[Chronique] ALWAID – Lacus Somniorum

Bernard-Henri Leviathan
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Reverbnation

Note : 8/10

Il y a maintenant presque 18 ans, je découvrais, en cherchant à compléter ma collection d’albums de Metal, un courant qui m’apparaissait comme novateur. Dans la compil’ d’un magazine bien connu et les colonnes à CD d’un pote de l’époque, cette surprise prit le nom de « Velvet Darkness They Fear », second album de THEATRE OF TRAGEDY. Une pièce qui apportait un souffle nouveau, baroque, romantique (évidemment par l’emploi novateur de voix féminines lyriques), le style « belle et la bête» était né. Plutôt classé dans une mouvance Gothic, Doom, il engendra de nombreux enfants dès l’année suivante, tels que WITHIN TEMPTATION avec « Enter » qui eu fait également écho chez moi, TRAIL OF TEARS, TRISTANIA, etc. Puis, davantage inspirés par les mélodies et la dynamique du Heavy, les nouveaux venus qu’étaient NIGHTWISH ou le WITHIN TEMPTATION de « Mother Earth » ouvrèrent une nouvelle brèche, s’éloignant alors des ascendances Death ou Gothic des premiers ébats. Comme dans beaucoup de branches, la descendance s’est développée puis m’a asphyxié par sa masse et son caractère toujours plus « mainstream ». Bref, j’ai quitté ce territoire…

Voilà donc bien longtemps que je ne me suis pas penché sur ce style. Cependant, dans notre scène underground, une poignée de groupes perpétuent cet héritage et l’un d’entre-eux se montre particulièrement présent sur la scène nordiste. Aussi, quand ALWAID, puisqu’il s’agit de lui, a sorti « Lacus Somniorum », son premier album, j’ai souhaité m’y pencher plus en détails par le biais de cette chronique !

ALWAID est un groupe de Metal Mélodique fondé à Lille en 2010. Avec une démo à son actif, le groupe a enchainé les concerts puis est entré en studio (BOSS HOG, réputé pour son approche du son Heavy) à l’automne 2013 afin de revenir, en mars 2014, avec cet album plein de promesses.
« Alwaid », plus communément appelée « Beta Draconis », est une étoile située dans la constellation du dragon… autant dire qu’un voyage nocturne nous attend ! Car ce « Lacus Somniorum », relatant les différentes étapes de la conscience au sommeil paradoxal, s’écoute comme on lit un livre, avec de l’imagination et de la rêverie. L’artwork mystérieux, malgré quelques effets apparents de textures synthétiques et numériques, illustre bien cette atmosphère onirique qui cueille l’auditeur. Et la carte promotionnelle transmise avec le CD, présentant un ticket de train à destination des cycles du repos, accompagne très bien le propos.

Composé de 10 titres et divisé en 3 mouvements (l’éveil, le sommeil profond et le sommeil paradoxal), l’album nous conduit directement dans une formule « belle et la bête » qui pourrait se situer entre les 2 vagues du style évoquées plus haut tant il me renvoie, par son aspect sombre et aérien, à mes premières découvertes tout en offrant certains aspects de l’approche Heavy. Ici, les amateurs du genre ne seront pas trompés car tous les codes sont respectés. Pour les autres, je vous conseille de poser une oreille sur ce disque, l’affaire est à découvrir !

Au fil de l’écoute, les titres proposeront donc un metal mélodique à l’approche tantôt symphonique apportée par des claviers, notamment dans les introductions, tantôt gothique. Le jeu de guitare de Maxime et Alexis, entre rythmiques lourdes, parties mélodiques et soli très enlevés et épiques, est assuré avec belle aisance tandis que la section rythmique (Simon et Robin), bien en place, est l’atout massif du groupe. La double-pédale est de mise tout au long des titres. La voix de Marie, se situant dans une tessiture davantage mezzo-soprano, apporte le côté enchanteur autour de tout cela. Parfois doublée ou harmonisée en chœurs, elle évolue au gré du voyage et des refrains qui entrent bien en tête. Bien placée et maîtrisée, ce qui n’est pas toujours une évidence dans ce style, sa puissance est parfois modérée. Qu’à cela ne tienne, une voix Death traditionnelle se chargera d’apporter l’agressivité que certains riffs demandent.

Alors que «Hei ! Aa-Shanta ‘Nygh ! » évoquera le THERION des années « Vovin » à « Sirius B » avec sa ligne de guitare lead et son riff arabisant, « The Dreaming » sonnera davantage heavy, voire Power dans sa partition de guitare speed, avec une texture vocale plus proche de celle de Sharon Den Adel et « The Cypress Grove », plus Doom et lent, reprendra l’esprit du milieu des années 90. Au-delà de ces 3 morceaux, la formule sera plus semblable d’un titre à l’autre. En effet, malgré les instants de voyage, les passages atmosphériques, les parties plus rythmiques avec de gros riffs, je reprocherais parfois à cette collection de chansons de manquer d’un peu plus de variété. Mais voilà une critique bien fugace par rapport au travail que le groupe nous présente ici.

Avec « Lacus Somniorum », ALWAID se fait le chef de bord d’un voyage aux confins du songe mais l’écoute ne nous oblige pas pour autant à la somnolence. Un premier effort bel et bien maîtrisé qui devrait porter le groupe à la hauteur de ses ambitions. A découvrir les yeux fermés, le casque vissé sur les oreilles pour en distiller toute son essence !

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