malgré sa complexité, le morceau nous emporte pour ne plus nous lâcher, et sur ce champ de bataille, on y revient, encore et encore, se régalant du sanglant corps à corps.

Puis vient la reprise, celle qui flatte l’une des racines du groupe montpeliérain, en l’occurrence Unsilent Storms in the North Abyss, tirée du Pure Holocaust des dieux d’Immortal. Fidèle. Rageur. Sublime.

Cet EP dépoussière, rend hommage, offre du nouveau, et donne irrésistiblement l’envie d’être écouté encore et encore. Si l’on ajoute à cela une pochette digne de celles qui ont émaillé de si belle façon la carrière du groupe, on frôle la perfection. Et à vrai dire, si je ne mets pas la note ultime, c’est uniquement du fait que j’attends encore mieux du nouveau à venir… en espérant qu’il ne faudra pas pour cela attendre encore cinq ans.

Le Mort qui Marche peut continuer à avancer : j’éviterai simplement de croiser son regard, mais marcherai dans ses pas, le suivant jusqu’aux confins du Grand Nord.

Pour info, l’objet est limité à 333 copies, alors si j’étais vous…

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