[Chronique] ELTHARIA – Innocent

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Ecouter ELTHARIA, c’est bien, ils ne manqueront pas de vous en remercier, c’est certain. Mais pour vous en donner envie, il faut déjà réussir à les chroniquer et là, si l’écoute est facile, l’exercice devient de suite plus difficile. La première lecture permet d’identifier le style immédiatement, on se trouve dans une base heavy symphonique aux accents prog’ prononcés.

A partir de là, ça se complique car le généraliste que je suis, s’il sent immédiatement le potentiel « qualité » de la composition et de l’exécution se demande à quel moment le potentiel « création » est là. C’est à ce moment que je me suis dit que l’avis d’un spécialiste du genre paraissait nécessaire.
J’ai donc posé mon séant dans le divan de mon confrère Bernard-Henri Leviathan afin de subir son analyse, mon dieu qu’il est prolixe …

« Hum, hum… Historiquement, on pourrait situer cet album à l’aube des années 2000, lorsque le Metal prog de DREAM THEATER se mariait avec le Speed mélodique de HELLOWEEN pour enfanter de groupes aux prétentions plus symphoniques tels que ANGRA, SYMPHONY X, voire STRATOVARIUS. « Innocent » est un peu là, et puis un peu sur la démocratisation qui sera faîte par la suite avec SONATA ARCTICA, CHILDREN OF BODOM, des groupes un peu derrière comme SILENT FORCE ou nos compatriotes de DYSLESIA. En fait, ELTHARIA n’aurait certainement pas dépareillé durant les grandes années des labels NTS ou LIMB Music. D’ailleurs, avec ce nom sonnant « Contes & Légendes » et terminant en A, difficile d’imaginer le groupe pratiquer un autre style.

Passée l’intro atomique, c’est une attaque des guitares directement inspirée du « Eagle Fly Free » de HELLOWEEN qui ouvre « Third World War ». Hormis quelques passages où les arrangements laissent libre court à la folie douce, ELTHARIA s’inscrit dans une mouvance dont il développe tous les codes.

Cependant, il faut absolument pointer l’interprétation, tant millimétrée que pointue, des musiciens autant dans les soli que dans les grandes envolées lyriques de Pierre Carabalona. Ce dernier, dans ses modulations fera tantôt pensé à Ben Sotto (HEAVENLY) dans le registre medium, à DC Cooper (ROYAL HUNT/SILENT FORCE) sur les passages plus posés, à Kotipelto encore (STRATOVARIUS) dans les consonances très « Kiss Of Judas » sur « My Own Justice ». Même quelques growls viennent étayer l’espace. Côté soli, c’est dans la technique shred typique des groupes finlandais qu’il faut aller chercher l’influence. Les claviers de Laure Girard ont une grande importance également dans la musique d’Eltharia, venant plonger les chansons dans ce registre typiquement Power/Symphonique ».

Nous n’avons pas trop de mal à ressentir également l’influence du jeu de DREAM THEATER pour ces musiciens, dans le son de guitare d’un morceau comme « Would I Remember You » par exemple, ou dans le développement soliste de l’instrumental « Sweet Madness ».

Bien sûr, il nous paraît évident de pointer la piste d’évolution qui pourrait être celle de se mettre en quête d’un batteur pour donner corps à ces compositions. »

Je vous laisse quelques secondes vous en remettre et digérer tout ça…

Alors comme nous le disions les strates culturelles sont évidentes, on lit dans cet album comme dans des couches géologiques. J’insiste lourdement sur ce point mais, là où les groupes sont nombreux à réinterpréter tel ou tel style, ELTHARIA fournit un produit d’une qualité rare et l’on ne peut que se dire que les limites qu’il rencontre sont liées à l’autoproduction (problème bien connu). Très concrètement un mix professionnel donnerait au son d’ELTHARIA une qualité qu’il mérite.

En effet, si l’on trouve bien une ballade inutile (très bien faite mais mon dieu qu’elle est stéréotypée), les autres morceaux font preuve d’une certaine originalité dans le genre et ne rentrent jamais dans le travers de tous se ressembler entre eux.

J’en conclue donc qu’ELTHARIA a d’un côté des points extraordinairement positifs comme des musiciens expérimentés, avec un vécu scénique et un bon bagage technique et culturel. De l’autre côté, ils vont rencontrer un problème de cible. Elle existe, il n’y a pas de doute, mais il va falloir être capable de la toucher. Ce groupe étant chez nos omniprésents confrères de Dooweet, je leur fais confiance pour aller chercher cette cible car le groupe et son public méritent véritablement de se rencontrer.

Note de Bernard-Henri Leviathan : Bon, tu te casses de mon canapé maintenant, j’ai rendez-vous avec moins poilu que toi !
Note de Blackdog : Et non ! 

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