[Chronique] CIVIL WAR – Gods and Generals

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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 Petit cours d’histoire, prenez vos cahiers !

En 1999, nait en Suède l’entité Sabaton, oeuvre s’astreignant au fil de ses albums à retracer au travers de  son heavy metal guerrier les grandes batailles et figures de l’Histoire.

30 mars 2012, Sabaton annonce la rupture, les guitaristes Oskar Montelius et Rickard Sundén, le batteur  Daniel Mulback et le clavier Daniel Myhr faisant sécession. La création d’un nouvel empire est sur le point de voir le jour, les quatre confédérés s’adjoignant les services du chanteur suédois Nils Patrik Johansson (Astral Doors, Wuthering Heights, Lion’s Share) et du bassiste Stefan Eriksson. C’est ainsi que le bien nommé Civil War voit le jour, et fait retentir son premier coup de canon, The Killer Angels, à l’image des premiers obus lancés sur le fort Sumter, aube du sanglant conflit qui allait déchirer l’Amérique et en faire pour quatre longues années une maison divisée.
Deux ans plus tard, si l’on veut continuer l’analogie, sort ce qui peut s’apparenter à la première bataille du Bull Run, avec ce Gods and Generals qui frappe encore plus fort, fourbit des armes crachant leur feu encore plus loin. Gods and Generals, c’est l’image de ces tacticiens parfois maladroits, parfois géniaux (l’Amérique avait encore une histoire à écrire, et donc des batailles à gagner, elle tatonnait, loin de cette Europe qui connaissait depuis des siècles le sens effrayant et galvanisant du mot « combat »), et aussi de cette foi qui les animait, faisant des gigantesques champs de bataille (Shiloh, Antietam, Gettysburg, Appomattox…) de vastes ordalies dont l’issue semblait marquée, pour eux, par la Justice de Dieu. Gods and Generals, c’est aussi le titre d’un film formidable de Ronald F. Maxwell sorti en 2003, poursuivant l’aventure commencée en 1993 avec Gettysburg, et dont je recommande le visionnage pour tous ceux qui comme moi se passionnent pour ce conflit.

Las, pour tous ceux qui s’attendaient à écouter au travers des oeuvres des suédois d’ambitieux concepts-albums sur la Guerre de Sécession, il ne s’agit en fait que d’une continuation de la vision musicale de Sabaton, soit une oeuvre retraçant au travers de son heavy metal guerrier les grandes batailles et figures de l’Histoire… Quoi, je l’ai déjà dit ? Oui, c’est normal, puisqu’il s’agit globalement de la même musique, mais jouée avec la vision du camp adverse ! L’arrivée de Nils Patrik Johansson a cependant changé la donne, rajoutant du lyrisme au propos, ce chanteur de talent étant aussi habité de son art que pouvait l’être le général sudiste « Stonewall » Jackson sur le champ de bataille, son aisance aidant à créer des hymnes immédiats.

Après un premier album impeccable et qui faisait dire aux fans de Sabaton qu’ils avaient désormais deux groupes à adorer, l’aventure continue donc. Le niveau s’élève en même temps que le ton s’allège, la virtuosité des compositions s’alliant dans l’interprétation à un joli second degré. C’est ainsi un réel plaisir que d’écouter Nils rouler des « r » comme un hirsute highlander écossais sur le flamboyant Braveheart. Plutôt que de se la jouer diva des grands soirs, le chanteur suédois va rentrer dans la peau des différents personnages et interpréter les morceaux comme un vieux briscard des champs de bataille, ce qui peut parfois surprendre mais se révèle un choix fort judicieux.

Et des champs de bataille, nous allons en traverser ! Des terrains obligés de la Guerre de Sécession, nous allons ainsi voyager vers la sanglante Baie des Cochons, cotoyer les terribles Varègues (vikings suédois), l’amiral Nelson, le joueur de cornemuse qui ouvrait l’avancée des écossais durant la seconde guerre mondiale, le William Wallace qui souleva l’Ecosse, crapahuter sur Iwo Jima et rencontrer l’industriel allemand qui sauva tant de juifs et inspira Spielberg, Oskar Schindler. Tout cela sent bon la sueur, la cordite et le feu des explosions. J’ai d’ailleurs comme un goût de poudre dans la bouche après avoir écouté l’album en boucle. Car oui, l’oeuvre a un fort goût de « reviens-y » et les suédois nous offrent encore une franche réussite, riche dans l’exploitation de ses thématiques guerrières, le summum étant pour moi le solo, court mais formidablement interprété, illustrant à merveille l’USS Monitor, ce cuirassé, premier de son genre, qui fut la réponse unioniste au Merrimack créé par les confédérés pour percer le blocus dont le Nord souffrait (à noter que le créateur du Monitor était d’origine… suédoise !) ; lorsque le solo se lance, c’est comme si les boulets fusaient et ricochaient inutilement sur l’invincible carcasse du navire blindé ! Brillantissime, j’en ai la chair de moule (Note de BHL : cette moule qui est notamment si chère à Wickasa Wackan)!

Les moments de gloire ne s’arrêtent pas là et sont nombreux sur l’opus, et chacun y trouvera son bonheur. Sortent du lot le formidable Admiral over the Oceans et son entêtant refrain qui devrait faire un tabac en concert, le single Bay of Pigs et sa rythmique martiale imparable, The Mad Piper et son intro à la cornemuse, nous transportant sur le film Le Jour le Plus Long. Le très beau Schindler’s Ark tire également son épingle du jeu, plus nuancé, plus sombre aussi même si moins guerrier. Et bien sûr Braveheart, pour lequel je recommande d’enchaîner avec l’écoute du Battle of Bannockburn de Grave Digger, histoire d’avoir fait en deux titres le tour de la révolte écossaise contre le félon d’anglais !

Alors d’accord, les claviers font parfois un peu cheap et laissent regretter ce qu’aurait donné l’utilisation d’un véritable orchestre (Note de BHL : Ah non, ras le bol des orchestres dans le Metal ! On n’est pas les petits chanteurs à la croix de bois). OK, c’est parfois aussi léger qu’une symphonie patriotique du compositeur de musique de films Hans Zimmer, mais mordiable, la thématique guerrière est là pour justifier ces choix. C’est d’ailleurs finalement bien plus beau qu’une véritable guerre, et ce n’est pas plus mal, car il faut se souvenir ici de la célèbre phrase du Général sudiste Lee, qui disait fort justement : Heureusement que la guerre est une chose horrible, sinon nous pourrions l’apprécier.

Quant on sait que la tension est retombée avec les frères de sang de Sabaton, et qu’une tournée commune est même prévue, on peut se dire que finalement les conflits ont du bon. Car même si la guerre est terminée, m’est avis que les combats vont redoubler !

Pour ma part, j’ai pris mon pied à écouter ces hymnes sans répit, mais je le dis et le redis : j’attends toujours mon album concept sur la Guerre de Sécession !!! A bon entendeur !

Note de BHL : Monsieeeeeur, j’ai oublié mon cahier à la maison !

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