[Chronique] SLEEPWALKER (夢遊病者) – 5772

Herbert Al West - Réanimateur Recalé

Herbert Al West - Réanimateur Recalé

Grand amateur de films d'horreur et de musiques de films, j'ai découvert le monde du metal par ce biais là. D'abord de façon presque subliminale en découvrant, jeune adolescent impressionnable, le clip d'Alice Cooper réalisé pour Vendredi 13, Chapitre VI (la chanson He's Back, The Man Behind The Mask). Mais c'est surtout le visionnage du film Shocker (Wes Craven, 1989) et sa formidable bande son qui me firent basculer du côté obscur. J'ai donc commencé par Alice Cooper, Kiss, Megadeth, Bonfire et pas mal d'autres. Mes goûts en matière de metal sont très variés, selon l'humeur, allant de l'AOR au Death Metal en passant par beaucoup de Heavy classique, du Thrash et du Prog, sans oublier le Metal Sympho. Les albums que j'ai le plus usé sur ma platine sont incontestablement : Rust in Peace, de Megadeth, Painkiller, de Judas Priest, Seventh Son of a Seventh Son, d'Iron Maiden, Antichrist Superstar, de Marilyn Manson, Great Escape, de Seventh Wonder, The Divine Wings of Tragedy, de Symphony X, In Their Darkened Shrines, de Nile, Victory Songs, d'Ensiferum, 1614, d'Opera Diabolicus, At The Edge of Time, de Blind Guardian, Herzeleid, de Rammstein, Opus Eponymous, de Ghost, Seasons in the Abyss, de Slayer, Hell Destroyer, de Cage, Bent out of Shape, de Rainbow, Legendary Tales, de Rhapsody, Cruelty and the Beast, de Cradle of Filth, Battle Magic, de Bal-Sagoth, A Retrospective, d'Empyrium, The Fourth Legacy, de Kamelot, Horrorscope, d'Overkill, Panzer Division Marduk/Nightwing, de Marduk, et l'intégrale de Dio, d'Alice Cooper et d'Iced Earth ! Je déteste voir de brillants projets sombrer dans l'oubli et le split pur et simple, comme par exemple le sublime Slaves for Life d'Amaseffer, qui restera à mon avis fils unique à tout jamais. J'ai tenu un blog orienté metal, mais aussi BOF et films tout court. Mais il me manquait pour m'épanouir de rejoindre cette bande de fous que forment les Seigneurs du Chaos !
Ah oui, et comme vous l'avez remarqué, j'adore écrire long...
Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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Amoureux des expériences musicales borderline, cette chronique pourrait bien vous intéresser, et au delà des mots, l’EP dont elle va tenter de causer ! J’emploie volontairement le verbe « tenter » car l’expérience descriptive est ici peu aisée. Peut-être touche t-on de près la notion d’Indicible chère à Lovecraft, cette notion qui fait que toute horreur dont nous parle le narrateur est d’autant plus affreuse qu’elle ne peut être décrite selon des critères maîtrisés par le vocable humain, car touchant à quelque chose qui vient d’ailleurs, du plus profond de cet inconnu que renferme l’espace et le temps, en cet endroit où les lois de la physique n’ont plus le moindre sens pour nous, pauvres humains.

Sleepwalker est déjà, du simple fait de sa composition, une véritable chimère musicale : géométrique tout d’abord, car formant un triangle reliant Osaka (Japon), Tver (Russie) et New-York (Etats-Unis). Culturelle ensuite, les trois membres venant d’horizons brassés par des influences forcément étrangères l’une à l’autre, si ce n’est l’amour d’une certaine musique. Et cette musique, elle est sacrément barrée ! On pourrait parler sans doute de jazz metal extrême, de psychedelic black metal, d’expérimental plus simplement.

Pour bien comprendre la musique de Sleepwalker, il faut comprendre comment ces musiciens s’y sont pris pour capter cet OVNI musical qu’est leur second EP, 5772. Pour l’enregistrement du premier EP, le délicieusement nommé 統合失調症の飢餓(hum, Reverso m’a sorti comme traduction « famine de schizophrénie« , pourquoi pas, ça me paraît coller), chaque musicien avait enregistré sa partition de son côté, individuellement, à la manière littéraire du délire des « cadavres exquis » : vous savez, ce système anarchiste qui consiste à noter des mots sur des bouts de papiers puis de les coller ensemble, de façon aléatoire, et de former des phrases ! On mélange, on malaxe, on mixe, et bonjour le gloubiboulga musical ! Pour le nouvel effort, la méthode fut toute autre : un seul lieu d’enregistrement, Namangan, dans lequel le trio – PBV (guitare, voix, effets), NN (basse) et KJM (batterie) – se réunit durant une petite semaine pour capter live leur inspiration du moment. On y parle de rituels culturels (forcément chaotiques, au vu des origines diverses des membres du groupe), et de mort. Vous dire à quoi cela peut bien ressembler est un exercice périlleux, car je ne vois pas grand chose qui ressemble à ce que nous propose le trio. On pense au free jazz, c’est certain, notamment grâce au jeu de cette batterie se la jouant souvent feutrée, à cette guitare se prenant pour un saxo, solotant comme au sein d’un brouillard épais. On pense à l’expérimental, bien sûr, au rock psychédélique, comme une fugue des années 70 sous LSD. Tout cela nous amène imperceptiblement sur les rives du krautrock, avec notamment tous ces effets venus de l’espace rendant l’objet si étrange. Il y a comme une aura de black metal aussi, avec l’agressivité des vocaux – digne du théâtre kabuki sur Only Stones -, mais surtout cette épaisseur mystique et crasseuse qui jette une aura de ténèbres sur l’ensemble, magma dévorant qui s’étale et ronge peu à peu tout sur son passage.

Pour citer quelques références (qui n’en sont probablement pas), j’ai pensé à la tête qu’avait dû faire Zappa en découvrant ces déjantés d’Alice Cooper alors que tout le monde détestait la musique non-sensique que ces derniers livraient avant de coucher sur albums, grâce au producteur visionnaire, Pretties For You et Easy Action (de gros flops commerciaux cela dit, mais l’art est ingrat, c’est ainsi). Il est possible aussi de songer à Mr Bungle (et notamment son fabuleux Disco Volante) en écoutant le délire qu’est Plain Wood, bordel vocal et sonore sans nom. Le groupe cite lui-même comme référence l’énergie brute de Voivod et G.I.S.M., combo japonais assez frappadingue. La basse est lourde, épaisse, comme sur Black Ribbon, morceau sur lequel elle rajoute une tonalité toute particulière, menaçante. La guitare s’engage le plus souvent dans des soli discrets, joués presque en retrait, comme un mince filet de lumière émergeant du brouillard dans lequel nous noie le chaos de la rythmique. Elle vrombit aussi cette guitare, saturée jusqu’à l’excès comme sur Only Stones, avant de lancer des éclairs à la limite du larsen. No Flowers est probablement le morceau le plus abordable du disque. Il débute de belle façon, typé seventies, avec une batterie légère, un riff agréable à l’oreille. La voix y est plus en retrait, comme si ce titre se voulait le plus lumineux de l’effort. Puis on s’enfonce peu à peu dans le psychédélique le plus obscur, et l’on perçoit comme des formes se gonfler, se dégonfler, comme ces agglomérats de cire qui changeaient sans cesse de forme dans la lumière des lampes à lave à la mode dans les années 70.

Sleepwalker est ainsi un être protéiforme, une sorte de lampe à lave musicale. Tantôt épaisse comme du doom ou du black, tantôt folle comme un délire psychédélique, tantôt libre comme une impro de jazz, elle ne cesse de muter, ne vivant que par l’énergie des musiciens qui l’animent. Il est certain que cette musique n’est à conseiller qu’aux esprits les plus aventureux. Il est certain aussi qu’elle ne vous laissera pas de marbre, vous donnant envie de recommencer, ou d’arrêter l’aventure avant la fin du disque. Félicitations au courageux label Annapurna Records, label italien des musiques… non conventionnelles.

En parlant de disque, le groupe a apprécié le fait de mixer le tout et de l’enregistrer sous format cassette, avec en Face A le second EP et en B le premier (ouais, cherchez pas). Collector… et hors de prix… Discogs. C’est épuisé sur Bandcamp mais l’achat numérique est possible bien sûr.

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A propos Herbert Al West - Réanimateur Recalé
Grand amateur de films d'horreur et de musiques de films, j'ai découvert le monde du metal par ce biais là. D'abord de façon presque subliminale en découvrant, jeune adolescent impressionnable, le clip d'Alice Cooper réalisé pour Vendredi 13, Chapitre VI (la chanson He's Back, The Man Behind The Mask). Mais c'est surtout le visionnage du film Shocker (Wes Craven, 1989) et sa formidable bande son qui me firent basculer du côté obscur. J'ai donc commencé par Alice Cooper, Kiss, Megadeth, Bonfire et pas mal d'autres. Mes goûts en matière de metal sont très variés, selon l'humeur, allant de l'AOR au Death Metal en passant par beaucoup de Heavy classique, du Thrash et du Prog, sans oublier le Metal Sympho. Les albums que j'ai le plus usé sur ma platine sont incontestablement : Rust in Peace, de Megadeth, Painkiller, de Judas Priest, Seventh Son of a Seventh Son, d'Iron Maiden, Antichrist Superstar, de Marilyn Manson, Great Escape, de Seventh Wonder, The Divine Wings of Tragedy, de Symphony X, In Their Darkened Shrines, de Nile, Victory Songs, d'Ensiferum, 1614, d'Opera Diabolicus, At The Edge of Time, de Blind Guardian, Herzeleid, de Rammstein, Opus Eponymous, de Ghost, Seasons in the Abyss, de Slayer, Hell Destroyer, de Cage, Bent out of Shape, de Rainbow, Legendary Tales, de Rhapsody, Cruelty and the Beast, de Cradle of Filth, Battle Magic, de Bal-Sagoth, A Retrospective, d'Empyrium, The Fourth Legacy, de Kamelot, Horrorscope, d'Overkill, Panzer Division Marduk/Nightwing, de Marduk, et l'intégrale de Dio, d'Alice Cooper et d'Iced Earth ! Je déteste voir de brillants projets sombrer dans l'oubli et le split pur et simple, comme par exemple le sublime Slaves for Life d'Amaseffer, qui restera à mon avis fils unique à tout jamais. J'ai tenu un blog orienté metal, mais aussi BOF et films tout court. Mais il me manquait pour m'épanouir de rejoindre cette bande de fous que forment les Seigneurs du Chaos ! Ah oui, et comme vous l'avez remarqué, j'adore écrire long...

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