[Chronique] VHÄLDEMAR – Shadows of Combat

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Vhäldemar est un paradoxe. Pensez-donc, un groupe qui porte un nom digne des légendes de Siegfried et des Nibelungen, celles qui inspirèrent à Tolkien l’idée du célèbre Anneau du Mordor ; un style musical fleurant bon le heavy des eighties, largement saupoudré de speed germain. Difficile en effet de ne pas penser à Accept et Gamma Ray en écoutant Vhäldemar. Et pourtant, quand on se plonge dans la biographie du groupe, on se rend compte qu’il est né à la toute fin du siècle dernier, en 1999, dans les chaudes et vertes contrées d’Espagne, et plus précisément dans le mystère insoluble des terres basques ! Si ce n’est pas une promesse de caractère cela !

L’école espagnole n’a jamais été avare en groupes de talents, et il n’est de secret pour personne que leur inspiration, même si elle se parfume souvent d’une couleur locale fortement marquée (l’accent, quelques accords de guitare purement ibériques), doit largement à la scène anglo-saxonne. Tierra Santa, Baron Rojo, autant de groupes qui doivent beaucoup à la NWOBHM, et plus particulièrement à Iron Maiden. Vhäldemar aime effectivement les passes de guitares façon Vierge de Fer, mais son identité et son style sont bien plus proches de celles des chevaliers teutoniques susnommés ! Et ce n’est pas Shadows of Combat qui changera la donne, même si quelques jolies nuances vont apparaître ici ou là.

Et nous en arrivons à l’ultime paradoxe : Shadows of Combat, qui déboule en 2018 dans les bacs européens, sort un an après Against All Kings, cinquième album du groupe, alors qu’il s’agit pourtant du… quatrième effort des espagnols, paru en 2013 ! Pfiouuuu. Bon, en fait, c’est très simple, les premiers albums avaient été auto-produits, et sortis de façon plus que confidentielle, ce qui était fort dommage tant l’oeuvre des ibères est digne d’intérêt. C’est le label Fighter Records qui se charge désormais de la distribution hors du territoire national. Un bon dépoussiérage en règle, et hop, nous est livré un heavy digne du « label » deutsche qualitate, au ton certes classique, mais suffisamment véloce et efficace pour donner envie de se pencher sur l’oeuvre du quintet avec plus d’attention.

Vhäldemar, c’est tout d’abord un groupe rompu à l’exercice du heavy carré et efficace. Il a tourné dans nombre de festivals auprès de pointures telles que Megadeth, Amon Amarth ou Arch Enemy, et n’a absolument pas à rougir dans la catégorie qu’il défend depuis bientôt vingt ans, le power speed teuton… parfumé au chorizo ! Vous aimez les voix hurlées aux cordes vocales tendues comme un arc sur le point de rompre ? Carlos Escudero va vous ravir ! Son timbre oscille entre le style déchiré à la Dirkschneider/Tornillo et celui d’un Patrik Nils Johansson, époque Civil War, jouant au second degré les vieux briscards ayant traversé en collectionnant les cicatrices tous les conflits du monde. Côté rythmique, ça ne rigole pas non plus avec la paire Adolfo WB – bassiste plus que doué qui se fait remarquer dès les premières notes du fougueux Rock City – et Gonzalo Garcia, qui matraque ses fûts comme un beau diable, avec une énergie largement communicative, s’avérant un atout majeur pour le combo. Rajoutez à cela la guitare de Pedro J. Monge, aussi habile en rythmique qu’en soli, ainsi que les claviers de Jonkol Tera – certes plus discrets -, et vous obtenez une mixture prête à réveiller les rangs amorphes peuplant le fond de la salle et dont les bras soudain se décroisent et se lèvent en faisant le signe du cornu.

Alors ok, Vhäldemar ne révolutionne pas le genre, mais son ambition est ailleurs. En solide artisan représentatif d’un heavy que certains pourraient dire daté, le groupe se révèle plus qu’intéressant, brillant par son énergie et sa sincérité. Prenant des accents hard-rock sur le morceau déjà cité, Rock City, devenant power metal sur le titre éponyme, virant Accept-style sur Danger Street, mais le groupe sait également concocter d’autres petites surprises, créant ainsi un style qui emprunte ici ou là sans jamais plagier pour finalement devenir personnel. Et non content de livrer des morceaux solides, les ibères savent également interpréter de véritables hymnes. Puisque nous parlions d’Accept, groupe désormais pépère (je vais me faire flageller par les fans die-hard !) stagnant depuis quelques albums dans le train-train imposé par le diktat d’Hoffmann, ils commencent à dater les Teutonic Terror et autres Stalingrad. Alors quand on entend le phénoménal Power of the Night, hargneux et puissant comme un atemi donné par un géant du catch et doublé par un chokeslam des familles, on se dit que la relève serait en droit de prétendre à l’exposition de ses aînés. Côté surprise, on peut également noter The Rest of My Life, commençant en rythmique à la Megadeth, évoluant façon power allemand pour sur le refrain s’emparer de l’efficacité de l’inattendu Lordi (certes, la voix n’est pas la même, mais le phrasé, la rythmique travaillée, sont en tous points similaires). On termine avec l’ultime cadeau offert par le titre bonus, spécialement réalisé pour cette réédition et issu des sessions de Against All Kings : avec King of the Night ont revient vers un heavy différent, plus orienté hard-rock, lorgnant carrément vers le savoir-faire imparable des suédois d’Eclipse, avec une touche plus pesante façon Pretty Maids (et ça tombe bien, puisque le leader du premier, Erik Mårtensson, a fondé avec celui du second, Ronnie Atkins, le all-star-band Nordic Union !). Il y en aura même pour ceux aimant les instrumentaux, car vous aurez à vous mettre entre les oreilles, avec Oblivion, un délicieux titre acoustique comportant cet inimitable son de guitare propre au patrimoine musical espagnol.

Amoureux d’un metal mêlant racines traditionnelles et un son bien moderne (chapeau à la production !), Vhäldemar va vous ravir avec cet album ayant un autre attrait, et pas des moindres, celui de ne pas jouer les prolongations inutiles. Shadows of Combat vous offre 45 minutes de heavy carré, ni plus ni moins. Sans aucun temps mort, il vous donne juste envie d’appuyer sur replay tout en continuant à taper du pied comme un damné !

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