[Chronique] THE ORDER OF ISRAFEL – Red Robes

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Red Robes

Note : 10/10

Issus d’une scène scandinave déjà riche en brûlots inspirés, les suédois de The Order of Israfel ont marqué 2014 en sortant Wisdom, un premier album de heavy doom fort d’une incontestable personnalité, alternant les longs morceaux (Wisdom, Promises Made to the Earth, 10 et 15 minutes quand même !) maintenant sans peine l’intérêt malgré la durée, et les titres en forme de hits imparables (On Black Wings, a Demon).

Pas question de faire redescendre la sauce ! C’est ainsi que nous est asséné Red Robes, nouvel opus des chevelus (oui, le style doom impose un look hirsute et roots, carrément fun si on l’accompagne de fringues vintage !). Et force est de constater que l’inspiration n’a pas quitté les membres du quatuor. La réussite de The Order of Israfel est de dépasser le cadre du doom pour proposer quelque chose de plus varié, de plus personnel et ne renvoyant pas simplement au canon édicté par Black Sabbath en ses premières années. On est ainsi capté d’emblée par l’intro folk au style yiddish de Staff in the Sand, juste avant que ne retentisse l’épaisseur des riffs typiques du genre, comme si l’on nous tirait dessus à coups de balles doom-doom (mouahahaha !) ! Épais et lourd à souhait, le morceau s’envole lors d’un solo de folie ressemblant à la maîtrise d’un étalon furieux. Impressionnant !

La voix ample, puissante sans forcer, du leader Tom Sutton, suédois d’adoption mais australien de sang, force le respect, amusant tour à tour avec son style rappelant bien sûr un certain Ozzy Osbourne (en moins nasale) et sa façon si particulière et pas très scandinave de rouler les “r”.

Les “woowowooowooo” du morceau éponyme réserveront aux fans de bons moments pour s’amuser en live, même s’il est clair que tout cela se fera dans une ambiance sobre et funèbre propre au style, façon recueillement et convoi funéraire. Satanique est l’ambiance de In Thrall to the Sorceress (prononcer sorcerrrress !). Acoustique et séduisante en diable est celle du magnifique Fallen Children, morceau qui pourrait sans peine illustrer l’imagerie rétro et décalée d’un western de Tarantino. Maîtrisant à la perfection les ruptures de tons, le groupe nous balance au moment le plus inattendu le terrible A Shadow in the Hills :  émergeant de brumes et landes en noir et blanc, installant une atmosphère angoissante issue des vieux films Universal des années trente – The Wolf Man en tête -, une incroyable rythmique doom’n roll déboule et nous cloue sur place avec son phrasé tout en “rrrr” et allitérations balancées à une allure phénoménale. Le genre de titre qui va creuser et user les sillons du vinyle ! Imparable ! Une tuerie à faire couler la bière à flots !

Et The Thirst arrive, dernier tour de piste et pas des moindres, puisqu’il va vaincre d’une tête le plus long morceau créé par le groupe, culminant au sommet de 16 minutes de doom à la lenteur entêtante, s’imposant comme un chemin de croix, nécessaire et douloureuse agonie, petite mort repoussant l’orgasme par saccades plus que par violente éclaboussure. C’est beau, c’est triste, la guitare y vibre de feeling et la voix nous enfonce dans la plus délicieuse des noirceurs, basse et batterie sonnant le tressaut de nos passions les plus languides. Sacrée pioche que Napalm Records a déniché.

Je pourrais étirer mon propos comme Sutton et sa bande le font avec leurs instruments, mais la beauté de cet album me pousse à vous quitter pour tout simplement… y retourner !

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