[Chronique] AS PARADISE FALLS – Digital Ritual (2017)

Herbert Al West - Réanimateur Recalé

Grand amateur de films d'horreur et de musiques de films, j'ai découvert le monde du metal par ce biais là. D'abord de façon presque subliminale en découvrant, jeune adolescent impressionnable, le clip d'Alice Cooper réalisé pour Vendredi 13, Chapitre VI (la chanson He's Back, The Man Behind The Mask). Mais c'est surtout le visionnage du film Shocker (Wes Craven, 1989) et sa formidable bande son qui me firent basculer du côté obscur. J'ai donc commencé par Alice Cooper, Kiss, Megadeth, Bonfire et pas mal d'autres. Mes goûts en matière de metal sont très variés, selon l'humeur, allant de l'AOR au Death Metal en passant par beaucoup de Heavy classique, du Thrash et du Prog, sans oublier le Metal Sympho. Les albums que j'ai le plus usé sur ma platine sont incontestablement : Rust in Peace, de Megadeth, Painkiller, de Judas Priest, Seventh Son of a Seventh Son, d'Iron Maiden, Antichrist Superstar, de Marilyn Manson, Great Escape, de Seventh Wonder, The Divine Wings of Tragedy, de Symphony X, In Their Darkened Shrines, de Nile, Victory Songs, d'Ensiferum, 1614, d'Opera Diabolicus, At The Edge of Time, de Blind Guardian, Herzeleid, de Rammstein, Opus Eponymous, de Ghost, Seasons in the Abyss, de Slayer, Hell Destroyer, de Cage, Bent out of Shape, de Rainbow, Legendary Tales, de Rhapsody, Cruelty and the Beast, de Cradle of Filth, Battle Magic, de Bal-Sagoth, A Retrospective, d'Empyrium, The Fourth Legacy, de Kamelot, Horrorscope, d'Overkill, Panzer Division Marduk/Nightwing, de Marduk, et l'intégrale de Dio, d'Alice Cooper et d'Iced Earth ! Je déteste voir de brillants projets sombrer dans l'oubli et le split pur et simple, comme par exemple le sublime Slaves for Life d'Amaseffer, qui restera à mon avis fils unique à tout jamais. J'ai tenu un blog orienté metal, mais aussi BOF et films tout court. Mais il me manquait pour m'épanouir de rejoindre cette bande de fous que forment les Seigneurs du Chaos !
Ah oui, et comme vous l'avez remarqué, j'adore écrire long...
Herbert Al West - Réanimateur Recalé

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Votre humble serviteur n’est pas un grand fan de deathcore, non. Trop chaotique. Trop mélange des genres. Trop répétitif. Et surtout un manque total de ces mélodies me faisant aimer si fortement d’autres courants. Mais bon, j’avoue que de temps en temps, écouter un Whitechapel, un Black Daliah Murder, un Thy Art is Murder, ça soulage, ça défoule, comme une plongée dans cette fosse emplie de dégénérés se foutant sur la gueule au seul motif que le son est mortel. Et puis bon, après avoir repris le taf en ces temps où d’autres sont encore en vacances, j’avais envie de quelque chose digne de satisfaire mes plus bas et vils instincts. Le titre aussi m’a attiré, prometteur de copulation avec ces choses électroniques du futur qui finiront un jour par nous bouffer (à ce moment, je pense à Diablerie, à Division Alpha !), tout comme la pochette dont la beauté n’a fait que renforcer mon envie de plonger dans ce mystère venu tout droit d’Australie, Brisbane. Digital Ritual est avant tout un album enfanté dans la douleur, puisque lors de l’enregistrement en Thaïlande, en 2015, de ce qui devait être le premier album du jeune groupe, décédait tragiquement le guitariste Glen Barrie, retrouvé mort dans son sommeil, laissant derrière lui un groupe déchiré, mais surtout une femme inconsolable, enceinte d’un petit garçon. La douleur était trop vive pour que l’aventure continue et le projet fut abandonné, sans que le groupe ne splitte réellement. Un nouveau chanteur arriva en 2016, en la personne de Shaun Coar, puis un nouveau guitariste, Jimmy Upson. Et lentement la machine se remit en branle, comme si le destin lui avait tout juste joué un mauvais tour, incapable malgré sa cruauté de stopper son avancée, sa marche vers l’avant. Digital Ritual, c’est un peu la tragique et héroïque destinée de The Crow, avec Glen Barrie dans le rôle de Brandon Lee : tout comme le film fut tourné pour partie par le fils de Bruce Lee (qui avait d’ailleurs étrangement connu le même sort lors du tournage du Jeu de la Mort) et terminé par une doublure, l’album des australiens se termina contre vents et marées, allant en avant avec du nouveau matériel, des textes nouveaux, mais incluant des bandes enregistrées par le regretté guitariste. Album produit par le solide Shane Edwards (Thy Art Is Murder, HellionsNorthlane), Digital Ritual s’annonce comme un étrange croisement entre aventure futuriste bercée de relents cyberpunks et écho spectral du passé, aux franges d’une aventure quasi-mystique.

Digital Ritual, c’est aussi et surtout une rupture de ton, un changement d’attitude, preuve implacable que la mort avait laissé des traces. Exit la rage aveugle de Save Yourself, dernier EP en date (2014) et concentré de punk hardcore et de deathcore ne faisant pas dans la dentelle, alternant screams et growls à en faire saigner les tympans, le tout sur des rythmes proches du djent (Meshuggah n’est pas loin) et une batterie en roue libre. Depuis cette étape, le destin a frappé, faisant basculer As Paradise Falls de l’autre côté du miroir, en un monde où les silhouettes se redéfinissent, où les lois de la physique diffèrent. Digital Ritual est forcément plus mature, plus nuancé aussi. Il est une plongée dans le futur – celui qui s’ouvre au groupe, celui dont parle l’album -, tout en puisant des éléments dans son passé – les fameuses partitions de guitare du défunt Glen Barrie. Il ressuscite le passé à jamais éteint en utilisant les technologies de demain, invoquant à lui une sorte de fantôme digital. Le message est pessimiste – The Ultimate Consumer, Automated Sacrifice -, mais se veut en même temps soucieux de puiser dans le meilleur des deux mondes en magnifiant le présent – les superbes Reborn et Dead Message, aux thématiques si fortes. Tout est dit dès l’instrumental, au titre éponyme, ouvrant l’opus, commençant sur un son de guitare débarrassé de saturation pour exploser soudain en un magma brûlant. Le bien nommé Balance (prenez le comme le verbe dans sa version argot et à l’impératif, pas dans le sens du mot désignant l’équilibre !) envoie la sauce en moins de deux minutes, rassurant les amateurs de deathcore avec une voix maîtrisant parfaitement growls et screams, même s’ils restent nettement moins radicaux que sur les précédents efforts. Puis, au risque de s’attirer les foudres des plus agressifs de son public d’origine, Shaun Coar module sa voix, offrant dès le premier single – l’excellent Starblind – une bascule vers ce que l’on peut plus justement considérer comme du nu-deathcore. Une basse à la Deftones, des screams pas si éloignés que cela d’une certaine période de Fear Factory, et surtout une voix claire évoquant très vite un certain Jonathan Davis (Korn de bouc !), la ressemblance culminant lorsque cette voix tremble, vacille, avance au bord de la folie. La proximité avec le groupe de Bakersfield explosera sur le break vocal de Dead Message, et surtout sur Reborn, formidable brûlot propre à faire des ravages dans la fosse, évoquant l’inévitable sacrifice que nécessite toute renaissance, leçon tristement assimilée par le groupe australien, y gagnant en contrepartie une formidable maturité.

Alors, tout cela est beaucoup moins radical que par la passé, certes. Et d’aucuns diront que le jeune groupe s’est vendu, cherchant à gagner par ce procédé une audience plus large. Hérésie que de prétendre cela ! D’une le groupe est jeune et sort ici ce qui n’est véritablement que son premier album, les deux EP sortis n’étant après tout qu’une étape dans la recherche de leur son. De deux, il faut à mon avis y voir une attitude plus progressive, ajoutant à un style déjà fusionnel des éléments plus personnels, tels que la mélodie et une diversité que beaucoup devraient lui envier. Sans oublier que pour les plus nerveux, Pride and Disgrace, Balance et Captive to the Creation suffiront à apaiser leur soif de sang. Au delà de la musique, et grâce aux textures plus mélodiques – vocaux clairs, lignes de guitare plus apaisées -, As Paradise Falls délivre un message au lieu de hurler sa colère, dénonce un futur sanctionnant la fragilité de l’être humain, l’esclavage qui nous guette si nous n’évoluons pas. A la façon de Born of Osiris, d’Emmure, de Suicide Silence et Northlane, les australiens d’As Paradise Falls émergent d’un genre tournant souvent en rond, même si riche en pépites dignes de briser des nuques en un sinistre craquement. Ce que le groupe perd ainsi en force brute, il le gagne en subtilité et parvient sans mal à se faire remarquer, très certainement digne que vous y jetiez une oreille, voire les deux, et avec le casque c’est mieux tant la production est énorme et permet à chaque note de s’exprimer.

Reste cependant une énigme que votre serviteur n’est point parvenu à élucider : Starblind et Dead Message apparaissent en versions “clean” – qui plus est suivant à chaque fois le morceau “normal”, alors qu’il eut été plus judicieux de mettre ces versions en bonus tracks, à la fin. J’ai eu beau écouter l’album plus d’une douzaine de fois de façon très rapprochée, forçant d’ailleurs sur ces deux titres et leurs doubles, je ne suis jamais arrivé à distinguer les deux versions (à deux minutes dix, sur Starblind, peut-être une différence dans le vocable utilisé, ça devient flou dans la version clean, comme un écho fantôme, mais je ne suis pas sûr du tout), dotées chacune, histoire de brouiller les pistes, de la même durée.

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