[Chronique] MALEMORT – Ball Trap

Bernard-Henri Leviathan

Bernard-Henri Leviathan

Chroniques, live reports, interviews, piraterie psychique… et danses de salon !

Styles de prédilection : Heavy, Speed, Black et Proto-black, Avant-garde, Doom, Thrash,…et plus ça sonne vieux, plus c’est savoureux!

Albums cultes: Angra “Holy Land”, Helloween “Walls Of Jericho”, Megadeth (… n’importe quel album entre “Killing Is My Business…” et “Cryptic Writings”), Death “Sound Of Perseverance”, Black Sabbath “Black Sabbath”, Ghost “Opus Eponymous”, Therion “Theli”, Mercyful Fate “Melissa”, Immortal“Battles In The North”, WASP “The Crimson Idol”, Yngwie J. Malmsteen “ Trilogy”, Notre Dame « Nightmare Before Christmas », Arcturus « La Masquerade Infernale », etc.

Devise : « Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire » - Baudelaire
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Note : 8.5/10

Le jour où j’ai rencontré Xavier Malemort était un de ceux où le froid de novembre est tenace. D’extérieur seulement car, en passant la porte de l'[Art]Gressif – illustre club de nos contrées lilloises, l’atmosphère flottante relevait davantage d’une moiteur satisfaite de fin de concert avec toute la franche camaraderie allant de pair. Et j’arrivais après, hélas.

Le jour où j’ai rencontré Xavier Malemort, je me suis retrouvé face à un gars content d’être là, communicatif, droit dans ses bottes, un mec intelligent en somme. Le genre de rencontres avec qui tu passes la fin de soirée à discuter de tout, de rien, mais quand même surtout de musique et de scène Heavy Metal ancienne ou en devenir.

Et de toutes ces influences échangées, je m’étais fait une idée presque précise de la musique pratiquée par le jeune homme et ses troubadours des temps modernes. De sorte que, quelques semaines plus tard, en m’étant procuré « French Romances » – le premier album de MALEMORT, je fus quelque peu décontenancé à la découverte d’un timbre de voix plus Rock-Punk et d’une musique plus moderne que le registre traditionnel imaginé. Comme quoi, nous sommes des êtres un peu gauches, faits d’idées reçues et de pensées un brin raccourcies. Passée la surprise, c’était un groupe à l’identité évidente et soignée que je découvrais.

Quatre années plus tard, c’est avec ce « Ball Trap » que MALEMORT décide de refaire surface. Il ne s’était néanmoins pas endormi dans ce laps de temps, affichant régulièrement des prestations remarquées aux côtés de noms réputés, et le voilà qui défraie la chronique à peine ce nouvel album sorti. Difficile de passer à côté et ce serait bien dommage d’ailleurs.

Le groupe enfonce donc le clou et approfondit son style  tourné vers un Metal/Rock bien ancré dans notre ère, prenant racine dans divers sous-genres et surtout au delà des carcans. Ici des titres rentre-dedans (« Ball Trap », « Mille Regards », « « Décadence »), là plus posés (« Mon Nom », « La Fille de Manchester »), ou encore originaux (« Madame », « Cabaret Voltaire »). PANTERA vient à l’esprit, « King For A Day » de FAITH NO MORE aussi, que sais-je encore… et du français bien sûr, parce qu’il y a cette volonté aussi dans l’identité de MALEMORT de prendre soin de notre culture. LOFOFORA, TRUST ou même NOIR DESIR, du Thrash, du Punk, de la fusion, des traces et des traces de ce qui a jalonné l’histoire de notre musique.

Onze titres qui sont autant de chansons « coup de poing » pour un rendu global qui se veut plus compact, plus lourd. Tout y est travaillé pour être immédiat et c’est un parti pris fort agréable dans cette époque où tout le monde veut toujours en faire plus et trop. Les chansons sont courtes, s’enchaînent vite, en toute fluidité, et tout semble construit autour de refrains qui font mouche dès la première écoute. Les mélodies entêtantes très vite assimilées vous poursuivent des heures durant, avec toutefois le potentiel risque d’irritation qui peut coudoyer sur le long terme…

Chaque titre est mené tambour battant par le timbre si personnel de Xavier qui crache les consonnes de sa poésie urbaine, écorchée mais toujours inspirée et en finesse. Il y est notamment question d’un jeune homme en pleine tourmente du Paris des années 1920 (mis notamment en image façon BD de luxe dans les belles pages accompagnant le disque) mais ces mots peuvent tout autant s’inscrire dans notre quotidien. Nous remontons le temps pour nous rendre compte que de ces fantaisies décadentes qui faisaient cette époque, non, ce n’était pas forcément mieux avant. Parfois, et surtout en fin d’album, le chant monte pour proposer des harmonies et arabesques plus lyriques (le très réussi « Vaille que Vaille » ou « Mon Nom », par exemple), terrain sur lequel je vois bien le groupe évoluer par la suite tant l’émotion y est encore plus mordante.

Même si les espaces de respiration instrumentaux sont canalisés – toujours dans cette optique d’immédiateté – les musiciens sont loin d’être relégués au simple accompagnement. L’équipe de fines lames déroule, sur un lit de rythmes variés (s’aventurant jusqu’au jazz de cabaret ou le disco) et au groove implacable, divers moments magistraux qui contribuent au sérieux de cet album. Ainsi les soli posés sur des titres comme « Décadence », « La Fille de Manchester » ou « Carnaval Cannibale » dévoilent une paire de guitaristes certainement élevés aux grands héros du genre.

Plus sévèrement produit que son prédécesseur, ceci sera bien certainement la carte qui permettra au groupe de monter encore, et pourtant, de manière complètement subjective et je sais que cet avis n’aura point d’imitateurs, je garde une préférence pour le côté plus brut, charbonneux, artisanal presque, de « French Romances » qui collait bien à ces sonorités Punk, hargneuses, faites de chair et de sang. Maudite industrie musicale avec ses grandes exigences!

Au-delà de ce débat que je ne prétendrai pas lancer ici, MALEMORT sort avec « Ball Trap » un disque au professionnalisme évident, à la personnalité forte et qui s’adresse à un très large public. Associé au fait que le groupe se débrouille seul pour produire et faire vivre sa musique, voilà autant de mérite que nous nous devons de souligner. Nous espérons maintenant retrouver MALEMORT à l’étape supérieure, ce ne serait que justice. Avec des groupes comme celui-ci, nous pouvons être fiers de notre underground !

 

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A propos Bernard-Henri Leviathan
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