[Chronique] GLACIATION – Sur les falaises de marbre

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glaciation

Note : 9,99/10

GLACIATION est un groupe français fondé en 2011 par François Duguest et Hugo Moerman rapidement rejoints par Jean Deflandre et Neige (en tant qu’invité vocal). Le projet s’oriente vers un Black Metal évoluant en marge de toute influence actuelle. Sa première réalisation : 1994 revendiquait clairement le côté originel du Black Metal, tel qu’il était au début des années 90. Aujourd’hui, GLACIATION ne souhaite pas rester figé dans le passé mais redonner ses lettres de noblesse à cet art en lui donnant une nouvelle orientation musicale. Moderne certes mais loin des stéréotypes qui trahissent, selon eux, le Metal Noir (comme l’imagerie de certains qui tourne parfois au déguisement ou la vague « post quelque chose » qui ne semble pas les attirer plus que ça). Pour mener à bien cette bataille le groupe a recruté deux soldats de poids : Rose Hreidmarr (ex-ANOROXIA NERVOSA, THE CNK) et Indria Saray (ALCEST). Récemment signé chez Osmose Productions, le groupe sortira le 27 février prochain un hommage aux racines du Black Metal et à son esprit punk, agressif et subversif. Tel qu’il devrait sonner aujourd’hui.

Entre combat et résignation, le groupe semble s’être inspiré d’écrits littéraires pour exprimer ses idées. On pourra ainsi citer les romans Sur les falaises de marbre d’Ernst Jünger (1939), Kaputt de Curzio Malaparte (1943), Les fiancées sont froides (1953) de Guy Dupré ou encore Le soleil et l’acier de Yukio Mishima (1973). S’il est difficile de trouver ce qui réunit ces ouvrages, il semble qu’ils gravitent autour du concept de la guerre et de l’esprit de résistance face à une réalité (comme par exemple la résistance face au régime nazi) ainsi que le sentiment d’appartenance à une communauté (un corps d’armée par exemple). Le parallèle est facilement réalisable avec le concept de Black Metal à la fois moderne mais avec de solides racines proposé par GLACIATION qui se dresse face aux productions quelque peu formatées ou trop lisses d’aujourd’hui ou face à la communauté Black Metal moderne.

Comment sont-ils parvenus à traduire tout ça en musique ? On y vient ! « Les fiancées sont froides » ouvre le bal par une courte intro à l’ambiance à la fois doucereuse et malsaine bien vite anéantie par l’arrivée des guitares. Le titre explose en un Black Metal rapide et furieux pour ce qui sera, pour moi, la véritable pièce maitresse de l’album. On y retrouve un petit quelque chose d’ANOREXIA NERVOSA, sans parler de copie conforme, sans doute dû au chant ainsi qu’à la production made in Drudenhaus de Xort. Quelle joie de retrouver les textes français forts et sombres portés par Hreidmarr avec cette capacité d’alterner vocaux criards et déchainés avec d’autres faussement romantiques, à la limite de la folie. Les instruments ne sont pas en reste comme ces guitares qui nous proposent une délicieuse mélodie pendant que la batterie s’en donne furieusement à cœur joie. Les paroles en chant clair sont parfaitement audibles, celles en voix gutturale le sont un peu moins. Espérons que l’album sera accompagné des paroles quel que soit son format.

« La mer, les ruines » vient ensuite avec ce long passage instrumental de près d’une minute fait de blasts typiquement Black Metal et où la mélodie est portée par la basse. Puis subitement les rôles s’inversent : la rythmique est proposée par le duo basse/batterie. Cette dernière démontre qu’elle ne se cantonnera pas uniquement à des blasts furieux. On ressent encore une fois toute la rancœur des membres du groupe lorsque, au cours de la montée très dramatique au chant clair qui accompagne ce passage, Hreidmarr déclare que « des milliers d’enfants rois travestissent Lucifer ». Le morceau se déroule ensuite en alternant passages plus légers et d’autres plus intenses avec l’explosion du chant guttural.

« Le soleil et l’acier » alterne brutalement rock sombre aux passages presque jazzy et Black Metal aux blasts de batterie impressionnants et ce travail magnifique sur les cymbales. La production est sincère sans en faire des tonnes. On reconnait bien le timbre naturel des instruments sans trop d’effets ajoutés. La superposition des voix claire et gutturale fait mouche ! L’une très posée, très douce et mélancolique l’autre pleine de haine, complètement survoltée. La fin du titre est beaucoup plus atmosphérique avec ce passage doux et calme porté par la voix éthérée de Bodie (guest).

« Kaputt » finit de vous achever avec sa courte intro et ses bruits d’ailes d’insecte très dérangeants (surtout au casque). Le riff Black Metal qui explose avec le chant de Hreidmar va vous faire mettre un genou à terre. Il ne faut surtout pas résumer cet album à la performance vocale de son chanteur principal, mais comment peut-on dégager une telle agressivité à travers la voix ??? Je pense personnellement que Hreidmarr est l’un des seuls à y parvenir. La reprise du morceau, et notamment le riff de guitare, après le bref passage d’accalmie en plein milieu, va vous forcer à mettre le second genou à terre et à vous incliner bien bas devant cette œuvre gigantesque que les français nous ont produite.

Pour finir l’album, GLACIATION nous propose deux titres clairement très différents des premiers avec tout d’abord « Cinq » : une pièce instrumentale ambiante de 3 minutes avec violon en fond et musique classique. Pas franchement indispensable dans la configuration de l’album, elle m’aurait moins perturbé si elle avait été positionnée plus tôt dans la liste des morceaux. Surtout que « Sur les falaises de marbre » lui succède et que l’on retrouve ici un morceau très calme aux guitares ambiancées et sur un tempo lent. Ce titre aurait très bien pu figurer sur le dernier album d’ALCEST. Le groupe nous avait prévenus que cette œuvre serait dense, avec des paroles complexes et quelques pérégrinations sonores qui pourraient être source de confusion pour les auditeurs moyens. Ces deux derniers morceaux ne me gênent pas plus que ça mais ils me donnent l’impression de ne pas faire partie de la même pièce, comme si un second groupe était venu participer à un split album. C’est pour ça que je ne mettrai pas à cet album la note ultime (même si je suis persuadé que les principaux concernés n’en ont rien à foutre !!!). Dommage que le groupe n’ait pas proposé un morceau supplémentaire dans la même veine que les 4 premiers titres. Cela dit, avec plus de 30 minutes de musique, « Les fiancées sont froides », « La mer, les ruines », « Le soleil et l’acier » et « Kaputt » valent à eux seuls l’achat de cet album.

Je terminerai cette chronique par une citation d’Ernst Glaeser, elle-même évoquée sur le titre d’ouverture. Cet écrivain allemand, déchiré entre son antinazisme et son profond patriotisme déclare que « Le jour où il n’y aura plus de liberté, il restera toujours un homme pour en rêver ». Alors si vous êtes comme moi, quelque peu déçu par la plupart des productions Black Metal modernes, pas foncièrement mauvaises mais enfermées dans des carcans qui ne leur permettent pas de proposer des choses vraiment originales alors jetez-vous de ces falaises de marbre et surtout jetez-vous sur cet album sans hésiter !

D’ailleurs moi pour la x-ième fois j’y retourne !!!

« Ni tristesse, ni colère mais l’ennui…

Ni la vie, ni la mort mais la nuit.

… »

 Tracklist :

  1. Les fiancées sont froides
  2. La mer, les ruines
  3. Le soleil et l’acier
  4. Kaputt
  5. Cinq
  6. Sur les falaises de marbre

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