[Chronique] YERÛŠELEM – The Sublime (08/02/2018)

Herbert Al West - Réanimateur Recalé

Herbert Al West - Réanimateur Recalé

Grand amateur de films d'horreur et de musiques de films, j'ai découvert le monde du metal par ce biais là. D'abord de façon presque subliminale en découvrant, jeune adolescent impressionnable, le clip d'Alice Cooper réalisé pour Vendredi 13, Chapitre VI (la chanson He's Back, The Man Behind The Mask). Mais c'est surtout le visionnage du film Shocker (Wes Craven, 1989) et sa formidable bande son qui me firent basculer du côté obscur. J'ai donc commencé par Alice Cooper, Kiss, Megadeth, Bonfire et pas mal d'autres. Mes goûts en matière de metal sont très variés, selon l'humeur, allant de l'AOR au Death Metal en passant par beaucoup de Heavy classique, du Thrash et du Prog, sans oublier le Metal Sympho. Les albums que j'ai le plus usé sur ma platine sont incontestablement : Rust in Peace, de Megadeth, Painkiller, de Judas Priest, Seventh Son of a Seventh Son, d'Iron Maiden, Antichrist Superstar, de Marilyn Manson, Great Escape, de Seventh Wonder, The Divine Wings of Tragedy, de Symphony X, In Their Darkened Shrines, de Nile, Victory Songs, d'Ensiferum, 1614, d'Opera Diabolicus, At The Edge of Time, de Blind Guardian, Herzeleid, de Rammstein, Opus Eponymous, de Ghost, Seasons in the Abyss, de Slayer, Hell Destroyer, de Cage, Bent out of Shape, de Rainbow, Legendary Tales, de Rhapsody, Cruelty and the Beast, de Cradle of Filth, Battle Magic, de Bal-Sagoth, A Retrospective, d'Empyrium, The Fourth Legacy, de Kamelot, Horrorscope, d'Overkill, Panzer Division Marduk/Nightwing, de Marduk, et l'intégrale de Dio, d'Alice Cooper et d'Iced Earth ! Je déteste voir de brillants projets sombrer dans l'oubli et le split pur et simple, comme par exemple le sublime Slaves for Life d'Amaseffer, qui restera à mon avis fils unique à tout jamais. J'ai tenu un blog orienté metal, mais aussi BOF et films tout court. Mais il me manquait pour m'épanouir de rejoindre cette bande de fous que forment les Seigneurs du Chaos !
Ah oui, et comme vous l'avez remarqué, j'adore écrire long...
Herbert Al West - Réanimateur Recalé

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Sur fond de paysage désolé, le tout sublimé par un magnifique noir et blanc, un homme est agenouillé, en prière, devant un immense étalon, cheval surdimensionné, digne des anciennes mythologies. Cet animal, domestiqué depuis plus de 5500 ans, quelque part dans les steppes du Kazakhstan, qui a servi au labour, à la guerre, au transport, à la parade, est désormais le démiurge. La Nature reprenant ses droits. La Dialectique du Maître et de l’Esclave. On peut y voir beaucoup en contemplant ce cliché (dû au graphiste Dehn Sora), à chacun son point de vue.

Sous les pas menaçants de l’imposant équidé, apparaît le nom du groupe qui va nous intéresser, Yerûšelem, brouillant les pistes avec des lettres inversées, des E se mettant dos à dos. Ce patronyme ramène t-il à cette ville sainte qui porta tant de noms, prononcés au fil des siècles différemment selon les langues de ces peuples l’ayant conquise ou perdue, voire même offerte ? Cette Jérusalem, ou Hiérosolyme en Ancien Français, qui fut le berceau des trois grandes religions monothéistes et dont on pourrait percevoir l’écho au travers du sixième titre – ou cryptomusica tant le mystère est profond dans les morceaux composant l’album -, TRIIIUNITY, symbole de l’impossible union : car plus que le Père, le Fils et le Saint Esprit, on peut y voir réunis Christianisme, Judaïsme et Islam, en ces temps plus que jamais troublés lorsque l’on prononce le mot “religion”. Peut-être s’agit-il de quelque chose de plus obscur encore, du Tabernacle de Dieu, de ce mythique Jardin d’Eden, de la Jérusalem Céleste propre aux juifs et aux chrétiens, concept plus que lieu réel, symbole de la perfection idéale ?

Que d’ambition pour un premier album. Mais est-ce vraiment un premier album ? Oui sous le nom de Yerûšelem. Mais lorsque l’on gratte un peu et que l’on voit apparaître les noms des deux musiciens composant cette entité, Vindsval (guitare, basse, chant, synthés) et W. D. Feld (synthés, pulsations industrielles), tous deux membres principaux de Blut Aus Nord, tout s’éclaire soudain. Depuis Ultima Thulée (1995), les musiciens ont multiplié les expériences, brouillé les pistes, masqués derrière un anonymat total, multipliant les trilogies (tiens, toujours cette notion de trinité) avec Memoria Vetusta et 777, ainsi que les splits (Triunity – tiens ! – avec P.H.O.B.O.S). Tel Janus, Blut Aus Nord possède plusieurs visages, tantôt black metal, metal avant-gardiste, dark ambient, metal expérimental, metal industriel… Et Yerûšelem est un autre de ces visages, qui ne sera certainement pas le dernier tant la créativité des musiciens français est grande, ainsi peut-être que leur recherche permanente de cette Jérusalem Céleste musicale…

Entrer dans The Sublime, au titre indiquant clairement ce qui est visé – attention, ne pas y voir quelque prétention élitiste, ce qu’y verront assurément certains, mais bel et bien la recherche d’un état spirituel proche de la perfection -, est comme pénétrer dans un labyrinthe de miroirs. On y entre avec la joie de goûter une étrange attraction, avançant à tâtons dans une épreuve qui paraissait simple au départ mais s’avère beaucoup plus complexe que prévu, les vides se révélant pleins et ce que l’on croyait reflet s’avérant porte vers l’espace suivant, puis on commence à s’énerver, à étouffer, car ces images sont toujours les mêmes, ces carrés paraissent sans fin, et un sentiment de claustrophobie grandit, vous oppressant plus qu’il ne vous distrait, puis on progresse, on se perd, on s’abandonne, détaché du réel, interrogé par ces multiples doubles de soi-même, et c’est comme un début de révélation qui s’impose, une réflexion qui oblitère ce qui peut exister en dehors de ce lieu, et l’on s’habitue peu à peu, avançant toujours, mais en ayant à l’esprit l’idée que l’on progresse vers quelque chose de plus grand qu’une simple sortie. Puis la lumière du jour arrive, toujours, lorsque vient l’inéluctable instant où l’attraction se termine (36 mn ici), et chacun, à cet instant, saura ce qu’il en a retiré, s’il a envie ou non d’y retourner, car de simple jeu l’expérience a revêtu quelque chose de mystique.

The Sublime est tout cela, et plus encore, un déstabilisant jeu de miroirs, perpétuel écho reposant sur des riffs lancinants, hypnotiques, répétitifs, qui font ressembler certaines pièces à celle que l’on vient de quitter, avec à chaque fois quelque chose en plus, véritables transes qui nous déstabilisent soudain avec des moments plus forts, telle cette expérience chamanique, sous LSD, dotée de riffs plus puissants, agressifs, qu’est le bien nommé Joyless, désespérant au possible. Il y a de tout et surtout de l’improbable dans ce petit espace de temps. Les toms des batteries sont autant de samples d’une froideur volontaire ramenant à la new-wave, au gothique et à l’ambient, sorte de squelette soutenant la charpente, comme sur l’étonnant Babel, avec ses riffs en maraude et ses chants déstabilisants, agressant l’auditeur en permanence, le perdant, et le ramenant à la cité mythique où l’orgueil de l’Homme lui valut la punition divine de la multiplicité des langages, imposant l’incompréhension dans un monde jusqu’ici mené par la connaissance et l’incroyable vanité qui en sortait. Yerûšelem interroge, questionne, brouille les pistes et ne livre pas de réponse, simplement des pistes, et libre à l’auditeur de cheminer ou non vers sa propre réflexion, car là est la force des deux français, celle de laisser une grande liberté en laissant écouter, tout simplement, ou en élevant le débat et permettre à chacun de réfléchir et d’y trouver sa propre vérité, qu’elle ressemble ou non, peu importe, à celle qu’avaient les auteurs en tête. Musicalement, nous sommes assez proches de 777, Cosmosophy, de Blut Aus Nord, du post-punk se dégageant de cette brillante trilogie, avec cependant un son plus trance, dub, et seulement parcouru de chants clairs. On y reconnait aussi les sonorités de Godflesh. On trouve également de l’indus sur l’impressionnant TRIIIUNITY, empli de guitares aux riffs d’une lourdeur pesante et de ces chants déstabilisants qui parcourent l’oeuvre comme autant de trips hallucinogènes.

Véritable expérience qui se goûte en solitaire, car elle ne concerne que soi et ne se partage pas, The Sublime est un véritable OVNI musical, que l’on se plaira à adorer ou détester. Bien que formant un groupe différent, ce projet est incontestablement à inscrire dans la lignée du travail de recherche musicale qu’effectue Blut Aus Nord depuis déjà plus de 20 ans – la différence essentielle tient à la composition, non basée sur les guitares, mais sur les autres éléments, sons de basse et synthés -, défrichant sans cesse de nouvelles terres où la musique rejoint l’esprit et tend à réveiller les âmes. Y adhérer demande un effort incontestable, mais le voyage en vaut assurément le détour, jusqu’à arriver à l’ultime étape, le superbe et bien nommé Textures of Silence, sorte de lumière apaisante après l’ultime épreuve qu’était Reverso. The Sublime est à écouter pour ce qu’il est : non un titre d’album pompeusement mérité, mais un chemin dont l’issue se mérite, avec au bout, peut-être, le Saint Graal. Donnez sa chance à cet album, très loin de l’étiquette arty que l’on serait en droit, un peu trop vite, de vouloir lui coller.

Pour terminer, un nouvel album de Blut Aus Nord est d’ores et déjà annoncé pour septembre, et suivra l’écriture du second album de Yerûšelem, qui n’est donc pas une aventure sans lendemain. Ils sont forts ces français ! Et merci à Debemur Morti de laisser de tels artistes s’exprimer en toute liberté !

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Bandcamp : vite y’a déjà plus beaucoup de vinyles et cd’s !

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A propos Herbert Al West - Réanimateur Recalé
Grand amateur de films d'horreur et de musiques de films, j'ai découvert le monde du metal par ce biais là. D'abord de façon presque subliminale en découvrant, jeune adolescent impressionnable, le clip d'Alice Cooper réalisé pour Vendredi 13, Chapitre VI (la chanson He's Back, The Man Behind The Mask). Mais c'est surtout le visionnage du film Shocker (Wes Craven, 1989) et sa formidable bande son qui me firent basculer du côté obscur. J'ai donc commencé par Alice Cooper, Kiss, Megadeth, Bonfire et pas mal d'autres. Mes goûts en matière de metal sont très variés, selon l'humeur, allant de l'AOR au Death Metal en passant par beaucoup de Heavy classique, du Thrash et du Prog, sans oublier le Metal Sympho. Les albums que j'ai le plus usé sur ma platine sont incontestablement : Rust in Peace, de Megadeth, Painkiller, de Judas Priest, Seventh Son of a Seventh Son, d'Iron Maiden, Antichrist Superstar, de Marilyn Manson, Great Escape, de Seventh Wonder, The Divine Wings of Tragedy, de Symphony X, In Their Darkened Shrines, de Nile, Victory Songs, d'Ensiferum, 1614, d'Opera Diabolicus, At The Edge of Time, de Blind Guardian, Herzeleid, de Rammstein, Opus Eponymous, de Ghost, Seasons in the Abyss, de Slayer, Hell Destroyer, de Cage, Bent out of Shape, de Rainbow, Legendary Tales, de Rhapsody, Cruelty and the Beast, de Cradle of Filth, Battle Magic, de Bal-Sagoth, A Retrospective, d'Empyrium, The Fourth Legacy, de Kamelot, Horrorscope, d'Overkill, Panzer Division Marduk/Nightwing, de Marduk, et l'intégrale de Dio, d'Alice Cooper et d'Iced Earth ! Je déteste voir de brillants projets sombrer dans l'oubli et le split pur et simple, comme par exemple le sublime Slaves for Life d'Amaseffer, qui restera à mon avis fils unique à tout jamais. J'ai tenu un blog orienté metal, mais aussi BOF et films tout court. Mais il me manquait pour m'épanouir de rejoindre cette bande de fous que forment les Seigneurs du Chaos ! Ah oui, et comme vous l'avez remarqué, j'adore écrire long...

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