[chronique] ALLEN/LANDE – The Great Divide

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Note : 8/10

Voilà une bien belle bête qui m’est livrée aujourd’hui. Enorme, monstrueuse, toute en plaques et en cornes, surgie tout droit du fin fond des Enfers !… Ah non,… attendez,… y’a marqué… Made in Frontiers dessus. Bon, pas grave, car quand ce nom-là montre le bout de son groin, mes outils de découpe s’excitent et tintent en tous sens car je sais qu’il va y avoir sous peu un sacré travail sur la table à dissection. Je m’explique !

Le label italien Frontiers, fort de son indépendance, est devenu depuis sa fondation en 1996 un incontournable des sorties heavy, AOR, metal/rock progressif. Sa force est de posséder un sacré vivier de cadors du genre, tant du côté des voix (Jeff Scott Soto, Johnny Gioeli, Joe Lynn Turner, Robbie Lablanc, Mickael Kiske, David Coverdale,…) que des compositeurs ultra talentueux qui se comptent par légion et au sein desquels nous pouvons compter ceux qui vont dans un instant nous intéresser, Magnus Karlsson (Starbreaker, Primal Fear, Last Tribe,…) et Timo Tolkki, ancien guitariste et compositeur de Stratovarius. La grande spécialité du label est le gloubiboulga metallique, à savoir interchanger ses petits soldats pour former des groupes de type « all star band », organisés en troupes aussi savantes que la fameuse tortue romaine sur le champ de bataille, autrement connue sous le nom de testudinem formate, mais ça vous vous en fichez !

Il y a neuf ans, quand le nom de Magnus Karlsson fut ainsi mêlé aux ténors du metal que sont Jorn Lande et Russell Allen, beaucoup furent diablement intrigués par cette association mais nul ne songeait vraiment à un projet qui durerait dans le temps.

Et pourtant, nous en sommes aujourd’hui au quatrième album sorti sous le nom des deux stars, quatrième pochette sur laquelle des monstres préhistorico-fantasyco-mecanico se lattent la tronche fouettés par leurs belliqueux cavaliers.

Deux stars, un compositeur, un concept. En fait, c’est un peu plus complexe que cela… Disséquons, disséquons !

Morceau par morceau, disque après disque, étude du casting en long en large et même en travers… Voilà… un schéma apparaît ! Et une étrange théorie s’offre à moi ! Mes ignobles notes sur le tableau noir sont formelles, nous tenons ici le chaînon manquant entre le monde musical et celui du cinéma !!! Oui, je sais, je suis fou, mais j’explique : après l’original et son succès relatif au box-office, une suite a été mise en chantier, avec les mêmes acteurs/réalisateurs, genre La Revanche du Retour du Premier Sang (ouais, je sais, c’est mieux en anglais, mais en français on ne connaît pas les suites car les films originaux sont à chier !), puis enfin est venu un nouvel opus pour boucler l’inévitable trilogie, façon Christopher Nolan/Georges Lucas/Sam Raimi. Et… et après ? Ben, on a droit au reboot !!! Sauf que là, on ne change pas les acteurs, mais juste le réalisateur ! Exit Karlsson, bienvenue à Tolkki ! Il faut du sang neuf, et puis Karlsson a déja fait le tour du sujet et en plus ne manque pas de boulot. Il est peut-être même à l’heure où j’écris ces mots en train de préparer le retour inattendu façon Tarantino du mythique Jean Beauvoir, le black à la banane blonde sur la tête, qui sait ?

Timo Tolkki, un nom qui me fait frémir un peu. Et pas vraiment à cause de son look ni de ses moeurs douteuses, même si sa coiffure actuelle me gêne un peu ! J’avoue sans trop de remords ne pas vraiment connaître son travail auprès de Stratovarius. Ouh, la honte ! Pas faute de pas avoir essayé, c’est juste que j’ai développé une allergie sévère à la voix pour moi horripilante de l’autre Timo, « le petit qui pèle trop », euh non… le Kotipelto ! Jamais pu supporter l’unique note qu’il braille au fil des albums (sauf chez Ayreon, Arjen Lucassen étant le seul pour moi à avoir su orienter ses vocalises dans le bon sens). Par contre, j’ai goûté aux dernières sucreries du guitariste/compositeur (de Symphonia à Avalon, en passant par Revolution Renaissance…) et elles m’ont laissé un goût plutôt amer dans la bouche. J’ai cherché vainement l’ombre d’un guitar-hero fan de Malmsteen, mais elle s’est diablement estompée ! Et alors comme cela, il allait toucher à la paire Allen/Lande ? Non mais, ils sont devenus fous chez Frontiers ?

Et pourtant, je suis formel, le miracle s’est bel et bien produit, relançant même une machine qui s’était un peu rouillée sur The Showdown, album qui sentait la redite ! Timo s’est bel et bien gratté le manche et a su retrouver l’alchimie qui existe entre les deux chanteurs. Humblement, le compositeur a laissé d’éventuelles prétentions au vestiaire et a recherché le secret des mélodies qui ont rendu les trois premiers albums imperméables à l’usure du temps et des écoutes. Comme son prédecesseur, il a puisé son inspiration dans les racines d’un heavy-rock flamboyant à la DIO, Rainbow, Savatage parfois et tout un pan digéré de la musique que nous aimons tant.

Tout démarre fort avec l’entraînant Come Dream With Me. Simple, mais difficile de résister à cette ouverture et au refrain entêtant dans lequel les deux ténors s’éclatent. Le genre de truc à chanter sous la douche le matin, qui te donne la patate et aussi une bonne grosse honte quand madame te surprend en s’esclaffant face à tes piètres vocalises. La rythmique servie par le nouveau batteur, Jami Huovinen, est plutôt bien sentie, efficace comme une cognée de Vinnie Appice.

Je ne vais pas me laisser aller à la tentation du track by track, ce serait bien trop convenu. Venons-en à une impression qui s’est vite imposée à moi, la forme éclatante de Jorn Lande, d’autant plus évidente face à un Russell Allen plus discret, notamment sur les duos. Le norvégien s’accapare ses lignes vocales avec une voracité impressionnante. Il est tout bonnement incroyable sur Down From The Mountain, où il bouffe véritablement la concurrence avec l’appétit d’un ogre, laissant son collègue jouer les choristes (ce qui n’est évidemment pas le cas, mais reste bien l’impression laissée). La faute n’est pas à mettre sur le dos du californien, peut-être il est vrai plus à l’aise dans le registre agressif, mais plutôt sur les compositions qui lui sont servies : hormis un solo gentillet, il faut bien reconnaître que sans sa prestation – au demeurant impressionnante tant il semble poussé dans ses derniers retranchements -, le morceau In The Hands of Time reste assez creux. Pareil pour Reaching for the Stars, très vite agaçant et indigne du talent du chanteur.

A côté de cela, le norvégien éclate sur le flamboyant Lady of Winter ainsi que sur le titre éponyme, morceau faisant furieusement penser au grand Ronnie retrouvé de l’époque Magica. Incroyable comme il s’approprie la chanson, procurant des frissons au plus blasé d’entre nous, servi par un Timo en grande forme.

Il faut attendre le dernier titre, la magnifique ballade Bittersweet, pour que Russell reprenne le dessus et balance enfin une prestation toute en émotion digne du grand artiste qu’il est.

L’histoire de ce curieux groupe étant une suite de duels et de combats fracassants, nul doute que le bonhomme aura l’occasion de se refaire une santé, même s’il faut bien reconnaître qu’il lui est difficile de sortir du « carcan » de Symphony X, Atomic Soul et Adrenaline Mob peinant à convaincre pleinement, tandis qu’à l’inverse le norvégien semble donner le meilleur de lui-même quand d’autres s’occupent de lui (Masterplan, Ark, Beyond Twilight…), sa carrière solo laissant des avis quant à eux souvent mitigés.

Prenez ce nouveau round pour ce qu’il est, un bel exercice de style n’ayant d’autre prétention que de mettre à portée de nos oreilles et de nos cœurs d’enivrantes mélodies servies par de remarquables voix. Du sang neuf est effectivement arrivé, sans pour autant changer énormément la donne, et peut-être tant mieux.

Laissez juste aller votre imagination pour tenter un instant de voir ce que donnerait le duo mené par un autre maestro… Daniel Flores, Alessandro del Vecchio… On se prend à rêver, hein ? Peut-être lors d’une prochaine trilogie, façon Star Wars ! Mais il faudra encore attendre un peu car l’ère Timo paraît fort bien campée !

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