[Chronique] ARCTURUS – Arcturian

Bernard-Henri Leviathan
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par RottenDrums et Bernard-Henri Leviathan
Notes : BHL 10/10 – Rottendrums 9/10 – Note globale :  9.5/10

Bernard-Henri Leviathan  : ARCTURUS, Rottendrums et moi c’est une véritable histoire d’amour, un ménage à trois. Rottendrums dormant du côté droit du lit, moi du gauche et la poignée d’albums précieux au milieu, se gardant la meilleure place, celle qui te permet de pousser tout le monde dehors et de garder la couette.

ARCTURUS, c’est déjà un peu ce qui nous liait, nous les deux ados boutonneux, au moment où nous avons commencé à jouer de la musique ensemble. C’est-à-dire il y a quoi ? 14 ? 15 ans ? Il faut dire que la bannière Black de Rottendrums et mes fanions néo-classiques se sentaient chez eux, en harmonie, dans la musique de ce groupe. « Nexus Polaris » de COVENANT – devenu THE KOVENANT – aussi était un bon refuge. A tel point que nous endossâmes son nom pour officialiser nos premières noces scéniques.

On a été heureux à trois, au fil des sorties d’avant-garde surpassant de loin leurs contemporains. Et puis les line-ups passant, on s’est construits autour des plus fines lames norvégiennes : l’inénarrable Hellhammer (MAYHEM, THE KOVENANT, AGE OF SILENCE, etc.) bien sûr à la batterie, le chef d’orchestre Sverd (THE KOVENANT, SATYRICON) aux claviers, Samoth (EMPEROR, ZYKLON, etc.) à la guitare avant incarcération, l’étrange Garm (ULVER, BORKNAGAR, etc.) au chant, secondé puis remplacé par le géant à la voix d’or ICS Vortex (LAMENTED SOULS, DIMMU BORGIR, BORKNAGAR), le psychédélique Knut Magne Valle (ULVER, FLEURETY, etc.) à la guitare, le discret Skoll (ULVER) à la basse, etc. Sans compter les divers invités tels que quatuor à cordes, flutistes, et j’en passe. Puis en 2007, c’est au bord du divorce qu’il a fallu accepter la fin du voyage, avançant un brin désorientés mais avec de beaux souvenirs dans les mains. ARCTURUS, sa personnalité hybride, visionnaire et mouvante ne seraient plus.

(Là, on pleure.)

(Là, on pleure encore.)

(Là, on ne pleure plus parce que…)

Surprise, en 2011, le groupe annonce quelques concerts et c’est au prix d’une longue et douloureuse attente qu’en ce mois de mai 2015, Rottendrums et moi ouvrons ensemble la petite cellophane d’ « Arcturian ». ARCTURUS remet le couvert, la famille est réunie. Durant une longue gestation étalée de 2010 à 2014, ARCTURUS a travaillé dur et a pris grand soin de donner tout ce qu’il était en mesure de donner pour un retour réussi. Et là, il faut reconnaître qu’il ne s’est pas planté car, pour tout bon fan qui se respecte, le groupe nous livre un parfait mix de sa discographie : la décadence et le théâtralisme de « La Masquerade Infernale » (1997), l’avant-gardisme soigné et astral de « The Sham Mirrors » (2002), le progressif et la propreté de « Sideshow Symphonies » (2005), voire du « Storm Seeker » d’ICS Vortex (2011) pour son omniprésence derrière le micro bien sûr mais aussi pour cette science innée de la mélodie vocale et l’approche parfois plus brut de certaines parties. On y trouvera même des boucles synthétiques pouvant rappeler les errances électro de « Disguised Masters » (1999). Mais la surprise la plus évidente restera sans nul doute le retour à d’intenses parties Black sympho que le groupe avait délaissées depuis ses prémices et « Aspera Hiems Symfonia » (1996). Une belle entrée en matière pour le néophyte qui aurait bien besoin de rattraper le temps perdu.

Il y a tant à dire sur cet album que je vais laisser Rottendrums se débrouiller pour vous détailler son contenu. Hé… et mon bisou en passant !

Rottendrums  : Tant à dire, mon petit BHL, en commençant par cette pochette somptueuse représentant le fou, cette pièce maitresse de l’échiquier, le bouffon du roi avec son air malicieux. Pleine de symboles on y retrouve une belle métaphore de la musique des norvégiens à savoir ces figures géométriques telles le damier et autres cercles, symboles de la rigueur musicale dont fait preuve le combo, qui se tordent en formes beaucoup plus floues, abstraites représentant la folie et l’ingéniosité intégrées dans les compositions du groupe. Les norvégiens semblent avoir franchi encore un autre cap avec ce disque : plus rien n’est calculé et ils vivent à fond leur trip aéro-cosmique médiéval. Les propos de ICS Vortex dans un récent magazine parlent d’eux même : « Nous ne sommes pas ARCTURUS, nous sommes des Arcturiens qui faisons de la musique arcturienne ».

On retrouve en effet ce son de batterie si particulier, propre aux prestations de Hellhammer, à savoir un son très synthétique où l’on se perd avec délectation dans une forêt de frappes en rythme ou à contretemps, cette guitare et cette basse légèrement saturée qui vrombissent, souvent très graves, telle une armée de Zepplins en route pour un voyage interstellaire et cette folie dans les arrangements au synthé qui apportent une dimension burlesque et grandiloquente à cette atmosphère astrale. On trouve même la participation de Twistex, DJ électro norvégien, pour la programmation des boucles. La voix d’ICS Vortex est époustouflante : tantôt Black, tantôt lyrique tantôt arabisante…

BHL  : Et avec même MollarN qui interprète « The Journey », titre très électro à la… hum… AIR ?

Rottendrums  : … ou MORTIIS 2 ème /3 ème ère ! Bref, tu permets ? Le géant norvégien donc jongle entre les styles avec une habileté déroutante avec toujours cette impression que la maitrise peut-être perdue à tout moment mais finalement sans jamais faillir. BHL se confiait sur l’oreiller en rentrant de leur prestation live. Il me disait : « j’ai adoré l’attitude de Vortex avec son air nonchalant genre – Je ne sais pas quoi faire de mes 2 mètres ». On retrouve cette même impression sur le disque ; comme s’il n’était pas conscient de son immense talent (BHL : c’est surtout que, selon lui, il était bourré pendant les sessions studios pour aller chercher l’essence même de la folie).

Il y a cette sorte de désinvolture dans les compositions où tout semble facile, tout semble couler de source. Ni trop longs, ni trop court les titres s’enchainent et nous emportent sans effort dans leur monde sidéral. Comme tu le signalais, toutes les époques traversées par ARCTURUS au fil des ans (Black, Sympho, Avant-Garde, Electro, …) sont représentées dans cet album maitrisé de bout en bout par ses protagonistes.

La seule chose qui fait que je ne mets pas la note ultime c’est que l’album est finalement très homogène. Super plaisant mais rien ne sort du lot justement, pas un morceau qui te met la giga-claque. Tu vois le genre mon petit Bernard-Henri ?

BHL  : Je vois tout à fait, tu as toujours aimé la giga-fessée. Moi, ce que j’y vois, c’est qu’on va pouvoir reprendre une vie super sensuelle. Parfait ou pas, ARCTURUS, c’est le7ème ciel. Celui qui ne l’a pas encore compris est condamné à une vie morne et sans orgasme. Pauvres de vous !

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1 commentaire sur “[Chronique] ARCTURUS – Arcturian”

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