[Chronique] SEPULTURA – Bestial Devastation

Mike Elektrökuthör

Mike Elektrökuthör

Archéologue du Metal (Thrash Old School en particulier) à la recherche de la petite pépite méconnue ou mésestimée. Les 80's/90's regorgent de groupes comme ça et c'est mon devoir de les trouver, les écouter et partager mon avis sur ma découverte.
Mike Elektrökuthör
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Décidemment, le Brésil ne me lâchera jamais. J’ai beau causer de groupes comme MUTILATOR, SEXTRASH, HOLOCAUSTO, SARCOFAGO, il y en a un que l’on n’a pas encore évoqué, c’est SEPULTURA.

En même temps, tout a déjà été dit à leur sujet. Il n’est vraiment pas utile de présenter ce groupe qui est parti de très bas pour se payer le luxe de caresser les cieux vu la fulgurante ascension dont il a fait preuve. Bien sûr, dès qu’il y a apogée, il y a forcément un déclin qui s’amorce par la suite et les exemples ne manquent pas (METALLICA, SLAYER, IRON MAIDEN… pour ne citer qu’eux).
Pour ma part, l’apothéose c’est « Beneath The Remains », qui est à mes yeux leur meilleur album. Et le déclin s’est fait à partir de « Arise » et « Chaos A.D. » qui sont à peu près potable. La chute s’est faite avec « Roots » qui est le genre d’album que tout le monde adule mais que je déteste. On a tous ce genre d’album qui nous colle des boutons alors que la majorité semble y vouer un culte.
Mes albums « bêtes noires » sont « Roots », « Toxicity » de S.O.A.D., la discographie de GOJIRA et de GHOST et le « Black Album » de METALLICA.
Mais il y a aussi les albums que tout le monde déteste et que, pour des raisons inconnues, on pourrait partir en croisade pour les défendre. Pour ma part, je pourrais tenir des heures à défendre des albums comme « Jugulator » de JUDAS PRIEST, « I Am The Night » de PANTERA, « The X Factor » d’IRON MAIDEN et bien sûr « Bestial Devastation » de SEPULTURA.

Sorti en 85 sous la forme d’un split avec OVERDOSE et réédité au format EP en 90, « Bestial Devastation » est le genre de disque qui divise la masse. Il y a ceux qui aiment et ceux qui détestent. Malheureusement, je suis souvent tombé sur la 2ème catégorie. Ce qui a donné lieu à de splendides débats de hautes volées avec des arguments implacables comme :
– T’es qu’un con, sors toi la tête de ton Roots de mes deux !!
– Le son est trop pourri donc c’est de la merde et en plus y’a pas Andreas Kisser donc c’est même pas du vrai Sepu’ !!

Passionnant.

Bref. Si j’aime autant ce disque, c’est pour plusieurs raisons. La 1ère, c’est parce qu’il est drôle de voir 3 membres du groupes qu’on a connu avec des gueules de méchants se traîner des bouilles de bébés.
La 2ème, la naïveté dû à la jeunesse du groupe (ils ont tous entre 15 et 17 ans) rend tout leur folklore touchant voire même attendrissant. Que ce soit le look Evil ou les pseudos plus ridicules les uns que les autres (Max Possessed, Igor Skullcrusher, Paulo Destructor et Jairo Tormentor), on aurait presque envie de prendre leurs visages entre les mains et de leur faire un bisou sur le front en leur disant que ce n’est pas grave, leur glisser un suppo et au lit avec leurs doudous.
La 3ème, c’est justement quand on est aussi jeune qu’on est le plus déterminé dans ce qui nous passionne. SEPULTURA nous offre là, une musique sincère qui sort du cœur et des tripes. Ils sont à fond dans leur délire et c’est cette franchise qui rend « Bestial Devastation » fantastique. Tout est fait avec les (faibles) moyens du bord, le studio est tout pourri, ce qui explique la « qualité de l’enregistrement », le niveau des musiciens est relativement mauvais, la voix est cagneuse, les textes sont moisis. Même le budget « pochette d’album » est si faible que c’est un pote au groupe qui l’a fait dans une discrétion absolue car les parents du « peintre » était à la limite de l’intégrisme catholique et n’aurait pas toléré un tel blasphème (véridique, un truc comme ça ne s’invente pas).

Ce côté amateur parfaitement assumé permet de sentir toute la hargne du groupe car on ne se retrouve pas submergé par des rajouts intempestifs, des effets à tire larigot qui gâchent le côté « Raw » qui se dégage de chaque titre. De plus, la simplicité des riffs (« Antichrist », « Bestial Devastation ») révèle au grand jour le niveau très bas de chaque membre mais ça n’est pas pour autant que ces derniers composent de la bouse (« Necromancer », « Warriors Of Death »). Chaque morceau contient forcément un passage bien bandant et c’est ce qui fait la force de ce disque.

Il est important de noter aussi le style pratiqué ici est très proche du Thrash dans l’ensemble mais on y retrouve des éléments propre au Death Metal comme le chant semi guttural, la batterie en mode épileptique (« Antichrist »). De là, à leur attribuer la paternité du genre, il n’y a qu’un pas que je n’oserai pas franchir, même s’il m’arrive de me demander si c’est un pur hasard ou si SEPULTURA a eu un temps d’avance sur certains. Ce côté Death Metal sera beaucoup plus renforcé sur « Morbid Visions » mais toujours avec ce côté Thrash très prononcé.

Pour un 1er effort studio, nos 4 bambins ne s’en sortent pas trop mal. C’est dommage que le reste de leur discographie (jusqu’à « Beneath The Remains ») fasse passer cet EP pour un truc tout pourri car il souffre évidemment de la comparaison avec tout ce qui s’est fait par la suite. Pourtant, l’énergie et la conviction qui découle de « Bestial Devastation » méritent amplement une oreille plus attentive afin d’en extraire toutes les qualités qu’il recèle.

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A propos Mike Elektrökuthör
Archéologue du Metal (Thrash Old School en particulier) à la recherche de la petite pépite méconnue ou mésestimée. Les 80's/90's regorgent de groupes comme ça et c'est mon devoir de les trouver, les écouter et partager mon avis sur ma découverte.

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