TOP des albums 2019 selon Bernard-Henri Leviathan

Bernard-Henri Leviathan

Le voici, le rendez-vous annuel qui offre le plaisir de revenir sur les petits événements musicaux marquants de ces derniers mois, mais qui permet également de vous réveiller si vous aviez passé l’année à sommeiller en attendant le retour de METALLICA à ses origines (comprendre « ça n’arrivera pas donc inutile de bouder les lumières qui s’offrent à nous un peu chaque jour »!).

Mon top à moi, une fois n’est pas coutume, sera plus réduit que les années antérieures. Non pas que 2019 a été un petit cru mais que, parfois, des projets personnels nous demandent une oreille totale.. laissant alors moins de place à l’écoute des créations des autres. Et puis, il faut dire que, dans les créations des autres, certaines auront particulièrement monopolisé la platine…

 

1. SKYBLOOD

Je vais commencer par un petit nouveau. Certes, sorti il y a juste un mois, le laps de temps paraît bien court pour pouvoir se positionner en haut du top. Cependant, dès les premières écoutes globales, j’ai senti la durabilité de ce disque. Au delà de chansons accrocheuses et variées, le projet du sieur Mats LEVEN (MALMSTEEN, THERION, OPERA DIABOLICUS, CANDLEMASS, KRUX, AT VANCE et tant d’autres) renferme le même type d’exercice que celui réalisé par son acolyte de longue date, Snowy SHAW, l’an dernier avec « White Is The New Black »…. Tiens, mon album phare de l’an dernier justement! D’ailleurs, on retrouve le blondinet derrière les fûts, l’espace de 4 titres. Et Mats, en expérimentateur, réussit le tour de force de faire croire au fait qu’il a laissé des backing-vocals à son copain. Ceci étant un leurre, Mats réalisant seul l’ensemble des voix. Mais pas que… on a ici entre les mains le disque solo d’un musicien accompli qui endosse plusieurs rôles : chant donc, mais également guitares, claviers, programmation, production. Et pour le reste, il s’entoure d’amis issus de THERION, KRUX, ou encore AVATARIUM,  ayant jalonné sa foisonnante carrière. SKYBLOOD est un album abouti qui laisse place à une variété d’ambiances, à l’image du parcours, et une transparence de son auteur qui n’hésite pas à se mettre à nu dans des interprétations très personnelles. Une démarche des plus intéressantes. Et quand la musique est accompagnée d’un si beau visuel, on a le package complet pour faire date!

 

2. SUP – « Dissymmetry »

Plus ancrée dans l’année puisque sortie en mars, la nouvelle perle de SUP est passée, repassée dans le salon, dans la voiture, au casque, se positionnant d’emblée comme une oeuvre majeure de l’année. Et je n’adopte pas ici la voix d’un fan inconditionnel qui accueille toutes les sorties du groupe les yeux fermés, n’accrochant pas à toute sa discographie. Avec « Dissymmetry », on retrouve l’art de la froideur chirurgicale, élément essentiel de la musique de SUP, au travers du chant caractéristique des frères Loez, des arpèges de guitare claire et riffs en quinconce (« Cathedra », « Excision », « The Day Of Final Hope » cristallisent l’éclat de cette glaciation), ou encore des frappes sèches et méthodiques des percussions (« Sunless Set » et sa caisse claire avant-gardiste sur le fil de l’agacement). Les morceaux, d’un abord dépouillé, révèlent une complexité torturée et millimétrée, à l’image de l’histoire malsaine narrée dans les textes. Le silence et le vide, invités comme des instruments à part entière, se logent aisément entre les notes. La production méticuleuse, quant à elle, permet d’agencer des textures subtiles donnant une véritable dimension organique à l’écoute. Tout ceci forme un travail d’écriture contemporain à l’expérience sensorielle des plus intéressantes. Un disque incontournable mais requérant un minimum d’avertissement, car la musique de SUP n’est pas toujours facile d’accès. Cependant, une fois entré dans l’univers, on n’en ressort assurément pas indemne.

 

3. DARKTHRONE – « Old Star »

« The Underground Resistance » s’était rapidement positionné dans mon top des albums de 2013 en créant la surprise de réunir les racines mêmes du Metal underground sous toutes ses formes, allant du Heavy, en passant par le Speed jusqu’au Black’n’Roll! Encore maintenant, malgré ses maladresses, je considère ce disque comme un classique de la décennie 2010. Aussi, 3 ans plus tard, le plus basique « Arctic Thunder » m’était apparu anecdotique. Je ne savais donc pas  à quoi m’attendre à l’annonce de la sortie de « Old Star ». C’est le superbe graphisme à l’encre de Chadwick St. JOHN (INKSHADOWS) qui a fait le premier pas pour me séduire (un artiste dont j’aurai, je l’espère, l’occasion de vous reparler). Ces détails enchevêtrés, aux textures organiques sont à l’image de la musique dissimulée derrière. Sans revenir sur l’échappée plus lyrique de « The Underground Resistance », DARKTHRONE revient sur les racines du mal, l’occultisme crasseux de la fin des années 80 aux relents Rock’n’Roll, à coups de riffs primitivement agencés et d’ambiances brumeuses délectables (Ecoutez-moi cette deuxième partie de « The Hardship Of The Scots »!!). Rien de nouveau s’agissant du duo scandinave, certes, mais l’inspiration est particulièrement de mise. Avec 6 titres, « Old Star » se révèle court et pourtant une impression de densité s’en dégage de par des morceaux aux rythmes évolutifs. Avec ce disque, DARKTHRONE reste le gardien des traditions d’une certaine branche noire initiée par BATHORY il y a déjà 35 ans. Un album à écouter en pleine forêt neigeuse pour en retirer sa plus substantifique moelle!

 

4. DEVIN TOWNSEND – « Empath »

Quelle surprise que ce « Empath »… une surprise pourtant différée, qui a nécessité du temps et surtout un passage live pour que je tombe réellement dedans ! A sa découverte, c’est l’indigestion d’un DEVIN TOWNSEND « too much » qui a d’abord pris le dessus, l’égarement d’un artiste ne sachant plus voir clair dans son écriture et manquant d’une concision parfois nécessaire. Ce n’est que plusieurs mois après, en allant voir, avec mon pote Rottendrums, le groupe délivrer un spectacle extraordinaire et très fin, sur les planches du Trix à Anvers, que les chansons ont pris une nette dimension et que le charme a véritablement opéré. Et là, lueur s’est faite sur une musique époustouflante cachée derrière une grande complexité. « Empath », avec ses bruitages de ferme et ses grands écarts musicaux, n’est pas facile d’accès. C’est un fait. Tout en s’inscrivant dans l’écriture développée depuis « Epicloud », il permet cependant, en l’espace de 10 titres, de passer en revue pêle-mêle et sans transitions, la carrière du canadien. On y retrouve alors ambiances aquatiques façon OCEAN MACHINE, rage à la STRAPPING YOUNG LAD ou PHYSICIST, humour façon DECONSTRUCTION, plénitude rappelant KI, intimité issue de CASUAL OF COOL, choeurs emphatiques à la manière de Z2, et surtout folies délicates dont seul Devin a le secret, et ce surtout depuis INFINITY (ce « Why? » rapidement devenu incontournable!). Avec patience, le génie se réinstalle, la finesse s’aiguise sous le pachyderme et, à la bordure des mondes, Devin montre une nouvelle fois que le Metal peut s’écrire avec des couleurs vives!

 

5. LAG I RUN – « Vagrant Sleepers »

Arrivé tout récemment, ce second disque des Toulonnais s’est tout de suite inscrit sur le podium de mon top 5 de l’année et c’est à mon pote Edgy que je dois cette superbe découverte. Aux premières approches, « Vagrant Sleepers » me renvoie directement, tant dans l’interprétation et l’agencement vocal que dans les explorations musicales, aux premiers pas de PAIN OF SALVATION. Les choeurs, échappés de QUEEN, n’auraient par exemple pas dépareillé sur « Entropia ». J’y entends également du Devin TOWSEND, justement, dans cette manière moderne et par ailleurs lyrique de travailler la musique progressive. Mais s’arrêter à ces quelques références ne pourrait en aucun cas rendre justice aux compositions colossales de LAG I RUN tant, en parfait touche à tout, le groupe étend son territoire du Rock alternatif, en passant par le Jazz, le Groove, le Metal plus massif, le progressif « classique » de KING CRIMSON, la maestria guitaristique de Steve VAI, et tant d’autres! Il aura fallu attendre neuf ans entre la parution des deux albums du groupe, mais neuf années clairement mises à profit pour approfondir la maîtrise de cette musique savamment orchestrée. Il en ressort un disque à la maturité exemplaire et à la mise en place saisissante, qui reste, comme tout melting pot digne du nom, difficile à décrire simplement mais qui confère une expérience auditive qu’on ne souhaite pas oublier. A noter qu’à cette dernière s’ajoute l’expérience visuelle (bien que personnellement moins séduit par celle-ci) puisque chaque chanson dispose de son tableau, chacun réalisé par le frère de Nay Windhead (le « papa » de LAG I RUN)! A découvrir d’urgence!

 

Hors sélection : GIOTOPIA –  « A Fantasy Tale On Music Part II »

Comment parler de 2019 sans évoquer ce projet ? GIOTOPIA, l’Opera Metal du prolifique Gio SMET regroupant un casting de chanteuses et chanteurs européen.nes autant issu.es de l’underground (THE LOSTS, THE GUARDIAN, THE BYMZ, CATHUBODUA, etc.) que de la scène mainstream (Fabio LIONE ou encore Ralf SCHEEPERS), voit la suite de son épopée offerte aux auditeurs, un an après la sortie du premier volet. Nous retrouvons ainsi les protagonistes en pleine guerre pour les terres d’un monde fantastique. Le casting de ce second volet est agrémenté de nouvelles voix (Apollo PAPATHANASIO, Herbie LANGHANS, Kelly THANS) et poursuit son spectre musical composé de Rock/Metal épique, avec des incursions plus sombres (« Variga’s Escape », « Capture »), mais également des atmosphères plus lyriques, voire acoustiques (« Forest Of Prayers »). Si bien sûr le projet peut comporter quelques maladresses, celui de réunir sur un disque « Do It Yourself » un ensemble de musicien.nes au delà des frontières géographiques et d’échelles de grandeur mérite amplement d’y prêter attention! Et puis, suite aux deux disques, GIOTOPIA, c’est aussi la sortie cette année d’un livre regroupant histoire, textes, personnages, photos du making of… un parfait complément pour s’immerger dans l’imaginaire de Gio SMET. Et si vous aimez, surveillez bien le personnage, il risque fortement de revenir rapidement à vos oreilles au travers de divers projets qui sortent peu à peu des cartons!

 

Je ne vous quitterai pas sans saluer quelques autres bonnes surprises croisées dans l’année telles qu’un premier album d’HYBRID, groupe de Heavy français aux forts accents traditionnels qui a célébré, par cette sortie, ses 10 ans de vie et dont la chronique est à retrouver ici. Une petite mention spéciale à « Kiss The Go-Goat », single haut en couleurs et truffé de références de GHOST (qui ne cessera décidément pas de poser toujours davantage de pierres à l’édifice de son délectable délire), ainsi qu’au nouveau projet de Michael DENNER, DENNER’S INFERNO, permettant, alors que MERCYFUL FATE reprend la route sans lui, de voir le Monsieur revenir à des amours occultes originels. Et puis, tiens, j’ai même envie de vous parler d’Yngwie MALMSTEEN. Car oui, ô scandale! Figurez-vous que j’ai beaucoup apprécié son « Blue Lightning »! Certes, il n’a pas grand chose de Blues, il reprend des standards de Rock avec le même verbiage stérile que celui usé depuis plusieurs années, et pourtant il me séduit par sa naïveté. Le mec est revenu sur un label, il a répondu avec le sourire à des interviews, il a donné un petit nom sympa à sa boîte à rythme et il n’a même pas mis sa tête sur la pochette!!! Et puis, n’en déplaise à bon nombre, j’aime assez sa voix de routard! Je vais me le remettre pour débuter l’année, tiens! Et ouais, je suis un mec comme ça! Allez, bonne année!

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