[Interview] BENIGHTED Hellfest 2014

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Un des bons moments passés au Hellfest cette année a été non seulement le concert de Benighted qui avait là de très bonnes conditions pour passer ses titres mais aussi l’interview que j’ai pu faire d’eux quelques heures après.
D’abord accueilli par Olivier (guitare) avant d’être rejoints par Julien (chant), nous avons pu aborder un peu tous les aspects de leur actualité et de l’identité de ce groupe pour le moins… brutal



Bon alors, c’était comment aujourd’hui ? 

Super pied, c’était vraiment bien.
Pour moi c’est une des meilleurs fois, super Hellfest, tous les autres se sont bien passés mais des fois c’était un peu dur au niveau des retours, tu n’en as pas toujours des bons, tu dois tendre l’oreille c’est compliqué.
Déjà on a eu un très bon accueil c’est toujours comme ça au Hellfest.

Là vous avez fait une bonne année, je vous ai d’ailleurs vu avec Loudblast au Covent Garden, quel effet ça fait rétrospectivement ? 

C’était plus roots !
On a fait des belles rencontres.
On en parlait avec Stef (Buriez de Loudblast) depuis deux ou trois ans de se faire un truc ensemble et puis là ça c’est bien goupillé.
Bon ils devaient sortir leur album avant mais finalement ça s’est fait après mais on gardait l’idée de la tournée.
On s’est bien éclatés, c’est des sacrés margoulins et on a appris beaucoup avec eux.
Ils sont là depuis des années avec la même passion, moi je trouve ça classe.

Vous avez fait un bon parcours avec Benighted, vous arrivez un peu sur un cap, vous le voyez comment ?

Je ne sais pas trop, on ne s’est pas trop posé la question.
On a développé des choses à chaque fois avec un peu plus de résonnance maintenant est-ce un cap ?
Oui surement, on passe un cap dans la mesure où on part plus à l’étranger mais je ne sais pas si c’est vraiment un cap.

Justement, à un moment, notamment en raison du temps n’est-on pas tenté de passer pro, de se remettre en question ?

On ne visera pas le pro, on fera des choses avec un contexte pro mais on n’a pas prévu de lâcher nos boulots.
L’argent du groupe nous sert à le faire vivre, à faire des clips, des trucs cools, dans de bonnes conditions.

Lorsque vous avez commencé Benighted il y a quatorze ans, quel était l’état d’esprit, où vouliez-vous aller ?

Je vais te dire un truc j’ai toujours pensé que j’étais content d’avoir un groupe et à chaque album j’ai pensé que c’était le dernier alors que là ça fait 7 ou 8 !
Le premier album je n’imaginais pas que ce soit possible, c’était noël avant l’heure.
Avec Julien, je ne pense pas qu’on se voyait faire des concerts comme ça un jour, on était contents déjà avec nos petits bars à St Etienne.
On ne s’est jamais projeté avec des projets.
On se met un peu plus de buts maintenant.

Depuis vos début en 98 je crois, est-ce qu’il y a des choses que vous avez apprises à votre détriment ou que vous regrettez ?

Le seul truc que je regrette c’est l’album « Psychose » qui est un peu daubé. L’enregistrement est pas bon, on a voulu jouer des trucs techniques que l’on n’était pas prêts à faire.
C’est le seul truc que je changerai, je suis satisfait de tout le reste.

Je reviens un peu sur la tournée avec Loudblast, c’est un groupe de ma jeunesse que je connais bien…. 

Je vais te dire Loudblast j’ai révisé mon bac avec !

Bienvenu au club !
Au niveau du public, vous avez-eu l’impression de le partager ou d’avoir chacun le vôtre, il y a tout de même un fossé entre vos styles ?

Alors on a pas du tout le même au départ !
Bien sûr certains comme moi pourraient être public des deux mais c’est vrai qu’il y a eu deux publics mais on n’avait pas d’échange de public d’un seul coup.
On s’est posé la question au début, on le craignait un peu.
Mais au final le public c’est plutôt réuni là-dessus, fans de Death ou fan de Grind donc c’est cool.

Est-ce qu’il y a eu des endroits où vous avez eu du mal à jouer ? Je veux dire que vous avez des morceaux assez complexes et chargés, est-ce que ça passe bien partout ?

Oui, c’est compliqué des fois, il faut vraiment qu’on ait de bons retours.
Avec l’expérience tu sais gérer mais tu passes vraiment un mauvais moment.
Des fois j’ai un ressenti très négatif qui est très différent de ce qu’on me dit.
Mais quand tu te concentres énormément pour te caller à la batterie c’est vrai que certaines salles ne sont vraiment pas à niveau.

Votre milieu musical extrême « hardcore, death et dérivés extrêmes » a beaucoup évolué depuis 98 voir s’est beaucoup défini.
Vous reconnaissez-vous encore dedans ?

Et bien je trouve que les frontières se sont mélangées, on ne fait pas du hardcore mais je trouve que c’est intéressant de voir du riff thrash qui se mélange dans le hardcore.
Je reste un fan des débuts avec des groupes comme Madball par exemple.
Si on se défini comme du Deathcore par rapport à Dying fœtus, effectivement on est assez proches.
Par contre je ne me reconnais pas dans la scène actuelle come Carniflex même si j’aime cette musique.

Vous avez un peu de recul sur l’album maintenant, alors quel bilan tirez-vous ?

Et bien on en est très contents, ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui à part trois titres on a joué quasiment que des titres du dernier…

Il est très bien fait est-ce que vous le voyez comme un aboutissement ?

O : Je trouve qu’il y a encore une évolution par rapport aux précédents à défaut d’aboutissement.
On a toujours cherché à avoir des vraies chansons avec des choses qui restent en tête que ce ne soit pas juste une suite de blasts dégueulasses qui s’enchainent qui fait qu’on a l’impression d’entendre la même chose tout le temps.

Julien nous rejoint à ce moment-là :

J : C’est plus des chansons que des morceaux je trouve, ce qui fait qu’un groupe de Death Grind comme nous arrive à faire taper les gens dans les mains.
Ce qui nous plait c’est d’arriver à faire que quelqu’un soit capable de nous dire qu’il aime ce morceau et pas seulement cet album parcequ’ils l’ont retenu.

Ensemble : oui des morceaux avec une identité pas des trucs de grind avec tous les morceaux pareils.

Il y a beaucoup de groupes concernés…

J : Oui souvent on est critiqués là-dessus, on nous dit qu’on ne fait pas du vrai Brutal death, c’est vrai, on s’en défend bien, on ne sera jamais un groupe de Brutal death chiant qui fait « papapap…. »

O : Oui nous c’est pas notre truc, au début on avait 20 000 riffs par morceaux, aujourd’hui on évolue dans l’idée de composer d’avantage une chanson qu’une performance.
On ne sera jamais en mode couplet/ refrain/couplet/refrain mais on attache beaucoup d’importance à l’évolution entre les riffs.
On a aussi beaucoup travaillé sur le chant pour avoir un coté plus possédé, plus complexe.

J : le coté malsain on ne l’avait pas autant.

O : Pour moi l’album est plus habité, avec plus d’émotion.

J : oui c’est vrai, souvent dans le chant je suis très client des modes autoroutes.
Quand je suis bien dans un chant c’est « autoroute », mais là je me suis laissé aller à des choses que je ne maitrisais pas forcément.
Du coup involontairement ça donne plus de malsains, plus d’émotion, plus de ressenti.
On s’est découvert un peu.

O : C’est surement ce qui ressort le plus sur cet album.

J’ai une question pour toi Julien, très particulière, c’est ma fille qui du haut de ses quatre ans te la pose :
A l’écoute de « Collection of a dead portraits », pourquoi, à la fin, est-ce-que tu as vomi sur le spectacle ?
(Je précise que voir l’air interdit de Julien face à cette question valait le détour)

Je déforme un peu la question, comment est-ce qu’on vient à se dire un jour je vais choisir un type de chant aussi extrême avec toutes ces techniques (growl, grunt , pig squeal…) ?

J : Et bien je suis arrivé dans le métal par hasard, je ne suis pas musicien pour deux sous à la base, j’ai juste quelques bases rythmiques.
Mais ce type de chant au départ m’a fait rire mais comme me font rire les films d’horreur.
Je trouvais ça cool, assez marrant et ce type de chant a commencé à m’intéresser par la puissance qu’il pouvait apporter utilisé comme instrument.
J’ai vraiment compris que c’était plus un instrument de puissance qu’un véhicule de parole et en fait ma voix est devenue un instrument rythmique qui me permet d’apporter un côté progressif à la chanson qui renforce les breaks.
Comme le thème de Benighted c’est la psychiatrie, j’ai voulu renforcer ça, le coté il y a des trucs qui se passent dans ce mec là, il est pas tout seul !

J’ai vraiment beaucoup bossé là-dessus.

Les prochains projets, c’est quoi ? Vous avez enchainé album/ tournée/Hellfest, on a envie de quoi à ce stade ?

O : et bien re-tournée, notamment à l’étranger car là on a déjà bien tourné en France.
On va tourner en Europe, peut- être au Japon aussi.
On devait tourner en Russie, ça ne s’est pas fait là mais on devrait le faire un peu plus tard.

On va aussi enregistrer un DVD cet été, au Sylak notamment.

J : Oui la tournée au japon…

D’ailleurs lorsqu’on s’est déjà fait une bonne renommée nationale, ça aide à s’exporter ou est-ce que c’est une nouvelle terre vierge ?

O : aujourd’hui on est limite plus connus en Allemagne ou disons qu’on a souvent de meilleures conditions de jeu par rapport à la France.

J : Notre nom circule bien, y compris aux Etats-Unis sans qu’on ait fait quoi que ce soit, on nous pose un peu en référence du Death Grind français et du coup on arriverait à tourner un peu partout.
Par contre nous on ne vit pas de la musique donc tout dépend des disponibilités qu’on peut avoir hors boulot.
On arriverait à tourner beaucoup mais ce n’est pas compatible.

Il y a aussi le fait qu’on veuille que Benighted reste un plaisir.
Honnêtement, je pense que le jour ou Benighted deviendra mon métier, le truc qui me fait bouffer, je pense que ça cassera quelque chose dans le coté gigantesque bonus dans la vie qu’est ce groupe pour nous.

C’est pareil si un jour ça s’arrête, on se dira qu’on a pris tout ce qu’il y avait de bon à prendre.
On s’est toujours refusé à en vivre pour plein de raisons en fait.

Je vois plein de groupes qui en vivent et sont toujours sur la route, tous les six mois dans les mêmes salles et au bout d’un moment les gens en ont marre.

O : Oui et les modes changent, quand les gens ont vu un groupe trois fois d’affilée ils se lassent.
En plus ce coté où tu pointes, tu passes ta journée à attendre avant d’aller jouer les mêmes choses tous les jours.
Je crois que ça marcherai pas en boulot, tu es obligé d’avoir des musiciens que tu recrutes, avec lesquels tu ne t’entends pas forcément, ça devient vraiment un boulot avec les mauvais cotés.
On est potes d’enfance tous les deux, Kevin le batteur est ami d’enfance avec les deux autres et est là depuis dix ans dans le groupe, c’est important, je ne jouerai pas avec des gars qui ne peuvent pas être mes potes.

J : Les groupes où personne ne se voit en dehors, ne se fait jamais une bouffe, on n’a pas construit Benighted dans cet esprit et on ne veut pas que ça devienne ça.

O : Moi c’est vraiment une récréation, si c’est pour retrouver des gens comme dans un boulot ça ne vaut pas le coup.
On a une belle vie à coté, professionnellement, familialement, ça nous va très bien.

Le metalleux ne serait donc pas un raté de la vie alcoolique…

J : Il y a beaucoup d’études qui montrent le contraire justement, qu’il est très inséré socialement avec une vie stable !

Juste après le Hellfest, Benighted annonçait le départ de deux de ses membres (on imagine bien que l’échéance était prévue).
Je vous rassure, le groupe est à nouveau au complet et n’a pas fini de tourner ! 

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