[Chronique] ALCATRAZZ – Parole Denied, Tokyo 2017 (07/12/18)

Herbert Al West - Réanimateur Recalé

Grand amateur de films d'horreur et de musiques de films, j'ai découvert le monde du metal par ce biais là. D'abord de façon presque subliminale en découvrant, jeune adolescent impressionnable, le clip d'Alice Cooper réalisé pour Vendredi 13, Chapitre VI (la chanson He's Back, The Man Behind The Mask). Mais c'est surtout le visionnage du film Shocker (Wes Craven, 1989) et sa formidable bande son qui me firent basculer du côté obscur. J'ai donc commencé par Alice Cooper, Kiss, Megadeth, Bonfire et pas mal d'autres. Mes goûts en matière de metal sont très variés, selon l'humeur, allant de l'AOR au Death Metal en passant par beaucoup de Heavy classique, du Thrash et du Prog, sans oublier le Metal Sympho. Les albums que j'ai le plus usé sur ma platine sont incontestablement : Rust in Peace, de Megadeth, Painkiller, de Judas Priest, Seventh Son of a Seventh Son, d'Iron Maiden, Antichrist Superstar, de Marilyn Manson, Great Escape, de Seventh Wonder, The Divine Wings of Tragedy, de Symphony X, In Their Darkened Shrines, de Nile, Victory Songs, d'Ensiferum, 1614, d'Opera Diabolicus, At The Edge of Time, de Blind Guardian, Herzeleid, de Rammstein, Opus Eponymous, de Ghost, Seasons in the Abyss, de Slayer, Hell Destroyer, de Cage, Bent out of Shape, de Rainbow, Legendary Tales, de Rhapsody, Cruelty and the Beast, de Cradle of Filth, Battle Magic, de Bal-Sagoth, A Retrospective, d'Empyrium, The Fourth Legacy, de Kamelot, Horrorscope, d'Overkill, Panzer Division Marduk/Nightwing, de Marduk, et l'intégrale de Dio, d'Alice Cooper et d'Iced Earth ! Je déteste voir de brillants projets sombrer dans l'oubli et le split pur et simple, comme par exemple le sublime Slaves for Life d'Amaseffer, qui restera à mon avis fils unique à tout jamais. J'ai tenu un blog orienté metal, mais aussi BOF et films tout court. Mais il me manquait pour m'épanouir de rejoindre cette bande de fous que forment les Seigneurs du Chaos !
Ah oui, et comme vous l'avez remarqué, j'adore écrire long...
Herbert Al West - Réanimateur Recalé

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Est-il encore utile de présenter Alcatrazz, groupe culte pour nombre d’entre nous ? Bon, comme le groupe ne fut réellement actif côté studio et tournées que de 1983 à 1987, il est fort possible que les petits metalleux que vous êtes peut-être n’étiez même pas encore nés durant l’époque de gloire des californiens. Mais comme le heavy mélodique vous botte et que vous avez forcément entendu parlé de Rainbow – allez, si, quand même ! -, rappelons quelques faits essentiels pour les trois cancres du fond. Après justement sa période Rainbow (l’unique Down to Earth, soit l’après Dio), avant celle d’Impellitteri (deux albums), et en parallèle avec sa carrière solo, l’immense Graham Bonnet (chant) s’est associé avec Jimmy Waldo (claviers), Gary Shea (basse) et un certain guitariste suédois du nom de Yngwie Malmsteen pour créer Alcatrazz. Suivirent 3 albums et un live, deux changements de guitariste (dont un certain Steve Vai), un succès remarquable, notamment du côté du Pays du Soleil Levant, archipel auquel le groupe faisait à de nombreuses fois référence au fil de ses albums : Island in the Sun et Hiroshima Mon Amour sur No Parole From Rock’n’ Roll et un Dangerous Game final totalement orienté vers le Japon de par son style, avec, cerise sur le sushi, leur tubesque Ohayo Tokyo.
Puis chacun s’en est allé de son côté et Graham Bonnet s’est essentiellement concentré sur sa carrière solo, avec un petit revival d’Alcatrazz ces dernières années (2007-2014), histoire de quelques concerts événementiels. Puis vint la miraculeuse année 2018, qui fut pour le groupe l’occasion mémorable de se rappeler au bon souvenir de ses fans. Tout d’abord avec la réédition du mythique Live in Japan 1984, le 28 septembre 2018, avec ENFIN une édition complète du show, soit un passage de 9 à 18 titres et l’occasion de constater l’engouement que l’événement avait alors créé au Japon (le public y est plus que présent, récompensé par deux reprises de Rainbow et une autre de MSG). Puis vint enfin cet autre concert qui m’amène vers vous en ce jour, peut-être plus exceptionnel encore : celui de la réunion du groupe originel – ou tout du moins d’une partie, Yngwie ne participant pas à l’aventure, problème d’ego, d’argent, je ne sais, mais à vrai dire cela n’étonne personne tant l’artiste s’est enfermé dans sa bulle depuis des lustres – pour quelques dates à Tokyo, 33 ans après leur dernière tournée commune ! Si ce n’est pas historique ça ! Un chant du cygne, probablement, mais quel chant !

Parole Denied est sorti le 07 décembre dernier et couvre ces dates uniques de 2017, voyant Graham Bonnet retrouver ses comparses Jimmy Waldo et Gary Shea, l’équipe se trouvant complétée de Mark Benquechea (batterie) et Conrado Pesinato (au poste clé de guitariste, car ouais, faut quand même passer après Malmsteen et Vai !), tous deux venus du Graham Bonnet Band. Sachant que Mister Bonnet avait pratiquement atteint l’âge vénérable de 70 ans au moment dudit concert, on peut se demander si l’exercice n’allait pas s’avérer casse gueule en même temps que simple coup de pub tout juste bon à renflouer les caisses, et ce même si les vétérans jouaient en terrain conquis.
Monumentale erreur que de penser cela !!! Parole Denied se révèle être de bout en bout un disque testament, un final de feu d’artifice balançant ses hits colorés dans tous les sens, pour le plus grand bonheur de nos oreilles nostalgiques.
La set-list est ici plus resserrée, sans reprises d’anciens groupes, avec cette fois-ci 11 titres piochant dans les trois albums, No Parole From Rock’n’ Roll étant le mieux représenté avec pas moins de 5 titres. Les hits sont là et bien là, solides comme des rocs, interprétés d’une voix qui a mûri comme un bon vieux bourbon, permettant au chanteur de s’y montrer sans fard, et d’oser les notes aiguës que nombre de ses confrères contournent par des détours plus graves, faussant le modèle d’origine. Graham a toujours aimé chanter sur le fil du rasoir, se lançant sur des notes au bord du décrochage, et il ne se défilera jamais ici, s’en montrant d’autant plus sincère et touchant, comme sur les imparables Jet to Jet (vous savez, ce fameux morceau ayant de faux airs du Spotlight Kid de… Rainbow !) et le superbe Hiroshima Mon Amour. D’emblée, le public et l’auditeur sont conquis par la triplette gagnante formée des incontournables Ohayo Tokyo, Too Young To Die… Too Drunk To Live, et le magnifique Suffer Me, bien sûr dédié à sa mère, morceau doté ici d’une aura poignante comme jamais, supérieur selon moi aux autres versions. Le chanteur s’y fend de quelques apartés avec le public, rassurant sur le fait qu’il en a fini avec l’alcool et remerciant sa mère pour le destin qu’elle lui a offert. Et parlons en du public, car c’est peut-être un peu ce qui blesse sur ce live. Il est peu présent, si ce n’est sur l’intro ou entre deux morceaux. Il est fort à parier qu’un gommage en studio a été réalisé afin de mieux mettre les artistes en valeur, et on ne leur en tiendra pas rigueur tant l’interprétation fait rêver. Jimmy Waldo offre une partition variée avec ses claviers, passant d’un son 70’s (l’orgue Hammond de Too Young To Die…) et des sonorités plus 80’s, typiques du groupe, donnant à chaque morceau cette atmosphère qui vous envoûte à chaque écoute. La basse de Gary Shea est belle en diable, généreuse, comme sur l’enchanteur morceau Witchwood, formant un duo rythmique impeccable avec la batterie. Et que dire de la prestation toute en nuances de Conrado Pesinato, qui passe mine de rien du style de Danny Johnson, Vai ou Malmsteen sans jamais souffrir de l’ombre de ses illustres prédécesseurs : en tant que schredder, il assure, et sans tomber dans le défaut du suédois, qui était sa marque de fabrique autant que son défaut, celui de trop donner dans l’épate et multiplier les notes. Le set est de plus très bien équilibré, plaçant les moments plus intimistes que sont Suffer Me et Witchwood au beau milieu des hymnes rocks du groupe, le tout se clôturant par un Island In The Sun d’anthologie (voix qui ne faiblit pas, guitare virtuose, tout y est !).

Le deuxième disque formant ce Parole Denied est composé de démos et de répétitions à la qualité de production variée. Les huit titres raviront bien sûr les fans, bonus dotés d’une valeur toute particulière, même si l’on passe de l’anecdotique (le manquant d’émotion… Emotion !), à l’amusant (le rock’n’roll No Imagination et sa rythmique basique et répétitive tout du long, faisant de la voix de Bonnet le véritable instrument du morceau) en passant par les faces B de luxe (Losing You Is Winning, morceau typé eighties, doté d’un brillant solo, Set Me Free, teinté de nostalgie, et Rider, morceau que l’on pourrait croire issu du Rainbow période Joe Lynn Turner – ah, le duo basse et claviers ! -, sur lequel la voix de Bonnet est plus jamais mise en danger, au bord de la fausse note et rassurant sur le fait qu’il ne s’agissait que d’une version de travail). Les archéologues du heavy seront plus que ravis d’entendre les versions démos des tubesques Blue Boar (Danny Johnson à la guitare) et Ohayo Tokyo, du coup moins enjouée que la version live 2017, cette dernière gommant avec virtuosité l’âge qu’accuse la chanson, reflet d’une époque révolue.

Difficile de bouder son plaisir sur ce disque qui avait pourtant tout de l’entreprise risquée et encore une bonne pioche pour le label Frontiers Records. Le groupe réussit là un coup de maître et tire sa révérence d’une bien belle façon, car même si quelques dates américaines sont venues par la suite poursuivre l’aventure, c’est bel et bien sur le territoire japonais que le groupe a connu son inspiration ainsi que ses plus belles heures de gloire. Parole Denied, avec ses forces et ses défauts, s’avère être un monument incontournable que tout fan du groupe et de heavy mélodique estampillé eighties se doit de posséder.

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