[Chronique] DESILLUSION – Metal Influences

Bernard-Henri Leviathan
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Note : 9/10

Pas plus tard qu’hier, je disais encore à mon pote Zouille, souverain des années folles du Heavy français, que son trône prenait la poussière et que s’il ne remontait pas dessus, il faudrait bien se mettre en quête d’un héritier…

Après SANCTUAIRE, dans la série des sorties du label Emanes Metal Records (qui, décidément, a le flair pour enchaîner les excellentes trouvailles), voici DESILLUSION, qui nous revient avec son 3ème album intitulé « Metal Influences ». Le groupe arrive de Normandie et, par observation de la scène française, on le sent prêt à conquérir de nouveaux territoires.

« Metal Influences ». Avec un nom comme celui-ci, pour celui qui n’aurait pas posé l’oreille sur les précédentes réalisations du groupe, on a tendance à s’attendre à un album de reprises ou alors craindre un plagiat affiché. Un nom qui éveille la curiosité… mais qui fait un peu peur à la fois! La première chose qui frappe, en tenant le disque entre les mains, c’est bien sûr cette illustration réalisée par le fantastique Stan W. Decker (dont vous trouverez une interview en suivant ce lien: http://www.lordsofchaoswebzine.com/Stan%20W-%20Decker.php). Dr Daisy, sorte de Dr Stein, maintient les 5 membres du groupe en immersion expérimentale pour en extraire la substance même de leurs influences (« Dr Stein grows funny creatures […] They become great rock musicians », nous dirait certainement HELLOWEEN!). Un peu plus loin, sur la photo centrale du livret, on retrouve la teneur de ces « Metal Influences », chacun des musiciens arborant les mêmes tee-shirts que sur le visuels, à l’effigie de JUDAS PRIEST, MANOWAR, DREAM THEATER, GUNS’N’ROSES et… CONVERGE. Nous serons donc sur un groupe à tendance Heavy avec un batteur qui semblerait davantage sensibilisé au Metal Hardcore.

Si à cela on ajoute un manager, Titi Metal, qui est un autre personnage incontournable de la scène Heavy au nord de Paris et organisateur de la première édition du « World Metal Fest » (où ont joué, entre autres, GANG, DRAKKAR, EXISTANCE dont je vous parlerai prochainement, ALTERED BEAST… et DESILLUSION) alors, forcément, entre cet album et ses partenaires, on se sent un peu comme à la maison !

Bien! Alors, au final, on en fait quoi de ces influences? Et bien on va retrouver un petit peu de celles qui ont déjà été citées mais on va surtout se plonger dans la branche classique du Heavy Metal français avec des cas d’école comme BLASPHEME ou SORTILEGE en tête (t’entends ça, mon Zouille?). SORTILEGE, voilà le modèle premier qui me vient à l’esprit à l’écoute de cet album et, croyez-moi, ce n’est pas une image que je donne à la légère. On ne prend pas facilement la place du roi!

Au fil des 11 titres nous avons donc droit à un Heavy direct, traditionaliste, où le gros point fort résidera dans le travail ahurissant des guitares virtuoses comme si le Heavy des années 80 avait su tirer partie des enseignements guitaristiques de ces dernières décennies. Ici, nous avons droit à de belles leçons. Vous voulez de belles envolées? Il y en a. Vous cherchez du shred? Il y en a! Des phrasés néo-classiques? Aussi (bien que je percevrais l’approche comme plus codifiée « classique », à l’image de ce solo de clôture sur « Révolution », que « baroque » comme pourrait le faire les musiciens actuels). La technique, ça vous soûle, vous préférez le feeling? Pas de problème non plus! Ces magiciens ont tout prévu car ils savent également se taire aux bons moments et ne bavarder en de courtes interventions que si les morceaux le nécessitent. On pensera même parfois, subrepticement, à Steve Vai sur les interventions harmoniques d’ « Ultime Rémission » ou encore ce solo assez joyeux ouvrant « Illusions Perdues ». Du riff harmonisé, du riff lourd, etc. Il y a toute la collection! Le son lead surprendra de prime abord, très rond, il fait ressortir toutes les subtilités mais également les micros défauts, ce qui permet l’agréable sensation d’avoir les musiciens jouant en direct du salon !

Aux côtés des 2 six-cordistes, on trouvera une voix puissante et rocailleuse. Parfois sur le fil dans les aigus, elle vrille, imperceptiblement fausse mais toujours elle emporte et prend aux tripes. La basse offre un bon soutien en martelant l’ensemble et en s’offrant quelques apparitions comme sur l’introduction de « Illusions perdues ». Le rythme est soutenu, parfois très speed, on sent que le marteleur de fûts, dont c’est ici le premier enregistrement avec le groupe, est un coquin venu d’une scène plus lourde. Voilà bien un album insidieux qui au fil des écoutes s’ancre en tête pour ne plus en sortir !

Aux travers de thèmes sociétaux ou historiques uniquement développés en français, les morceaux se veulent assez bien construits, racés, il y a de la place pour de grands hymnes tels que le très mélodique « Addiction » dont la structure renvoie à la chute dans l’alcoolisme jusqu’au plus profond du delirium tremens, « Metal Influences » bien sûr, ode à la communauté Metal dont l’esprit MANOWAR flotte au dessus de ces chœurs fraternels et dont le cri aigu nous montre que les limites du chant n’étaient pas atteintes, le plus speed et lourd « Etat D’Âme » dont le pont rappellera justement le savoir-faire de SORTILEGE. « Révolution » et ses « ohohoh » se rapprochant de ceux d’ « Heaven Can Wait » d’IRON MAIDEN ou enfin, « La Bête Du Gévaudan » tout en double pédale qui termine cet album en apothéose et où la note vocale la plus aiguë quitte la scène pour laisser la place aux guitares avec une belle descente harmonisée. Quelques influences donc mais toujours abordées de manière succinctes, employées à bon escient pour appuyer la musique de DESILLUSION.

On ne va pas chercher de défauts là où il n’y en a pas. Cependant, même si les textes sont loin d’être mal écrits, quelques-uns percutent moins que d’autres… Le chômage et l’addiction aux écrans (« Un Monde Virtuel »), la prostitution et la violence (« Illusions Perdues »), la perte de l’être aimé (« Ultime Rémission »)… autant de faits sociétaux aberrants et urgents dans nos obscures sociétés mais qui me semblent abordés avec trop de bonnes intentions, très politiquement correct et parfois un brin de caricature. Mais il n’y a rien de totalement vilain qui nécessiterait d’en faire le procès.

Au final, « Metal Influences » est un disque qui, autant par ses qualités graphiques que musicales, risque bien de prendre une bonne place sur l’étagère sans que jamais la poussière ne s’y accumule car il risque de passer plus de temps dans la platine ! Un bien bel objet comme on aimerait en recevoir plus souvent. A posséder pour les nostalgiques des années 80 mais aussi pour les jeunes loups car, avec DESILLUSION, pas de doute on peut faire son éducation !

Alors mon Zouille ? On aurait peut-être bien trouvé un héritier ?

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1 commentaire sur “[Chronique] DESILLUSION – Metal Influences”

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