[Interview] NEMESIS H.P. – Entretien avec Yannis Geenens

Bernard-Henri Leviathan

Si vous avez été attentives et attentifs, cette année 2021 aura été particulièrement prolifique en matière de Heavy Metal frais sur le territoire français! C’est ainsi qu’en avril dernier débarquait « Lion », le premier album du tout jeune groupe des Hauts-de-France, NEMESIS H.P.! Un disque qui nous avait enthousiasmés et dont vous retrouverez la chronique ici. Le projet étant soigneusement dirigé par son chanteur/guitariste/compositeur, il était normal de laisser la parole à l’aimable Yannis Geenens, qui n’a pas été avare en informations!

Il est toutefois important de signifier que cet entretien téléphonique a été mené le 17 juin 2021 et qu’il s’inscrit dans le contexte encore difficile de l’époque. Pourquoi le publier si tardivement ? Parce que parfois nous sommes au bout d’une laisse tirée par des chiens fous qui nous font perdre le contrôle, la notion du temps et la direction du chemin à prendre. Nous n’avons plus alors qu’à nous cacher derrière un mur d’excuses!

 

 

Salut Yannis ! Je vais t’éviter la question récurrente des présentations, nos lectrices et lecteurs pourront aller relire la chronique du disque! Rentrons donc tout de suite dans le vif du sujet. Le projet de chansons, devenu NEMESIS H.P., a pris racine dans ce contexte étrange dans lequel nous évoluons depuis quelques temps. Tu as commencé à composer pendant la pandémie ou c’était une idée entreprise déjà auparavant ?

Yannis : En fait, la pandémie est un hasard du temps. Si il n’y avait pas eu de pandémie, l’album aurait quand même vu le jour. Le projet de chansons vient d’une rupture amoureuse à la base. J’ai vu tout mon petit monde s’écrouler. J’ai déprimé grave et je me suis plongé dans la musique 24h/24 pendant plusieurs semaines. Je ne dormais plus. Mon frère Liam était avec moi. Il allait se coucher, se réveillait et voyait que j’étais encore sur mes trucs. Ça m’empêchait de penser en négatif et tout ce que j’avais envie de dire, je le transformais en paroles. Quasiment tous les textes de l’album parlent donc de cette rupture. Avec la pandémie, j’étais de toute façon enfermé, j’ai donc profité de ce temps pour faire l’album.

 

Effectivement, je m’étais fait la réflexion concernant le côté assez douloureux de certaines paroles et j’avais mis ça en parallèle du contexte sociétal mais on est vraiment au-delà…

La pandémie ne m’a pas fait grand-chose en soi, j’avais de toute façon arrêté de travailler avant, vu que je travaille sur les concerts en salle. Ce sont les concerts qui ont été annulés en premiers, et ce sont ceux qui reprendront en dernier malheureusement. Ce qui a surtout changé avec la pandémie, c’est que je ne pouvais plus aller voir mes amis. Mais comme ça faisait quelques semaines que je me renfermais déjà sur moi-même, que je m’exprimais en faisant de la musique, la pandémie m’a juste donné l’excuse de rester enfermé chez moi.

 

Tu mets donc un effet assez cathartique à cet album, comme un exutoire de cette mauvaise passe?

Oui, même si au début je ne le voyais pas comme ça. Je n’avais pas prévu de sortir ces chansons car je les avais écrites pour moi. Mes proches m’ont encouragé à constituer un album. Après, je me suis surtout dit, par fierté mal placée, que tout ce que je n’avais pas pu lui dire à elle, elle pourrait l’entendre dans les paroles et se rendre compte de l’importance des mots. Et puis depuis, les morceaux marchent bien, les gens qui tendent un peu l’oreille vers les paroles peuvent se reconnaître. Presque tous les textes évoquent cette rupture mais sous différents angles : la fierté, « je vais m’en sortir », le fait que je veuille qu’elle regrette, « arrête de me prendre pour un con », le suicide…. C’est intéressant de voir toutes les possibilités de vivre une même situation. Avec le temps, je n’en ai retiré que du positif mais mon avis sur ce à quoi ont servi ces morceaux a évolué avec le temps. Au départ c’était très personnel, c’était juste de la rage.

 

Je pense qu’on va tous se poser la question : est-ce que ça va mieux maintenant ?

Ça allait mieux mais depuis un mois, ça retombe. C’est la dure loi de la vie. Après, le contexte est différent et je me dis que la personne concernée aura le retour de bâton un jour ou l’autre. Moi, j’ai eu mon retour de bâton, j’ai su en faire un groupe ! Par contre, là, je suis dans une phase où je n’ai pas trop envie d’écrire de musique au moment où je te parle. Ça va revenir mais, là, si j’écrivais, ce serait pour dire la même chose que sur ce premier album et ce ne serait pas intéressant. On va déjà prendre le temps d’exploiter ce disque. Le truc avec NEMESIS H.P., c’est que, comme je l’ai créé, c’est très dépendant de moi, de ma vie, de mes humeurs.

 

On t’a davantage connu sur des terrains plus agressifs (REIGN OF NIGHT, BLACK JUJU INC.). D’où vient l’envie de revenir aux racines du Hard, du Heavy ?

Au tout début, c’était pour que ce soit accessible au plus grand nombre et pas juste aux fans de Metal, qu’il y ait une possibilité que ça plaise aux gens qui n’écoutent pas forcément ce style à la base. Maintenant je suis pris dedans. J’adore toujours le Thrash mais j’ai un désir de créer une identité particulière au groupe, pour la suite. J’écoute aussi des styles qui n’ont rien à voir avec le Rock, des choses parfois très actuelles, qui pourraient se mélanger avec du Hard Rock. Je n’ai pas envie de faire un truc nouveau pour faire un truc nouveau, mais j’ai envie de pouvoir mélanger ce qu’on fait avec d’autres choses que j’aime. Le Rock offre plus de possibilités pour ça. C’est plus compliqué avec le Thrash, ce serait une cacophonie.

 

Au travers de l’interprétation musicale, mais aussi de la composition, puis de l’apparition de Chris Holmes, on fait le rapprochement avec W.A.S.P. (mais également KISS). Qu’est-ce que ces groupes représentent pour toi ?

C’est marrant parce que le côté W.A.S.P. est ressorti quand j’ai écrit le morceau « You’ve Got To Regret ». Ça se prêtait fortement au son de W.A.S.P. parce que c’est un peu le même type de compo. Inconsciemment, je me suis dirigé là-dessus et tous les morceaux ensuite ont pris cette tournure pour donner une cohérence à l’album. C’est un groupe que j’ai toujours beaucoup aimé mais il a beaucoup plus de signification maintenant, pour moi, qu’avant NEMESIS H.P. Je me suis repenché sur les albums de W.A.S.P. que j’avais plus survolés avant et il y a plein de choses dans lesquelles je me suis reconnu. Le côté provocateur, et même les paroles ! Il y a beaucoup de paroles d’amour… Je me suis reconnu dedans. Et Chris Holmes… Le hasard est plein de symbolique. C’est le guitariste qui joue sur notre disque, le guitariste iconique de W.A.S.P. et les gens entendent du W.A.S.P. dans nos chansons. Le morceau sur lequel il joue, « Wait No More », est le tout premier morceau que j’avais composé. Avant même l’idée de faire un album. On a rencontré Chris dans le sud de la France, il y a quelques années. On était en vacances à Cannes, il faisait une sorte de show case dans un magasin de CDs à Nice. On y est allé, on a parlé un peu avec lui. Sa femme, qui est française, a un ami en commun avec mon père. L’an dernier, un soir, en buvant un verre, on s’est dit « Tiens, ce serait marrant Chris Holmes sur l’album » et on s’est dit « ça ne coûte rien de lui demander ». On s’est revu plusieurs fois depuis. Humainement, c’est quelqu’un de super cool, très humble, le genre de mec qui joue vraiment pour s’éclater.

 

Comment avez-vous géré sa participation de ce fait ?

Il m’a demandé de lui envoyer le morceau avec un time code pour sa participation. Le solo a duré 2 mesures de plus que prévu, on en était très content ! Il l’a fait de son côté et m’a appelé, j’étais en direct à la radio, j’ai dû aller me cacher pour répondre. Il fallait que je réponde, c’était lui, quoi ! Il m’a dit qu’il avait fait 5 solos différents et qu’on pouvait choisir, et du coup il m’a posé plein de questions du style « pourquoi vous jouez en tel accordage ? ». En 10 mn de temps, c’est parti sur une discussion où on ne parlait même plus de musique mais de tout et de rien. Un mec normal ! Ça te remet en place et tu te dis : « Je n’ai pas trop intérêt à frimer parce que j’ai vendu 5 CDs ! ».

 

L’album comprend une reprise de THE CLOVERS (Love Potion N°9) qui s’intègre très bien à l’ensemble. D’où vient ce choix particulier ?

C’est un morceau qui a été énormément repris et notamment par TYGERS OF PAN TANG. Notre reprise est basée sur cette version. Le truc, c’est que la nôtre est plus rapide, plus pêchue. Un soir, je ne sais plus pourquoi, je lisais une vidéo en 1.25 (la vitesse sur Youtube) et après, j’ai passé la reprise de TYGERS en oubliant d’enlever la vitesse accélérée et je me suis dit : « Putain ! Elle est vachement plus énergique que dans mes souvenirs ». Je me suis rendu compte qu’elle était accélérée et je me suis dit que ce serait bien de la jouer ainsi. C’est vraiment parti de là. Après on l’a interprétée à notre sauce, on a changé 2, 3 accords, etc.

 

A l’écoute de vos titres, des éléments m’ont également pleinement renvoyé à mon groupe de coeur :  MEGADETH. Fortuit, influence de parcours ou souhait particulier ?

Je ne me rends pas compte des influences de MEGADETH. Peut-être que c’est ma voix… Et là, pour le coup, je n’y peux rien, c’est vraiment ma voix, je n’essaie pas de copier comme j’ai pu le faire auparavant en utilisant des voix criardes. Mais si je réfléchis un tant soit peu, c’est sûr que ça vient de mon parcours. MEGADETH, c’est un de mes groupes préférés. Au moment où je te parle, j’ai un tee-shirt MEGADETH sur moi, j’ai des cadres de MEGADETH dans mon salon. Mais je n’ai pas cherché à prendre ce groupe comme influence quand j’ai écrit pour NEMESIS H.P. C’est venu inconsciemment parce que j’en ai tellement écouté, j’ai tellement baigné là-dedans !

 

Rubrique « matériel » maintenant ! Qu’avez-vous utilisé en termes d’instruments, d’ampli, etc. pour enregistrer ce disque ?

Hormis les solos, toutes les basses et guitares, chant, chœurs et batterie ont été enregistrés par moi. J’ai ma petite collection de BC Rich, je suis un gros gros fan de la marque ! Tout a été enregistré avec une BC Rich Beast, avec micros d’origine. Celle qu’on voit dans le clip de « You’ve Got to Regret » ! J’aurais pu en prendre une montée en EMG mais à ce moment-là, elle était en réparation. C’est aussi avec cette guitare que Liam a enregistré ses solos. Tout a été mis en boîte par pédalier. On ne joue pas avec des amplis, on joue sur des Line 6 Pod HD500X, c’est beaucoup plus simple ! J’ai mis du temps à trouver les sons voulus mais une fois qu’on les a eus, on avait les presets et on a tout enregistré ainsi. Après, derrière, j’ai pu faire ce que je voulais dans le mix, on avait le son de base. Sinon, la basse, elle, est une Dean 5 cordes qui est à Liam.

 

 

Tu enregistres donc tout, avec le concours de Liam. Dans votre biographie, on y lit que Axel et Lucas, bassiste et batteur, sont des musiciens de « session ». A quel moment interviennent-ils ?

En fait, le mot « session », c’est plus du « live session ». Le studio, c’est moi avec les solos de Liam. Le groupe prend forme en live, et en répét’. Même pour l’image, on est toujours à 4, on est une bande de copains, mais je pense que les gens ont compris que l’essence du groupe venait de moi.

 

Pour la suite tu penses garder la composition ou tu penses développer l’identité du groupe et faire intervenir les autres dans l’écriture ?

Si quelqu’un a un riff ou une idée intéressante, il me l’envoie. Je ne suis pas contre, bien sûr ! Par exemple, on a une composition en travail et le riff vient de Liam, je l’ai pris et je sais ce que je vais faire de cette idée. A eux ensuite de me faire confiance. C’est moi qui aurais le dernier mot sur la gueule qu’aura le morceau à la fin parce que je sais où je veux aller. J’enregistre toutes les guitares rythmiques parce que je trouve ça aussi plus cohérent, ça donne un aspect plus « mur de son », notamment parce que les guitares sont toutes doublées. Je ne voudrais pas avoir 4000 sons différents. Il n’y a que « Appetite for Destruction » qui sonne bien avec des guitares différentes !!!

Côté basse, je ne sais pas encore comment fonctionner. Axel m’a demandé s’il pouvait les jouer sur le prochain album. J’avais dit « oui » mais je commence à y revenir un peu. Je sais qu’il est bon dans ce qu’il fait mais j’ai cette envie de maitriser la chose. Parce que si à 2 heures du matin, j’ai envie de changer un truc, Axel n’est pas chez moi à cette heure-là…

 

Tu es comme Devin Townsend, toi ! Tu te réveilles et t’enregistres…

Oui, comme le studio est chez moi, quand j’ai une idée, j’enregistre tout de suite ! Mais si Axel a enregistré une partie et que 2 heures après j’ai envie de changer, c’est dommage pour Axel qui s’est déplacé, qui a passé du temps. Côté organisation, c’est compliqué et je ne suis pas quelqu’un de rigoureux. C’est bien plus simple que ce soit moi qui fasse le tout !

 

Tu nous disais que tu t’étais chargé du mixage. Qu’utilises-tu comme logiciel d’enregistrement et de mixage ?

J’utilise FL Studio pro. Je n’aime pas Cubase, je ne comprends rien à ProTools. C’est le premier album que je mixe vraiment moi-même. J’avais juste mixé la démo du groupe de mon frère avant ça. Ça fait suffisamment longtemps que je fait de la musique pour comprendre ce qui est bon ou non mais je ne suis pas un vrai technicien. FL Studio, c’est hyper intuitif. C’est tout à l’instinct. C’était plus simple pour mettre en forme ce que j’imaginais.

 

C’est peut-être pour ça qu’il y a déjà une identité ! Et pour le mastering, comment as-tu procédé ?

J’ai un cousin, Yoan, qui sait faire des masterings. Je n’avais aucune garantie que ça allait me plaire mais je lui ai fait confiance. On a joué ensemble, il sait ce que j’ai écouté, il comprend donc en écoutant les morceaux la direction que je veux prendre. C’est plus simple. Il avait les mains et la technique pour mettre en œuvre ce que j’avais dans la tête. Surtout qu’un mastering, je ne sais pas le faire et je pense que c’est vraiment une oreille autre que pour le mixage.

 

Vous avez fait un bel enrobage à ce disque puisque vous avez fait appel à Stan W. Decker. Vous aviez d’autres idées au départ ou c’était forcément lui ?

Oui, on s’est fait plaiz. Je ne me souviens plus mais je ne pense pas qu’on ait hésité longtemps… J’avais déjà été en contact avec Stan parce qu’il y a 2 ou 3 ans, on a failli relancer REIGN OF NIGHT et si on avait sorti l’album, c’était lui qui allait faire la pochette. Au final, ça ne s’est pas fait. Mais du coup, je suis revenu vers lui. Au départ, il ne savait pas trop comment aborder ça. L’idée première était de faire une tête de lion mais avec mes traits de visage. Il m’a répondu « je vais essayer mais la seule idée qui me vient en tête, c’est une pochette de Ted Nugent et elle n’est pas très belle ! ». La pochette finale n’est pas du tout ce que j’avais en tête mais elle est 10 fois mieux !

 

 

Parle-nous de la suite, vous avez des projets ? Tu vois un peu se dessiner l’avenir du groupe par rapport au contexte toujours incertain ?

On a des envies, on a des buts, le problème c’est qu’on ne veut pas se précipiter. Je n’ai pas envie de prévoir de jouer et qu’au final il y ait des restrictions et qu’on fasse un concert devant 15 personnes assises ou alors reporté à 6 mois. Qu’on soit sûr que si on programme un concert, on puisse le faire comme on l’imagine et ne pas créer de frustration. On ne va pas se faire oublier, on n’a pas commencé à se faire connaître ! Les gens découvriront cela au moment où ça se fera.

Sinon, j’aimerais bien faire des trucs en streaming. On avait été invité sur une émission en stream, c’était la première fois que les gens nous voyaient jouer mais ce n’était pas une organisation très carrée et pro, le présentateur ne connaissait pas son texte par exemple. J’aimerais bien développer ce côté internet. C’est bien de faire des CDs mais c’est pour un public plus vieux que nous et pas un public durable au fur et à mesure du temps. J’aimerais toucher un public de notre âge et pour ça, il faut passer par internet. J’aimerais déjà qu’on fasse de beaux clips. Il y en a un sur lequel on commence à s’organiser mais on prend le temps de le faire.

 

Déjà le premier clip tourné au Splendid de Lille était excellent !

Laurent Iwasiuta et les gars nous avaient aidés gratuitement ! Toute l’équipe de tournage ! C’était super gentil ! Le prochain, on va essayer de tabler sur des trucs en studio pour faire des choses en grand !

 

Y a-t-il des choses qu’on n’a pas abordées et que tu aimerais ajouter ?

Le CD et le T-shirt sont en vente sur notre magasin en ligne. Les gens peuvent le retrouver sur Facebook, Instagram, sur nos pages respectives. En ce moment on ne poste plus trop, on se met un peu en retrait mais on va revenir bientôt pour sortir des trucs. Les gens peuvent en tout cas nous retrouver sur Youtube pour écouter tout l’album. Tout est OK maintenant parce qu’on a eu pas mal de galères avec le fait qu’on avait déjà sorti 3 titres sous le nom de NEMESIS, et non NEMESIS H.P., et aussi avec la présence de Chris Holmes, il fallait des crédits particuliers ! Il y a eu pas mal de problèmes à gérer. En tout cas, maintenant on a hâte de défendre cet album sur scène.

 

Nous remercions Yannis pour le temps qu’il nous a accordé! A vous maintenant de donner suite aux projets du groupe en les suivant et les soutenant… vous connaissez normalement la chanson!

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