[Chronique] ABINAYA – Beauté Païenne

Bernard-Henri Leviathan
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Note : 8/10
Il y a quelques temps, mon pote Michel Serry de Music In Belgium me parlait d’un groupe qu’il  jugeait, à  son goût, trop méconnu et sous employé dans son propre pays, la France. Faisant partie des  fautifs mal  informés (oui mais bon, il y a tant à faire, hein), je me suis donc empressé de contacter le  dit-groupe et  me plonger dans sa discographie afin d’en savoir un peu plus.

 ABINAYA, puisqu’il est question de lui, n’est pas tout récent. Après démo et premier album éponyme,  le  groupe a plus sérieusement fait parler de lui en 2009, avec la sortie de «Corps», son second album. Après concerts avec du beau monde et couverture médiatique importante, c’est à peu près à ce moment que je débarque, un peu les mains dans les poches, pour vous parler de «Beauté Païenne», le troisième album sorti il y aura bientôt un an.

Enfonçant le clou de sa précédente production, ABINAYA s’est surtout donné les moyens de forcer le destin : voyage aux USA pour retrouver son cher ingé son Kevin Pandele et magnifique carte de séjour dans vos chaumières avec un visuel signé ABOVE CHAOS. Couillus les moyens!

D’entrée de jeu, il faut dire que pour le fan d’ANGRA que je suis, le style d’ABINAYA ne peut passer inaperçu. Si les échappées heavy et les envolées lyriques ne sont pas le créneau du groupe, on part sur un Metal aux consonances ethniques et tribales (pagan, pourra-t-on dire, dans son assertion la plus logique) fortement mises en avant par des percussions intelligemment placées. Avec l’idée de ces horizons brésiliens en tête et des fondations musicales plus lourdes relatives au Thrash des années 90, c’est forcément SEPULTURA – période «Chaos/ Roots»- qui s’impose comme référence.

Cependant, il serait fort restrictif de ne comparer le travail de ces musiciens qu’à ce simple groupe pour diverses raisons.

Les influences humaines 
Aux vus du nom de groupe (« communiquer avec… » en indien), des intérêts des membres, des ambiances de l’album, le renvoi au folklore est également à chercher du proche à l’extrême orient («Almees» et son interlude pouvant rappeler le travail d’ORPHANED LAND), du sud US («Nord-Sud» et son riff très Southern/Zakk Wylde), voire même de la Scandinavie comme en atteste ce riff, sur la seconde partie de «Almees» encore, très proche des derniers SATYRICON par exemple.

Les origines françaises
La remarque est de taille, ABINAYA assoie directement sa filiation par l’emploi exclusif de textes rédigés dans sa langue maternelle. Même si je dois vous avouer qu’à l’écoute d’un disque mon attention est bien plus souvent musicale que textuelle, il y a une véritable force positive et revendicatrice derrière les mots employés. Voici un groupe qui sait faire preuve d’une belle observation de ses contemporains. «Le Nouvel Insurgé» sera notamment signé en hommage à Jules Vallès, écrivain et homme politique français engagé du XIX ème siècle.

Le propos musical 
Dans sa globalité, ABINAYA s’ouvre également à d’autres sphères que le purement Metal tribal. Ainsi «Haine» aura un côté plus mélodique avec certaines progressions d’accords presque plus planantes en évitant toutefois l’écueil de balancer le chant qui irait avec. Mais la rupture vient surtout avec «Le Noir Soleil» débutant par des arpèges clairs qui ne quitteront pas le morceau jusqu’à la fin. ABINAYA nous livre un titre aérien, plus léger. Après une tripotée de chansons metalliques, ce morceau surprend par sa douceur et le timbre de voix plus rock, limite variété, on penserait alors davantage à du NOIR DESIR. Si j’adhère à l’idée qu’il faut essayer de diversifier le propos, on aurait presque l’impression que ce morceau a été composé pour un autre projet. Cependant, le véritable problème vient de cette impression que le morceau a du mal à décoller, impression pouvant notamment provenir de sa longueur (6’14) qui le rend redondant jusqu’au fade out.

Tout en reposant sur des riffs directs et assez simples, «Beauté Païenne» est construit autour de structures et d’instrumentations riches et fouillées. Bien que les morceaux soient parfois un brin longs, il y a plusieurs facettes à découvrir sur cet album.

La voix d’Igor Achard (s’occupant également des guitares) oscille donc entre saturations typiques quoiqu’un brin forcées à mon goût et accalmies graves et posées. Sur ce plan, «L’Epitaphe» apporte un côté étrange avec un timbre évoluant de manière plaintive comme Tom G. Warrior pouvait le faire sur un album comme «Into The Pandemonium» (CELTIC FROST), sans toutefois endosser le pathos. Les lignes de chant, plombées, hachées, suivent les rythmiques lourdes des guitares sonnant façon MACHINE HEAD et ses copains des 90’s mais sachant également proposer des soli apportant ce qu’il faut de mélodie et de pesanteur aux moments opportuns. La basse d’André Santos arrive à s’échapper de ce tout rythmique comme sur l’intro de «L’Epitaphe» me rappelant, mais c’est un rapprochement tout personnel, ces notes chantantes sous la déferlante « Heaven Torn Asunder » de CRADLE OF FILTH. Le jeu de Nicolas Vieilhomme (batterie) et les frappes de Nicolas Héraud se complètent à merveille pour apporter un groove sauvage et cette couleur atypique.

Atypique, le mot est lâché. Tout en faisant le lien avec des références que l’on côtoie depuis des années, ABINAYA apporte une bonne grosse pierre à l’édifice français et nous offre même le luxe de nous faire voyager. Une découverte que je vous conseille et que je vous invite à soutenir si d’aventure, comme moi, vous étiez passés à côté. Maintenant, je retourne dans mon trou (note de Blackdog : tu parles de Freyja comme ça toi ?).

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