[Chronique] SANCTUAIRE – Sainte Mort

Bernard-Henri Leviathan

Bernard-Henri Leviathan

Chroniques, live reports, interviews, piraterie psychique… et danses de salon !

Styles de prédilection : Heavy, Speed, Black et Proto-black, Avant-garde, Doom, Thrash,…et plus ça sonne vieux, plus c’est savoureux!

Albums cultes: Angra “Holy Land”, Helloween “Walls Of Jericho”, Megadeth (… n’importe quel album entre “Killing Is My Business…” et “Cryptic Writings”), Death “Sound Of Perseverance”, Black Sabbath “Black Sabbath”, Ghost “Opus Eponymous”, Therion “Theli”, Mercyful Fate “Melissa”, Immortal“Battles In The North”, WASP “The Crimson Idol”, Yngwie J. Malmsteen “ Trilogy”, Notre Dame « Nightmare Before Christmas », Arcturus « La Masquerade Infernale », etc.

Devise : « Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire » - Baudelaire
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Oui, 10/10 et j’entends déjà d’ici les râleurs. Comment peut-on mettre la note parfaite alors que la perfection n’existe pas?! Comment peut-on mettre la note parfaite à un groupe qui, d’apparence, semble parfaitement imparfait?! On pourrait disserter pendant de longs, très longs paragraphes en s’appuyant sur des concepts philosophiques complexes, seulement, je risquerais de ne plus retrouver personne à la fin de cette chronique. Je pourrais aussi vous dire que nous, petits scribouillards, avons parfois la prétention de détenir un pouvoir, celui du jugement. Et que, si certains aiment à l’user pour démolir son prochain, moi, j’aime à l’employer au service des groupes auxquels je crois. Pas toujours d’objectivité là-dedans mais, que voulez-vous, comme dirait Albert Camus: « L’objectivité n’est pas la neutralité. L’effort de compréhension n’a de sens que s’il risque d’éclairer une prise de parti. Je prendrai donc parti pour finir. ». Ainsi, je répondrai à votre éventuelle frustration par cette simple pensée à laquelle je crois : « la perfection est dans toutes les petites imperfections »!

Je vous entends. Un Heavy Metal francophone d’antan à la technique sans sur-exposition, une voix qui n’épouse pas foncièrement les exigences du corpus Metal et qui peut se montrer fragile par instants, une production qui peut encore gêner les chatouilleux du dernier cri hollywoodien (pénibles ceux-là!), un album très court, etc. Vous n’avez pas totalement tort (mais pas mal quand même) sauf que, ici, tout semble avoir été travaillé pour que quelque chose se passe. Tout semble opérer pour apporter, créer une véritable atmosphère. Car toutes ces petites imperfections contribuent à conforter cette ambiance justifiant, à elle-seule, la grandeur de ce disque.

« Sainte Mort », second album des grenoblois de SANCTUAIRE signé sur le label EMANES METAL RECORDS, s’inscrit dans la continuité du premier (le déjà très bon « L’Empreinte de Lucifer ») en proposant toutefois d’aller encore plus loin. « Sainte Mort », c’est le plus. Plus abouti, plus équilibré, plus fou, plus sombre !

Avec un Heavy speed aux réminiscences d’ADX, KILLERS ou encore MALEDICTION, SANCTUAIRE a néanmoins cette capacité de nous offrir quelque chose de bien particulier. Pas de doute, nous sommes bien faces aux codes du genre, avec cette voix claire insistante, chatouillant quelques aigus, ces guitares harmoniques, ces soli (bien que peu bavards)… mais des codes qui seraient tentés d’approcher le concept de Black Metal, sans en avoir l’apparence. Un peu comme si l’esprit de cette musique extrême venue du froid planait au dessus d’un héritage électrique français. Car « Sainte Mort », à l’image de son visuel d’apocalypse et de martyrs, est une œuvre résolument sombre, menaçante, romantique et cultivant l’art d’une poésie occulte. Rien à voir avec la nouvelle vague du Dark Heavy Metal inspirée par MERCYFUL FATE en tête, non, bien que cette appellation permettrait de définir convenablement la musique de SANCTUAIRE.

« Une Messe Pour l’Enfer » nous plonge dans une ambiance presque religieuse fouettée par une frustration monacale. Les yeux fermés, on se laisserait guidés jusqu’à sentir les stigmates du Christ au bout des doigts. Le chant particulier de Florent B-Manquat ne propose pas forcément de lignes mélodiques tranchées mais se fait théâtral, déclamé comme une oraison malsaine. Tantôt poussé dans des aigus instables, tantôt chuchoté, tantôt accompagné de chœurs fantomatiques, un net sentiment de folie s’en dégage. On approchera même le lyrisme sur le troublant « Les Visages De La Peur ». Le produit est compact, direct, on ne passe pas par 5000 chemins, encore moins ceux de lumière. « La Chambre Ardente », « Sainte Mort », « L’île des sacrifices », les riffs sont acérés et entretiennent l’effet « mur du son ». Le rythme subtilement effréné approche à de nombreuses reprises les blasts du métal noir (« Sainte Mort » en est le parfait exemple). Enfin, chaque mot est posé pour entretenir la versification funeste des textes. Il y a ce qu’il faut de cinématographie dans ce disque entre les cris, le glissement d’une faux, les ambiances sataniques culminantes sur « Interlude/Ruines » et son orgue de cathédrale. Quant à la production ombrageuse, elle est là pour appuyer cette ambiance oppressante.

A côté de cela, « Les Tueurs de L’Eclipse » tient davantage le rôle d’un single par son côté plus mélodique, autant dans le chant que l’utilisation des guitares. Une belle réussite! Et nous trouvons un ré-enregistrement de « Berceau du mal », chanson déjà connue puisqu’elle provient de la démo de 2008 et apparaissait en bonus sur « L’Empreinte de lucifer ». Il ne restera alors qu’à clore sur un bel hommage à HIGH POWER en la reprise de « L’Ange au regard noir ». L’interprétation est à s’y méprendre mais je préfère considérer ce titre comme un bonus tant il apparaît, en dépit du pessimisme de son texte, comme à part du reste de l’album par son côté plus enjoué, plus Hard Rock.

Vous êtes bavards (moi aussi, je vous l’accorde, mais c’est vous qui m’y avez poussé!) et vous n’en démordez pas, vous allez donc peut-être enfin me dire que ce second album prend des airs d’EP étendu avec ses 6 nouveaux titres, son interlude instrumental, « Berceau du mal » déjà entendue et sa reprise de HIGH POWER. Oui c’est court mais intense car rien n’est à jeter. Même la longueur semble jouer sur l’ambiance de messe menaçante. Sans compter qu’à un moment donné, quand on vous menace pendant 3 heures, vous avez 150 fois le temps de vous casser avant qu’il ne se passe quelque chose ! Et puis, rien ne vous empêche d’appuyer à nouveau sur « Play » ou de vous repasser « L’Empreinte de Lucifer »! Enfin, des solutions, il en existe…

En ces temps de noirceur, Papa Emeritus n’a qu’à bien se tenir. Voilà un groupe peu commun qui a su créer, à partir de références évidentes, un concept tout particulier ; à partir de ses faiblesses, une force originelle. Voilà un indécent bon coup de cœur pour Bernard-Henri Leviathan ! Quant à vous, Hordes du Chaos, les ténèbres vous surveillent et vous somment de rejoindre le culte du SANCTUAIRE. Que son nom soit sanctifié!

Nota: Merci ! Alors que je n’ai l’envie que de me passer « Sainte Mort » en boucle, comment vais-je faire maintenant pour avancer sur mes chroniques suivantes?!

 

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A propos Bernard-Henri Leviathan
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