[Chronique] CLOVEN ALTAR – Demon of the Night

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Depuis quelques semaines, l’équipe de Lords of Chaos enquête de façon méthodique sur un serial riffeur évoluant du côté de la Scandinavie. Les récentes victimes de ce qui semblait être une nouvelle série se comptaient il y a peu au nombre de trois, portant le nom de Rocka Rollas, Breitenhold, Blazon Stone, et il faut désormais rajouter à cette liste déjà fournie Cloven Altar. L’heure est grave, et le public se doit d’être averti.

Le modus operandi reste le même sur les quatre affaires, démontrant l’œuvre d’un habile copycat passionné par l’œuvre des grands maîtres en la matière. Les riffs sont en effet redoutables, rapides à la limite de l’excès de vitesse, et les soli efficaces en diable ; la basse est lourde, ronde, et le martèlement incessant des fûts impose une rythmique pouvant provoquer l’arrêt cardiaque. Tout cela forme un étrange écho de faits m’étant familiers et nous ramenant à des affaires classées datant d’il y a largement plus de 20 ans, ce qui nous met d’emblée sur la piste d’un imitateur.
Autres indices, outre l’attitude old-school, largement inspirée du heavy-speed d’antan – école teutonne ou saxonne -, ou de vieux disques de la NWOBHM joués plus vite et plus fort, l’arme du crime revêt à chaque fois une beauté esthétique peu courante, et si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que le label indépendant américain Stormspell Records se cache derrière chacun des méfaits. Étrange coïncidence…

Après une enquête serrée, monopolisant en permanence les efforts de nombreux collaborateurs, le nom de Cederick Forsberg est remonté à la surface, crevant telle une bulle maligne.

Suédois de son état, l’homme n’en est pas à son coup d’essai. On peut rajouter à ses exploits les noms de Mortyr et Lector. Perfectionniste et maniaque, l’homme aime à maîtriser toutes les étapes de son art, s’occupant du tranchant des guitares, de l’épaisseur du son des basses et du fracas dévastateur de la batterie, poussant souvent le vice jusqu’à célébrer de sa voix le fil de ses exploits (Rocka Rollas, Breitenhold). Quant à l’ébauche précise et méticuleuse des forfaits, elle est également le fruit de sa fertile imagination entièrement tournée vers le passé glorieux de ses idoles. Il faut citer ici selon l’humeur du sieur Helloween, Gamma Ray, Blind Guardian ou Running Wild, noms ayant incontestablement contribué à malmener bien des cervicales.

Ces derniers mois, le maniaque est passé au stade supérieur, enchaînant les sorties à un rythme pouvant le faire passer pour un riffeur de masse tant les victimes potentielles sont devenues nombreuses. Et comme cela s’est déjà rencontré par le passé – je pense ici aux tristement célèbres Henry Lee Lucas et Otis Toole -, il s’est acoquiné avec un autre rogue, Dustin Umberger, rejoignant l’entité Cloven Altar et se contentant de jouer ici le rôle d’exécuteur (donc jeu sur tous les instruments). Un premier essai datant de mars 2014 avait vu le jour sous la forme d’un EP, et l’on passe aujourd’hui à l’échelle supérieure.

Cloven Altar, c’est du power metal mettant au goût du jour les échos de la NWOBHM, sentant bon le jean usé et la paire de baskets fatiguée, comme tant d’autres le font déjà, mais avec un entrain et une passion rimant avec séduction. Il y a même un relent de punk derrière tout ça, la voix de Dustin, manquant parfois de justesse – notamment dans les graves – y étant pour beaucoup (Beneath the Setting Sun, Curse of the Immortal), et bizarrement, cela rend le tout attachant, d’autant que le bougre ne démérite pas dans les moments plus épiques et puissants (Blood of the Elves, Demon of the Night). The Mythic Age possède même un parfum de metal alternatif pas si éloigné des errements musicaux des vieux Therapy? L’album se clôt sur une reprise de Break the Ice, de John Farnham, chanson australienne de 1984 servant de thème à un obscur film sur les courses en cycles (Rad) et très typée pop FM : Cloven Altar en fait un titre excellent musclant l’original pour lui donner un côté proche du Def Leppard des débuts, la voix de Dustin jonglant et s’amusant sur le refrain pyramidal du hit. J’adore !

Côté instruments, c’est la maîtrise totale, et même si la production manque incontestablement de relief (et de moyens ?), Ced y impose une insolente maîtrise, tranchant à coups de riffs et soli,Facebook creusant son chemin au moyen d’une basse omniprésente.

De révolution musicale il n’est point ici question. De la célébration d’un certain culte il faut plutôt parler, culte déjà largement célébré au sein du catalogue du label américain. Demon of the Night est le genre d’album que tout amateur de New Wave of Heavy Metal prendra un large et malin plaisir à sortir de temps en temps de ses étagères. La seule question restant en suspens est de savoir si Cloven Altar pourra survivre sans l’étoffe d’un véritable groupe (maître d’oeuvre californien, exécutant suédois), mais les rogue sont imprévisibles et ont parfois besoin de peu pour survivre tant que personne ne les empêche de céder à leurs pulsions. Pour ma part, je clôture le dossier,  car j’éprouve du plaisir à savoir certains prédateurs en liberté…

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