[Chronique « from the crypt »] KOLONY – Sledge (2014)

Herbert Al West - Réanimateur Recalé
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A l’heure où vous lirez ces mots, il est probable que je ne serai plus… La folie a dressé ses murs grotesques autour de moi et je suis plongé dans un dédale dont je ne pense pas être un jour en mesure de sortir…

Non,… je ne suis pas en train d’écrire un pastiche de Lovecraft et pourtant, mes yeux pleurent des larmes de sang, tandis qu’un ichor vermillon filtre de mes oreilles et de mon nez. Et tout cela, à cause du second album des canadiens de Kolony, Sledge, que je viens juste d’écouter pour la cent-douzième fois. Je vous vois venir et tout de suite je réponds « non », il ne s’agit pas d’un beuglement deathcore au goût de bile bien rance. A vrai dire, si mon état physique s’est à ce point dégradé, c’est à cause de mes difficultés certaines à cataloguer l’oeuvre des canadiens et je peux vous dire que plusieurs tours de cadran se sont succédé depuis que je planche sur ma copie !

A quoi donc a t-on affaire ? Cherchons des indices…

L’ouverture est symphonique, digne d’une bande originale de film à caractère épique… Cordes et piano font peu à peu monter la tension, avant que le rythme ne soit renforcé par l’arrivée de la batterie et des guitares électriques. Imparable pour qui ne s’est pas lassé de cette façon d’introduire un album, catégorie dont je fais férocement partie. Pour ce qui va suivre, que sommes-nous donc en droit d’attendre après un tel passage ? Du power mélodique ? Du black sympho ? Un concert de Metallica ?

C’est là que tout devient assez confus et il est important de réserver plusieurs écoutes attentives à cet album qui mérite bel et bien sa chance. Le secret de cet album, de sa réussite – car oui, c’est une véritable réussite, même si elle ne se la joue pas « fille facile » – c’est son incroyable richesse. Faire tenir tant de choses en un si petit espace, c’est assez renversant.

Sledge est en fait un gigantesque tour de passe-passe, et sans que cela cache une potentielle arnaque. Chaque morceau est plutôt court (guère plus de 4 minutes) et les onze titres logent en seulement 45 minutes. Quand on écoute l’album en boucle, le premier titre revient logiquement assez rapidement, mais l’on a pourtant la contradictoire impression d’avoir écouté un ouvrage fleuve tel que le metal progressif sait en produire par wagons entiers. Progressif, Sledge l’est sûrement, de par sa technicité, sa structure aussi, dépassant habilement le schéma couplet-refrain par l’utilisation de breaks et de ponts passant presque inaperçus tant ils sont bien amenés, de par aussi ses multiples influences. Ces dernières sont telles qu’elles peuvent égarer l’auditeur de passage, mais sauront capter l’attention de celui qui sait se montrer plus exigeant.

Et chez Kolony, la palette d’inspiration est vaste, à l’image du Canada, confluent de cultures mêlant l’ancien et le nouveau monde. Il y a donc du symphonique au début, puis du jazz vers la fin (le savoureux Monopoly). Le metal old-school y croise le fer avec un metal plus ancré dans l’air du temps, et Kolony de se révéler comme un enfant nourri aux influences de la NWOBHM tout en gardant pour lui la folie de sa jeunesse et la créativité qui va de pair. On y trouve du folk aussi (Anthem), et certains passages mettent en avant des percussions rappelant fortement le metal coloré des Brésiliens d’Angra. Pour les envolées techniques typiques du metal progressif (claviers/guitares), j’ai souvent pensé à Lemur Voice (groupe que je regrette au passage au moins une fois par jour !) et à leur aisance à créer des ambiances nous faisant voyager en quelques notes (le bien nommé Escape).

Il y a aussi une superbe ballade, I Don’t Care, éloignée des clichés et emplie de force et d’émotion, une chanson très réussie, nourrie à l’acoustique en partie et digne de se tenir la tête haute face à un modèle du genre nommé Nothing Else Matters (difficile de ne pas y penser).

Côté voix, c’est plus rugueux que ce à quoi le metal progressif nous habitue d’ordinaire, et cela contribue à brouiller les pistes encore un peu plus. J’insiste d’ailleurs sur le fait que nous n’avons pas affaire à du metal progressif pur et dur. Kolony – qui se décrit lui-même comme un groupe de melodic rock metal -, est quelque chose de beaucoup plus diffus, de plus accessible, même si sous de nombreux aspects le groupe se rapproche fortement de ce genre. Le chanteur, Reno, se situe quelque part entre James Hetfield et Andy Cairns du groupe de rock alternatif Therapy ?, surtout dans les passages les plus posés. Un bref instant, au détour d’un décrochage dans les aigus d’une légèreté surprenante et maîtrisée, on pense même à Papa Emeritus de Ghost (Monopoly, titre versatile que j’adore).

Côté instrumentation, c’est plutôt virtuose. Les soli de Maxxx sont impeccables et parfois même renversants (jetez toutes vos oreilles sur le très dynamique Road !), en phase avec la rythmique métronomique et la frappe du cogneur de service, Antony, dont le boulot allie la force du bûcheron canadien et le travail d’orfèvre d’un artisan maîtrisant à la perfection un jeu souvent complexe.

En bref, Kolony livre avec Sledge un album à la fois technique et entraînant, fort d’une incroyable diversité qui délivre ses saveurs au fil des écoutes, laissant dans vos oreilles et votre cœur un plaisir délicieusement coupable (même s’il torture les méninges des chroniqueurs !).

Mise à jour septembre 2017 : Nul doute que la carrière de ces jeunots s’annonçait alors prometteuse. Las, en avril 2016, le groupe annonce sa dissolution à l’orée du possible troisième album, du fait de divergences musicales et de l’impasse quant à la direction à prendre. A croire qu’ils se sont perdus dans leur propre labyrinthe musical… Quel dommage !  

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