[Chronique] SEIDE, POKERFACE, TAMAN SHUD, ENTROPIA INVICTUS, REDSPHERE, BLEED, INFINITYUM… un petit tour du côté de chez M&O !

Bernard-Henri Leviathan

Bernard-Henri Leviathan

Chroniques, live reports, interviews, piraterie psychique… et danses de salon !

Styles de prédilection : Heavy, Speed, Black et Proto-black, Avant-garde, Doom, Thrash,…et plus ça sonne vieux, plus c’est savoureux!

Albums cultes: Angra “Holy Land”, Helloween “Walls Of Jericho”, Megadeth (… n’importe quel album entre “Killing Is My Business…” et “Cryptic Writings”), Death “Sound Of Perseverance”, Black Sabbath “Black Sabbath”, Ghost “Opus Eponymous”, Therion “Theli”, Mercyful Fate “Melissa”, Immortal“Battles In The North”, WASP “The Crimson Idol”, Yngwie J. Malmsteen “ Trilogy”, Notre Dame « Nightmare Before Christmas », Arcturus « La Masquerade Infernale », etc.

Devise : « Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire » - Baudelaire
Bernard-Henri Leviathan

C’est à la sortie du superbe album « Perdition » du groupe ZAANG que j’ai pris contact avec le label français indépendant M&O… et, depuis, plusieurs albums ont coulé sous les ponts. Il était temps de se replonger dans quelques représentants du catalogue très fourni, parus ces derniers mois. Vous verrez, le label brasse large, sur un champ plutôt moderne, pas forcément toujours ma tasse de thé donc pour certaines choses mais de belles découvertes pour d’autres. Quant à vous, petits lecteurs, pour sûr que vous y ferez bonne pioche en fouinant un peu !

 

TAMAN SHUD – Dogs and Gods (sortie 28.10.2016 – France)

L’affaire « Taman Shud », qui a secoué l’Australie à l’aube des années 50, avait déjà inspiré dans les années 70 un groupe de Rock Prog australien, rétablissant alors la bonne orthographe avec leur patronyme « TAMAM SHUD ».  Un mystère au goût de meurtre, de sable chaud, illustrant bien la musique de nos nordistes qui proposent ici un Stoner Rock pas piqué des vers. Tout commence par un riff purement Doom avant de laisser place au gros Rock Sludge bourré d’énergie qui a déjà commencé à faire la renommée du groupe. 9 titres où les riffs de plomb s’enchaînent et accompagnent une voix rugueuse, hurlée, puissante. Le son général nous ramène forcément à KYUSS ou à nos chers MARS RED SKY, le chant graisseux en plus. Cet album est particulièrement bien écrit et pensé entre titres énervés et facette plus ambiancée et planante, même s’il ne révolutionne pas le genre. Quelques riffs un peu plus frais s’extirpent de ce mur du son et ces gars se font parfois explorateurs de certaines sonorités électriques. En dépit du visage cramé par les rayons brûlants du soleil et la poussière agressive, on passe un agréable moment avec cet album musclé, à la croisée entre l’ancien et le moderne. Voilà qui, après quelques mois de retard, devrait bien accompagner votre cagnard de juillettistes veinards !

 

REDSPHERE – Facts (sortie : 06.01.2017 – Nouvelle Calédonie)

Oui, Nouvelle Calédonie… comme quoi, ce n’est pas un peu d’eau salé qui fera barrage à notre cher mouvement musical qui, insidieux mais non pervers (quoique…), sait se faufiler partout ! Toute jeune formation, puisque née en 2015,  REDSPHERE nous balance ici son premier EP. Après une introduction bruitiste, « Facts » est fait de Death et de Thrash moderne prenant racines chez des petits noms tels que SEPULTURA, SOILWORK, voire FEAR FACTORY. Objectif : efficacité avant tout, peu importe si le tout se fait un brin redondant. Les riffs vont droit au but, remplissant bien l’espace dans une certaine tradition moderne, alors que la voix module ses growls entre graves et aigus. On notera une composition plus décomplexée sur « Falling Mirrors », dernier titre sur les 7 que compte le disque, qui se voudra plus rampant et malsain sur un tempo ralentissant en milieu de morceau. Le disque bastonne est trouvera sans nul doute son public chez les amateurs de coups de boule, tout de même pas trop regardants sur l’originalité.

 

BLEED – Chaos Impact (sortie : 27.01.2017 – France)

Alors que l’écoute m’apparaît, de prime abord, fastidieuse, n’étant pas grand fan de Metal moderne, je découvre un groupe avec une nette volonté de brasser des horizons variés. En effet, « Chaos Impact », premier album de BLEED – le temps de stabiliser un line up fort pour le défendre, marie autant de Thrash moderne, de réminiscences Metalcore, que de Death mélodique, de quelques touches Heavy, voire de Power Metal dans les instants de bravoure (« War Brothers »). Cette diversité est également endossée par le chant voyageant entre growls, voix  criée et thrashy, passages clairs graves appuyant l’alternance de refrains mélodiques confrontés à des couplets plus musclés. Il y a un vrai travail d’écriture sur les guitares semant des riffs attrayants et assassins ainsi que de bonnes mélodies et de belles interventions solistes tout au long des divers morceaux. Le niveau technique du groupe est à saluer ! C’est inscrit dans notre époque mais je regrette toujours ce trig de batterie qui enlève tout de même une part d’humanité à l’instrument… Au delà de cela, voici donc un album qui offre une bonne diversité permettant de ne jamais tomber dans l’ennui. Les fans de MACHINE HEAD, LAMB OF GOD, ou AVENGED SEVENFOLD dans une moindre mesure, devraient d’ailleurs se pencher sur le sujet, si ce n’est pas déjà fait !

 

INFINITYUM – Lord Of The Infinite (sortie : 27.01.2017 – France)

Même pas un an après sa naissance, ce groupe nantais débarque avec un premier album d’Epic Pagan Metal et ce que je peux d’emblée dire, c’est que les fans du genre se plairont à s’y plonger. Tout y est : une intro bien fantasy/symphonique – ticket d’entrée pour le Valhalla – quelques instrumentations plus folk, une bonne base rythmique sachant enjouer les cœurs, des atmosphères de contes et légendes, de conquête et d’aventure, des batailles dans lesquelles le sang coule à flot sur une mère nature pas encore souillée de nos débris. Les chansons avancent au rythme du glas résonnant pour les guerriers et au travers de belles harmonies de guitare. C’est épique comme un TURISAS, comme un ENSIFERUM, parfois comme un BATTLELORE… comme un, comme un… oui… là est un peu le problème à mon sens. Si l’album est extrêmement bien fait, très professionnel, s’il comporte beaucoup de choses agréables dans ses ambiances, il peine à me sortir de l’idée qu’il sonne d’une manière assez interchangeable avec bien d’autres albums du genre, autant au niveau de la voix que du son des instruments. C’est dommage. Même si, en live, tout ceci doit avoir un bien bel impact et c’est sur cet atout que le groupe semble compter. La dernière piste du disque offrira cependant une échappatoire très intéressante, plus symphonique et avec la découverte d’un petit passage en voix clair tombant juste comme j’aime. Un disque bien réalisé avec néanmoins une marge de progression possible pour que les cieux s’ouvrent totalement à INFINITYUM.

 

ENTROPIA INVICTUS – Human Pantocrator [Opus Humani] (sortie : 24.02.2017 – France)

Après 2 albums et 2 Eps, ENTROPIA INVICTUS revient en approfondissant encore sa recette d’un Metal noir, Death et orchestral. Le style symphonique a pris beaucoup d’ampleur depuis les débuts 2000, lui conférant un caractère parfois un peu rengaine. Cependant, ici, les orchestrations bien pensées, baroques par moment, dramatiques et alourdissant les atmosphères à d’autres, pas mal fichues de manière globale, font la force de cet album. Dans un tourbillon de cordes, on pense parfois à CHAOSTAR, mais ce sont surtout des groupes tels que SCEPTIC FLESH ou encore FLESHGOD APOCALYPSE (des trucs bien en chair, quoi…) qui viennent à l’esprit. Là-dessous vient se greffer un Metal belliqueux, très rythmique, parfois même un peu décousu. On trouve de belles parties très techniques dans ce « Human Pantocrator » mais on aurait tendance à également perdre le fil au milieu de tous ces roulements rythmiques. Sur ce point, la batterie en fait d’ailleurs un peu trop à mon goût et mériterait de se poser davantage. Dans la volonté de diversifier le propos ou de caresser l’avant-gardisme, on en arrive à regretter que la voix ne se cantonne qu’au registre guttural. Un timbre clair lancinant s’échappe cependant un court instant… peut-être y aurait-il là un terrain de réflexion pour la suite de ce groupe en constante évolution ?

 

SEIDE – Beyond The Fallacy (sortie : 28.04.2017 – France)

Tiens donc, un peu de Black dans ce catalogue, voilà qui n’est pas pour me déplaire! Après un premier album déjà remarqué, SEIDE continue d’explorer sa musique noire à la croisée entre la virulence d’un propos direct et les nuances feutrées du courant post-black. Pas une minute d’ennui sur ce disque aux ambiances s’accrochant directement aux tripes, les saisissant avec les griffes pour n’en laisser qu’une langue meurtrie et ruisselante de sang, que même notre Herbert Al West ne pourrait réanimer à la fin de l’écoute. C’est aussi ce côté très organique ressortant de la musique de SEIDE qui rend le groupe plus attrayant encore. S’il faut attendre presque 2 minutes pour que l’album s’installe, la patience est récompensée. Au milieu des variations de styles, entre arpèges clairs, pure sauvagerie, évolutions rythmiques et structures évolutives, atmosphère de rivage sous la résonance d’une guitare acoustique et de tintement de xylophone, la voix torturée et habitée, privilégiant le français, sait s’ouvrir sur une palette d’émotions… noires de préférence ! Notons également la présence non anodine de Blasphemer (AURA NOIR, ex-MAYHEM) et de Niklas Kvarforth (SHINING) sur 2 des titres de l’album. « Beyond The Fallacy » est un disque qui apporte quelque chose d’intéressant à notre paysage musical, un disque avec une âme, certainement vendue au diable, mais une âme sacrément charismatique.

 

POKERFACE – Game On (sortie : 31.03.2017 – Russie)

C’est avec un beau digipack qui a traversé l’Europe que je termine cet article. J’aurais même envie de dire que j’ai gardé le meilleur pour la fin. Après un EP lui ayant déjà permis de partager de belles scènes, POKERFACE enfonce le clou avec cet album très abouti. Alors que le groupe propose un Speed Metal carré entre Thrash et Death, la bonne surprise viendra de la lady derrière le micro. Avec un timbre de voix terriblement accrocheur et passant de la saturation brutale à l’énergie claire, elle emmène les titres et les rend addictifs, permettant ainsi de faire passer la redondance de rythmes comme une lettre à la Poste! Sa manière d’user de ses cordes vocales, en dehors des growls, me hérisse le poil tant elle sait y mettre d’intensité. Avec des sonorités Thrash assez old-school façon EXODUS ou SODOM, trempées dans un emballage actuel, on pense forcément à ARCH ENEMY ou UNSCARRED du temps où Nelly était au chant. On trouve également de bons plans heavy avec des riffs en « palm mute » typiques. Les soli ont peut-être ce côté un tantinet moins pro en privilégiant la rapide descente de gamme aux plans composés avec fluidité mais l’idée suit bien la démarche générale du contre-la-montre. Après 9 brûlots, « Game On » (la chanson) tiendra le rôle de conclusion en évoluant davantage vers un Heavy classique, dévoilant une belle voix claire et chaude à la manière de SISTER SIN ou DORO. Bref, vous avez compris mon enthousiasme, « Game On » est une grande réussite que je vous conseille vivement de découvrir!

TAMAN SHUD, REDSPHERE, BLEED, INFINITYUM, ENTROPIA INVICTUS, SEIDE et POKERFACE…. sept albums ratissant des genres bien distincts. Le catalogue du label est bien sûr plus fourni, mais voilà qui permet un petit aperçu de ce qu’il est en mesure de proposer. Pour le reste, vous trouverez tout ici : http://www.m-o-music.com Quant à moi, j’ai rattrapé un peu de retard dans mes chroniques, je peux maintenant me casser rejoindre ces veinards de juillettistes!

 

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A propos Bernard-Henri Leviathan
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