[Chronique] DRAGONFORCE – Maximum Overload

Bernard-Henri Leviathan
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Note : 7/10

 

Facebook, Twitter ou la technologie comme moteur sociabilisant. Vaste polémique de nos sociétés actuelles : rapidité et rayonnement de l’information, des contacts, de la communication d’une part, intrusion, accessibilité sans-limite ou encore sociabilisation asymétrique d’autre part. Et, entre toutes choses, le juste milieu. Quand les gars de DRAGONFORCE se baladent et se retrouvent entourés de gens plongés dans leurs écrans, absorbés par leurs conversations virtuelles, noyés par les rayons de leur dernier gadget, ils se trouvent dans la désagréable impression d‘être torpillés d’information, de voir les gens « penser » autour d’eux, offrir à qui veut bien en être le spectateur leur dernière once d’intimité. Ca, ça leur fout la gerbe aux gars de DRAGONFORCE et « Maximum Overload », 6ème album studio de ces internationaux, tient sa genèse dans ce constat (lire l’interview ici présente : http://www.lordsofchaoswebzine.com/DRAGONFORCE.php). Si on ne peut qu’approuver leur agacement, en fans de jeux vidéo et de course à l’information musicale ultime devant l’éternel, c’est bien là le dernier groupe auquel je me serais attendu à tel discours ! Et quand cette réflexion est mise en image par le biais d’un visuel ultra numérisé, l’appel à la modernité et au matraquage de stimuli semble prendre des chemins de satisfaction contradictoires.

On cale le CD et… on hésite toujours un temps avant d’appuyer sur « Play » parce qu’avec DRAGONFORCE, on sait qu’on est parti pour une course de lévriers ! Tu sais, j’ai cette image de Julien Lepers qui pose ses questions pour le champion à une vitesse incroyable. «L’énorme orme morne orne la morne vallée »… je te raconte pas les cours de diction ! Donc, pour les férus du groupe, sachez d’emblée que vous ne serez pas déçus. Vous retrouverez ce groupe à la virtuosité insolente, mais tout de même bien caricaturale et souvent très clichesque (balèze, c’est incontestable mais je me suis toujours demandé quel niveau de sérieux ces gars avaient vis-à-vis de leur musique), dans un registre faisant la continuité de « The Power Within », le précédent album. Avec peut-être plus de finesse mélodique ici, ça tape, ça blast et le Power Metal (que j’ai mis tant de temps à définir lors d’une précédente chronique) prend tout son sens.

On retrouve Mark Hudson, maintenant bien intégré, qui semble avoir encore étendu son spectre vocal. Par contre pour ceux qui, comme moi, pensait à une stabilité du line-up enfin trouvée, nous n’y sommes pas encore car, côté petite surprise, peut-être vous êtes-vous servis des réseaux sociaux (moi, ça s’est fait en direct durant l’interview) pour découvrir qu’il s’agit, ici, du dernier album avec Dave Mackintosh, batteur de son état et présent depuis 2004. Ayant quitté le groupe après cet enregistrement, nous connaissons déjà le nom de son remplaçant : Gee Anzalone. Un italien…. On ne se refait pas côté collection des nationalités !

« The Game » ouvre les hostilités dans la plus pure tradition du groupe. L’information sonore déboule et une voix extrême provoque la surprise. Il s’agit de la première des trois interventions de Matt Heafy (TRIVIUM), invité à venir s’égosiller entre copains tout en proposant une variation intéressante dans la musique du groupe. Nous le retrouverons plus loin, sur les titres « No More » et « Defenders ». Entre « Tomorrow’s Kings », dont l’introduction atmosphérique pourrait rappeler les notes lointaines du « Felt Mountain » de GOLDFRAPP dans un tout autre style, et « The Game », il n’y aura pas de temps mort. Il faut donc attendre « Three Hammers » pour se poser un peu. Ce morceau aux harmonisations mid-tempo, façon Heavy traditionnel, débarrassées des notes superflues, apporte un souffle épique qui prend progressivement de l’ampleur à la manière typique des duels de guitare Totman/Lee. Marc Hudson se fait magistral en prouvant l’étendue de ses capacités vocales. Les notes aigues atteintes font tout bonnement des merveilles alors que RHAPSODY trottera dans la tête à l’écoute de la mélodie vocale.

Au fil des titres, on retrouve les gimmicks typiques de la formation (« Defenders » et son riff plus Thrash, « City Of Gold » à l’intérêt qui s’essouffle). Cependant, Fred Leclerq (basse) ne nous a pas menti en nous disant que ce nouvel album proposerait une plus grande diversité musicale. Car une autre surprise de cet album réside dans l’implication corps et âme de ce dernier à la composition des chansons, avec l’aide de Sam Totman. Il faut reconnaître que l’on sent à quelques instants une autre approche de la guitare, avec des mélodies plus immédiates et soli fluides où la technique n’a nul besoin de ces incessantes déferlantes de notes.

Prenons pour exemples « Symphonie Of The Night » et « The Sun Is Dead ». On reconnaîtra quelques empreintes de la famille au grand complet pour le premier : clavecin façon STRATOVARIUS pour introduire, mélodies vocales à la manière de SONATA ARCTICA, voire FREEDOM CALL, sweeping façon Malmsteen sans les jeux vidéo… et une touche de HEAVENLY, l’un des précédents groupes du bassiste-guitariste-pianiste-bref-multi-instrumentiste ! Le second, plus progressif avec un magnifique solo ambiancé, apportera une technique plus directe mais toujours irréprochable. Au-delà de ces 2 titres, la partie instrumentale de « Extraction Zone » reste, à mon sens, le plus beau passage de tout l’album : après quelques blasts Black, des accords de guitare claire brossés et rythmés méthode Rock accueillent une intervention soliste très expressive, au son de jeu vidéo archaïque. On croirait entendre la guitare de Steve Vai conversant avec David Lee Roth sur « Eat ‘Em And Smile ». Très jazzy !

Enfin, pour dernière surprise, DRAGONFORCE a souhaité préparer une petite reprise en guise de cadeau de fin d’album. Reconnaîtrez-vous le Country/Rock de Johnny Cash sur « Ring Of Fire » ? La « dragonforcisation », comme ils aiment à dire, est totale !

Nul doute donc que les fans adhéreront à ce cru 2014 (sachez d’ailleurs qu’il sortira une version augmentée d’un DVD et d’un CD 5 titres en bonus… moi j’ai reçu la version simple) qui, s’il n’apporte plus particulièrement d’originalité, offrira un brin de variété dans la discographie qui commence à bien gonfler. De ce constat vient une autre question : la perspective quelque peu nouvelle dans laquelle nous ressentons (un peu) moins d’omniprésence dans l’extrémisme rythmique et le jeu électronique de la paire Totman/Lee, ces éléments qui ont fait l’originalité du groupe à ses débuts, ne recentrera-t-elle pas leur musique sur un Power Metal plus conventionnel, se perdant alors dans la concurrence de masse ? L’évolution d’un groupe, le « pour ou contre », un autre débat qui fait toujours couler beaucoup d’encre ou de tapotage sur les claviers… Tiens, les gars, peut-être qu’un petit questionnaire en direction de vos fans sur Facebook… Mais noooon, je déconne !

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