[Report] BLOODY HOURS + FRANTIC MACHINE + ASH & THE CRYPTOGUYS, le 09.02.2016, Le Midland, Lille

Bernard-Henri Leviathan

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Une histoire impensable!

Imaginez : fraîchement sorti d’un concert dans les bas fonds lillois, je m’attable de suite, les mains tapotant fébrilement sur la machine à écrire pour ne pas perdre une once de l’émoi provoqué par les décibels de la soirée. Quelques mots couchés, puis d’autres, avançant ainsi à tâtons mais sûrement vers la satisfaction du travail bien fait !

Le chat passe, je le regarde, lui ne me regarde pas, il s’en fout. Le chat repasse, saute sur la table, là, il me regarde, il ne s’en fout plus, il vient me demander des croquettes. Le chat repasse encore mais juste pour me souffler au nez l’haleine qui va avec les croquettes puis il descend (Ok, je suis allergique aux chats, j’en ai pas mais faut bien trouver un prétexte pour faire des lignes et des lignes et justifier tout ce qu’il s’est passé sur cette soirée. Je vous ai promis de l’impensable… je crois que le chat c’était un bon plan… ).

1h42. « Kling » (bruit de la machine à écrire quand c’est fini), mon papier est prêt! Je le relis… ah mince, y a une faute.
2h37. « Kling » (bruit de la machine à écrire quand c’est fini une deuxième fois parce que, du temps des machines à écrire, tu te retapais tout le boulot quand tu voyais une faute…. en tout cas, moi, j’avais pas de Tipex). Bref, mon papier est prêt. Je le pose sur la table… ah non, plutôt sur l’étagère, le chat n’y mettra pas ses sales pattes… ou plutôt, non, sur la table parce que sur l’étagère, je ne vais plus y penser, tant pis pour le chat… de toutes façons j’en ai pas.

Et puis je vais me coucher parce que, tout de même, j’ai plus la tête d’un mec de 20 ans et j’ai été tellement efficace que l’article peut bien attendre ce qu’il reste d’une nuit pour envoi à la rédaction de Lords Of Chaos… pour ce qu’elle me paie, elle peut bien attendre aussi!

8h00. Il pourrait faire beau, les oiseaux chantant mais on est en plein hiver alors il fait noir et le seul qui chante, c’est le clodo du coin couché dans la benne. Je me lève et entame la journée par la bonne idée d’aller poster mes pensées nocturnes.

Après avoir délicatement humecté l’enveloppe, puis le timbre, puis avoir craché le tout parce que c’est vraiment pas bon, je sors sur le perron, inspirant profondément cette première bouffée d’air pur… je tousse parce qu’en fait l’air est simplement humide et grisâtre et file de ce pas en direction de la Poste…. Quand, tout à coup, venu de la droite, un homme me percute violemment me faisant perdre une chaussure et mon précieux courrier! Il s’excuse, va me chercher ma grolle, s’excuse à nouveau, sent ma grolle et s’évanouit…. et là, penaud comme un pigeon, je me vois encore suivre des yeux, la bouche ouverte, mélange d’effroi et de stupeur, l’enveloppe portée par le vent et disparaissant derrière les premières toitures.

Ni une, ni deux.. enfin, une fois remis tout de même mais ne prenant même pas le temps de me rechausser, je sonne chez le voisin, il ouvre, je le bouscule rudement (en le saluant toutefois bien cordialement), cours jusqu’aux escaliers, transmets mes hommages à Madame dans son lit, ouvre la fenêtre et escalade le chien-assis (je suis aussi allergique aux chiens mais là, ça va je crois), sautille de tuile en tuile juste à temps pour voir un escadron de mouettes emporter mon récit dans leurs plumes….

Mais, vous connaissez BHL, il en faut plus pour l’abattre. Je redescends, resalue Madame, cours dans l’escalier, remonte dans la chambre pour vérifier que Madame est bien nue sous les draps, oui elle est nue sous les draps, je cours dans les escaliers, sors de chez mon voisin qui est toujours les fesses à terre, rentre chez moi, cherche mes clés de garage, cours jusqu’au garage mais perds les clés en route, reviens sur mes pas pour récupérer mes clés, ouvre le garage et avise : un vélo, une toile hippie récupérée chez mes parents, un pot de peinture, une échelle et des bouts de carton… je passe en revue plusieurs souvenirs et tombe sur l’épisode 373 de MacGuyver dans lequel il construit un aéroport avec un peigne et une babouche… c’est pas le bon épisode… le 104, non plus, là c’est le truc avec son pote qui tombe dans la fourmilière géante… ah oui le 628… c’est bon, j’embarque dans mon zeppelin et m’envole. Là, je remarque que le pot de peinture ne m’a, en fait, servi à rien, je le balance par dessus bord et il atterrit sur la tête de mon voisin qui, du coup, retombe sur les fesses…. Et c’est parti ! Je prends de la hauteur, je passe au dessus de Bruxelles et son quartier rouge, d’Amsterdam et son quartier rouge, d’Hambourg et son quartier rouge… ah non, mince, j’avais juste oublié d’enlever mes lunettes fumées… et là, survolant la mer, j’aperçois au loin le vol de mouettes en rase-motte au dessus des flots. Sauf qu’une gueule béante de cachalot sortie de nulle part happe l’objet de ma course ne laissant derrière son forfait qu’une poignée de plumes et, bien heureusement, mon papier flottant en total désenchantement à la surface de l’eau. Un petit réglage, quatre coups de tournevis et je vire en plongée mais voilà qu’un cargo de pêche relève ses filets et prend mon écrit à ma barbe (oui parce que là, forcément, ça fait un moment que je ne me suis plus rasé). Pendant ce temps, mon embarcation poursuit sa trajectoire par le fond, je n’ai donc plus qu’à compter sur mes gros bras et mon sur-entraînement pour poursuivre à la nage. C’est aux abords de la Chine que je réussis à rattraper le chalutier et, enfin, mettre la main sur mon enveloppe… alors vous comprenez, après tout ce que j’ai vécu, publier un report un mois et demi après le concert, y a pas de quoi venir me chier une pendule !

Et sur ce papier, entre les diverses marques de son voyage et la baignade qui aura eu raison de certains paragraphes, on arrive encore à lire à peu près ceci :

« C’est avec mon pote Babass, éminent chanteur/bassiste de BLACKBART, que nous entamons le voyage et, à peine passée la porte dérobée au fond du Midland, première joie, me voilà en pleines retrouvailles avec l’incontournable Elodie d’Ellie Promotion, accompagnant ce soir l’un de ses poulains : FRANTIC MACHINE, pour leur grande première devant un public lillois assez en forme, mais j’y reviendrai plus tard. Là, c’est plutôt le moment des photos souvenirs avec Elodie… »

Après je parle aussi du fameux manager du dit-groupe avec qui j’aurais également aimé partager cette nouvelle soirée mais, il y a une trace de terre juste sur le paragraphe… je gratte un peu… je ne vois pas bien ce qu’il est écrit :  lâ… lâch…euuu… lâcheur, oui, ça doit être ça, un gros lâcheur !

« ASH & THE CRYPTOGUYS – groupe dont je vous avais déjà parlé – a la tâche pas toujours très simple d’ouvrir la soirée… d’autant moins simple quand on sait que la musique que le trio développe nécessite une démarche d’écoute différente du lâché de cheveux traditionnel. Exclusivement instrumentale, les riffs et rythmes évoluent, se mue au fil des longs morceaux portant tous le nom de « Crypto » suivi d’un numéro, si bien qu’un concept intéressant se dégage, offrant au groupe un créneau pas encore pris d’assaut au niveau local. Entre rock classique, psyché, blues, doom, les larges contours 70’s ne sont jamais très lointains même si le groupe s’autorise aussi à développer quelques ambiances plus heavy. Chaque musicien y va de son bagage et de son aisance technique cependant, je l’avais déjà évoqué par le passé, c’est surtout l’aspect visuel et scénique qui est encore un peu hésitant mais je ne doute pas que les musiciens sachent y remédier au fur et à mesure. La nouveauté pour moi, cette fois, c’est qu’au stand de merch, on trouve un CD 4 titres (dont le très bon « Crypto Six » passant tour à tour de l’étrange ambiance rehaussée à la whammy à un free jazz des plus frais). Si le produit tient lieu de première démo dans sa prise de son, il permettra de prolonger l’exploration de leur univers intéressant. A suivre donc ! »

 « Arrivant un peu de manière exotique, c’est à dire d’Ile-De-France, FRANTIC MACHINE, c’est maintenant ! Ce soir, le groupe de Heavy/Thrash bien connu dans nos colonnes lance sa conquête des terres nordiques et déjà quelques fans attendent, au devant de la scène, t-shirt aux couleurs du groupe sur le dos ! Après avoir goûté aux premiers titres et laissé l’énergie monter peu à peu, la première chose qui me vient à l’esprit est que la condition live colle parfaitement à la peau du groupe ! Moi qui avais été un brun décontenancé par la couleur trop lissée à mon goût donnée à « Peace Of Mind », son second album sorti l’an dernier (dur labeur pour l’équipe : chronique album), l’aspect ici plus thrash, peut-être un poil moins original mais bien roots et organique prenant vie sur scène me convient bien davantage ! La voix de Seb renvoyait déjà à Hetfield mais, guitare Explorer en main et rapport au micro, ça ne fait plus aucun doute. Je découvre également plus de soli de la part de Tiseb et je me dis qu’il va falloir qu’il en rebalance une paire en studio parce que ce mec est franchement bon. Pendant que Blitz (basse) endosse comme il faut le rôle de motivateur de foule, Eric, plus réservé, n’en est pas moins un bon martyriseur de fûts ! Bref, ces mecs ont des choses à vous dire donc, en gros, quand vous voyez passer FM, ne concluez pas à la dernière émission de Ruquier, pensez simplement bonne soirée et coup de pied au fessier ! »

« Nous voici arrivés à la dernière partie de la soirée… et non la moindre : BLOODY HOURS, c’est pas comme si on faisait juste connaissance. BLOODY HOURS, c’est le groupe abonné aux bonnes dates lilloises. Pourquoi ? Ça tient en quelques mots : parce qu’ils sont bons, parce qu’ils sont simples, parce qu’ils sont cools. Et ce soir ne déroge pas à la règle même si, peut-être la situation de tête d’affiche faisant, le cran est encore un peu au dessus sur le plan de leur prestation et de la fluidité musicale, en dépit de la voix d’Alex qui aura eu juste besoin d’un ou deux morceaux pour se chauffer pleinement et balancer toute la rock attitude ensuite. Ce que j’aime dans ce groupe c’est l’assurance de toujours trouver une troupe qui se sent bien et qui sait le communiquer. Les compositions hard & heavy font le reste. Le traditionnel hommage à MOTÖRHEAD prend ici des airs de recueillement (rappelons-le, nous sommes encore début janvier). Et personnellement (mais ils le savent), il ne me manque qu’un petit album tout neuf pour pouvoir les emmener un peu partout au grès de mes errances nocturnes. »

Après ça, il est question de passer du temps avec tout ce beau monde mais également avec les copains de BLACKBART ou encore d’OVERDRIVERS présents ce soir et de se réunir autour des funérailles du grand Lemmy que diffuse, en direct, le Midland… Ben mince, ça file la larme à l’oeil !

Voilà. Comme quoi, pour écrire dans un webzine, il vaut mieux avoir le goût du risque parce que, parfois, ça peut quand même être vachement dangereux … elle est loin cette image qu’on se faisait du métier :

Senior man hugging his dog while reading book on the couch

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